Chapitre 189
Hélios ajusta légèrement son fedora avant de remonter son écharpe autour de son cou.
Puis il se dirigea vers la voiture.
Ses huit gardes du corps se placèrent immédiatement de part et d’autre du chemin, formant un passage pour lui permettre de rejoindre le véhicule.
Hélios monta tranquillement à l’intérieur.
Une fois installé, il s’adossa à son siège avant de prendre la parole d’un ton habituellement calme :
« Emmène-moi à Florence. Je suis prêt à prendre mes fonctions. »
Le chauffeur ne posa aucune question.
Il démarra simplement le véhicule.
La voiture quitta progressivement les environs du mausolée.
Lorsqu’il avait fait part de son intention de rejoindre le clan Sinister, Félix avait veillé à ce qu’il bénéficie pleinement de tous les avantages liés à son nouveau statut.
Hélios recevrait notamment une certaine quantité de crédits universels chaque mois dès qu’il commencerait officiellement à exercer ses fonctions.
Il disposerait également d’une autorité directe sur la ville de Florence, en Italie.
À cela s’ajoutaient plusieurs subordonnés, dont ses huit gardes du corps, ainsi qu’une assistante personnelle qu’il n’avait encore jamais rencontrée.
Et ce n’était évidemment pas tout.
Son statut lui ouvrait également l’accès à de nombreuses ressources, à des informations privilégiées et à différents services auxquels un Éveillé ordinaire n’aurait probablement jamais accès.
Dans l’ensemble…
Cette responsabilité ne plaisait pas particulièrement à Hélios.
Il aurait largement préféré pouvoir continuer à s’entraîner tranquillement, travailler ses capacités et se consacrer à ses recherches sans avoir à s’occuper d’une ville entière.
Mais rien n’était gratuit.
Et, malgré tout…
Il devait reconnaître qu’il y gagnait énormément.
Son assistante était notamment censée s’occuper d’une grande partie des tâches administratives afin de lui simplifier la vie.
Le clan lui-même avait également beaucoup de choses à lui apprendre.
Et le statut d’Aîné n’était pas quelque chose que n’importe qui pouvait obtenir.
Même si atteindre le rang d’Ascendant constituait une condition tacite pour prétendre à ce genre de position, tous les Ascendants ne devenaient pas nécessairement des Aînés.
Quant aux Grands Maîtres…
Ils ne pouvaient généralement même pas espérer obtenir un tel statut.
Et pourtant…
Hélios avait obtenu cette position alors qu’il n’était encore que Maître.
Il soupira intérieurement.
[ Lola est vraiment mon porte-bonheur. ]
Puis il se tourna légèrement vers le chauffeur.
« Dans combien de temps arriverons-nous à Florence ? »
Le chauffeur répondit calmement :
« Si nous roulons sans interruption, cela devrait nous prendre onze jours, monsieur. »
Hélios resta silencieux quelques secondes.
Puis il acquiesça.
« D’accord. Je te laisse gérer. »
Il remit ensuite ses écouteurs.
Quelques secondes plus tard, la voix de son livre audio résonna de nouveau dans ses oreilles.
Après tout…
Onze jours de voyage signifiaient surtout beaucoup de temps.
Beaucoup de temps pour réfléchir.
Beaucoup de temps pour étudier.
Et surtout…
Beaucoup de temps pour entraîner son esprit.
À ce stade, Hélios avait tellement pris l’habitude de réfléchir, d’analyser et d’expérimenter mentalement qu’il n’avait pratiquement plus besoin de faire un effort conscient pour s’y mettre.
C’était devenu une seconde nature.
───
Treize jours plus tard…
Hélios arriva finalement à Florence.
Comme on pouvait s’y attendre…
Le voyage s’était extrêmement mal déroulé.
Presque tout ce qui pouvait mal tourner avait effectivement mal tourné.
Ils avaient notamment dû faire face à deux failles qui s’étaient ouvertes directement sur leur itinéraire.
À plusieurs reprises, ils étaient également tombés sur des groupes d’abominations.
Les routes étaient relativement sécurisées, mais cela ne signifiait évidemment pas qu’elles étaient parfaitement sûres.
Cependant…
Hélios n’avait pratiquement pas eu besoin de bouger.
Toutes les complications avaient été gérées par ses gardes du corps.
Et, en prime, ceux-ci lui avaient même fourni plusieurs noyaux.
Hélios les avait immédiatement stockés.
Il comptait naturellement les absorber une fois que son flux d’Éther aurait suffisamment récupéré.
Après tout, il devait atteindre le rang d’Ascendant le plus rapidement possible.
Ariana comme Augustin lui avaient tous deux conseillé de ne pas trop tarder.
Après avoir atteint ce rang, les noyaux lui seraient progressivement moins utiles pour augmenter directement sa puissance.
Il voulait donc profiter autant que possible de cette période.
La voiture finit par ralentir.
Puis elle s’arrêta devant un immense manoir.
Une vingtaine de serviteurs de rang Maître se tenaient de part et d’autre du chemin menant à l’entrée.
Ils formaient un véritable couloir humain.
Hélios descendit de la voiture.
Puis il avança tranquillement.
Lorsqu’il passa entre les deux rangées de serviteurs, tous s’inclinèrent simultanément.
Leurs voix résonnèrent à l’unisson :
« Nous vous souhaitons la bienvenue, Aîné Hélios. »
Hélios continua simplement d’avancer.
Il ne leur accorda pas particulièrement d’attention.
Mais une pensée traversa son esprit.
[ Sont-ils aussi solennels uniquement à cause de mon statut ? ]
Il réfléchit quelques secondes.
[ Ou bien est-ce qu’ils se font des films sur ma puissance ? ]
Hélios savait déjà que les membres de Sinister, tout comme ceux d’Aurora, respectaient profondément la hiérarchie.
Mais il pensait surtout que les serviteurs devaient probablement imaginer toutes sortes de choses à son sujet.
Après tout…
Il était probablement l’un des plus jeunes Aînés de l’histoire.
Et son parcours était loin d’être ordinaire.
Sans compter qu’Hélios avait déjà senti plusieurs tentatives de sondage énergétique provenant des serviteurs.
Mais il connaissait déjà le résultat.
Son Corps d’Éther n’était pas facile à sonder.
Même Mariana avait rencontré des difficultés lorsqu’elle avait essayé de comprendre son organisme.
Alors, pour des Éveillés beaucoup plus faibles…
Hélios devait probablement leur apparaître comme une personne parfaitement ordinaire.
Et c’était justement ce qui rendait la situation étrange.
Une personne ordinaire ne pouvait évidemment pas recevoir le statut d’Aîné.
Il était donc facile d’imaginer les conclusions auxquelles certains pouvaient arriver.
[ Une puissance insondable cachée derrière une apparence ordinaire… ]
Hélios soupira intérieurement.
Il savait même que ses propres gardes du corps avaient déjà eu ce genre de conversations lorsqu’ils pensaient qu’il ne les entendait pas.
Mais, au fond…
Hélios s’en moquait complètement.
Il continua simplement d’avancer.
Lorsqu’il arriva devant les grandes portes du manoir, celles-ci commencèrent à s’ouvrir.
Hélios entendit alors une voix familière.
« Hélios ! Tu as mis tellement de temps à venir ! Je commençais à m’inquiéter ! »
Hélios s’arrêta.
Il resta silencieux quelques secondes.
Puis il étendit légèrement sa zone de sondage.
Il reconnut immédiatement la présence qui se trouvait derrière les portes.
Une jeune femme.
Il n’eut aucun mal à identifier son énergie.
Hélios fronça légèrement les sourcils.
[ Lola ? ]
La jeune femme apparut finalement devant lui.
Elle possédait de longs cheveux blancs, presque argentés, qui descendaient largement dans son dos en formant de longues mèches légèrement ondulées.
Ses cheveux encadraient délicatement son visage et quelques mèches retombaient naturellement autour de ses joues.
Ses grands yeux violets étaient particulièrement vifs et expressifs.
Son visage fin et légèrement arrondi lui donnait une apparence douce et lumineuse, tandis que son sourire habituellement énergique renforçait encore cette impression de jeunesse et de vivacité.
Cependant, contrairement à la tenue universitaire qu’Hélios lui avait déjà vue porter, Lola avait cette fois adopté une apparence beaucoup plus professionnelle.
Elle portait une chemise blanche parfaitement ajustée sous une veste bleu marine élégante aux lignes sobres.
Un pantalon de tailleur bleu nuit remplaçait sa tenue habituelle, accompagné de chaussures élégantes, mais suffisamment pratiques pour lui permettre de se déplacer facilement.
Une fine broche argentée décorait le revers de sa veste.
Ses longs cheveux blancs étaient partiellement attachés sur le côté par une barrette discrète, laissant le reste de sa chevelure tomber librement dans son dos.
Elle portait également une petite sacoche professionnelle contenant probablement des documents et différents appareils nécessaires à son travail.
L’ensemble lui donnait une apparence très différente de celle de la Lola enthousiaste qu’Hélios connaissait.
Elle ressemblait désormais réellement à une assistante personnelle.
Bien évidemment, Hélios ne percevait que les formes, sans distinguer les couleurs.
Et pourtant…
Son sourire restait exactement le même.
Lola croisa les bras avec un air légèrement vexé.
« Tu as mis beaucoup trop longtemps à venir. »
Hélios resta silencieux.
Puis il demanda simplement :
« Lola… qu’est-ce que tu fais ici ? »
Elle ouvrit légèrement la bouche, comme si la question lui paraissait absurde.
« Comment ça, qu’est-ce que je fais ici ? »
Elle posa une main sur sa poitrine.
Puis son sourire s’élargit.
« Je suis ta charmante assistante, voyons ! »
Hélios la regarda quelques secondes.
Il resta parfaitement immobile.
Puis un léger sourire apparut sur son visage.
« Tu plaisantes ? »