Chapitre 188
Hélios resta silencieux quelques secondes.
Son regard se posa sur les trois pierres tombales.
Puis il reprit doucement :
« Bon… quand j’y pense, je me rends compte que je n’ai vraiment pas eu une vie facile. »
Il eut un léger sourire.
« Mais maintenant, concernant mon état actuel… »
Il marqua une pause.
« Mes capacités ont fait muter mon corps. C’est également la raison pour laquelle mon sang est devenu gris. »
Il baissa légèrement les yeux vers ses mains.
« Alors, lorsque j’abuse de mes pouvoirs, mon corps en subit les conséquences. »
Il inspira profondément.
« Ma faiblesse actuelle… et ma cécité… viennent en partie de ça. »
Un court silence suivit.
« Mais ce n’est que temporaire. »
Il releva légèrement la tête.
« Je finirai par récupérer. »
Hélios resta silencieux quelques secondes avant de poursuivre :
« Bon… hum… je crois que j’ai désormais quelques amis. »
Un léger sourire apparut sur son visage.
« Si ça peut te réconforter, maman… il y a Léa. »
Il réfléchit quelques secondes.
« Je pense que papa l’aurait beaucoup appréciée. »
Son sourire s’élargit légèrement.
« Elle est assez directe. Ambitieuse aussi. Elle ne se laisse pas facilement marcher dessus. »
Il marqua une pause.
« Ensuite, il y a Lola. »
Hélios eut une expression quelque peu perplexe.
« Elle, par contre… je ne sais pas vraiment comment vous la décrire. »
Il réfléchit.
« C’est un peu comme une Hélia en plus grande, mais beaucoup plus intelligente… et beaucoup, beaucoup plus riche. »
Il eut un léger rire.
« Elle m’a même prêté l’argent nécessaire pour construire ce mausolée. »
Son regard se posa autour de lui.
« Alors, sans elle, cet endroit n’existerait probablement pas aujourd’hui. »
Il réfléchit encore quelques secondes.
« Ensuite, il y a Raphaël. »
Hélios soupira.
« Ce type est un grand bavard. »
« Il passe son temps à faire des… »
Il s’interrompit.
« Enfin… des trucs. »
Un léger sourire apparut sur son visage.
« En gros, il fait constamment le clown. »
Il secoua légèrement la tête.
« Mais c’est un type bien. »
Il marqua une pause.
« Et puis, il y a Ariana. »
Son expression devint légèrement plus douce.
« Tu l’aimerais sûrement, maman. »
« Elle est un peu comme toi. »
Hélios resta silencieux quelques secondes.
Puis il reprit :
« D’ailleurs… j’ai maintenant un statut ridiculement élevé. »
Il eut un léger rire.
« Avec un peu de recul, je comprends maintenant à quel point vous étiez dans une situation plutôt normale. »
Il regarda les tombes.
« Vous étiez tous les deux des Maîtres utilisés comme de simples soldats par la Guilde de l’Épée Blanche… »
Son regard devint plus sérieux.
« Et moi, je suis désormais un Aîné du clan Sinister. »
Il marqua une pause.
« Avant ça, j’avais également un statut spécial au sein d’Aurora. »
« Et maintenant… je suis devenu Grand Maître. »
Un léger sourire apparut sur son visage.
« J’ai quand même fait pas mal de chemin. »
Il resta silencieux quelques secondes.
Puis il ajouta :
« Mais bien sûr… je ne vous arrive toujours pas à la cheville, papa. »
Son expression devint légèrement amusée.
« Tu restes le plus fort du monde. »
Il réfléchit.
« Juste après maman, naturellement. »
Un petit rire lui échappa.
Puis son visage redevint sérieux.
« En parlant de ça… j’ai rencontré une femme particulièrement terrifiante. »
Il marqua une pause.
« La Sainte Hivernale. »
Un frisson sembla parcourir son corps rien qu’à l’évocation de ce nom.
« Franchement… rien que d’y penser, j’ai encore froid. »
Il soupira.
« Mais maman reste quand même plus terrifiante. »
Un silence.
Hélios regarda les trois tombes.
Puis il reprit doucement :
« D’ailleurs… désolé si le mausolée est encore vide. »
Il regarda autour de lui.
« Je l’ai fait construire sur l’ensemble de notre ancien terrain. La maison, le jardin… tout. »
« Mais ne vous inquiétez pas. Je vais progressivement le remplir. »
Il sourit légèrement.
« Une fois que ma vue sera revenue, je vais me mettre à la peinture. »
« Je pourrai faire quelques tableaux de vous. »
Son regard se posa sur les trois pierres.
« Comme ça, vous ne serez pas seulement trois noms gravés dans la pierre. »
Il marqua une courte pause.
« Je veux que cet endroit vous ressemble. »
Puis il eut un léger sourire.
« D’ailleurs, je me suis déjà mis à la forge et à la lecture. »
Il réfléchit quelques secondes.
« Et j’ai aussi découvert les desserts. »
Son expression devint légèrement amusée.
« Maintenant, je comprends enfin pourquoi Hélia adorait autant les choses sucrées. »
Il resta silencieux.
« Et… »
Sa voix s’interrompit.
Il baissa légèrement la tête.
« Et… »
Il ne termina pas immédiatement sa phrase.
Quelques secondes passèrent.
Puis il souffla :
« …tout ça pour dire que vous me manquez énormément. »
Le silence retomba dans le mausolée.
Hélios resta immobile.
Puis il inspira profondément.
« Mais je tiens bon. »
Il regarda successivement les trois tombes.
« Je respecte les principes que vous m’avez appris du mieux que je peux. »
« Je ne me laisse pas marcher dessus. »
« Je rends les faveurs qu’on me fait. »
Il marqua une pause.
Son regard devint plus froid.
« Et je n’oublie pas les rancunes. »
Un silence.
« D’ailleurs… je vous ai vengés. »
Hélios baissa légèrement les yeux.
« Je me suis débarrassé de ces traîtres. »
« Et je me suis assuré de les voir brûler. »
Il resta silencieux quelques secondes.
« Désolé si cela ne vous plaît pas. »
« Je sais que vous étiez proches d’eux. »
Son expression devint plus grave.
« Mais je ne pouvais pas les laisser vivre plus longtemps. »
Il serra légèrement les poings.
« Pas après ce qu’ils nous avaient fait. »
Hélios resta silencieux pendant un long moment.
Puis il finit par se relever.
Ses genoux quittèrent lentement le sol.
Il resta debout devant les trois tombes.
« Je dois y aller. »
Il marqua une pause.
« Mais je reviendrai lorsque j’en aurai le temps. »
Un léger sourire apparut sur son visage.
« Je serai probablement très occupé. »
« Mais je ferai ce que j’ai à faire. »
Il regarda une dernière fois les trois pierres.
« Un jour, je serai quelqu’un dont vous pourrez être fiers. »
Sa voix devint plus ferme.
« Je serai fort. »
« Et je serai libre. »
Il marqua une courte pause.
« Libre… comme papa le disait. »
Il eut un petit rire.
« Même si, pour être honnête, je suis encore un peu perdu sur la définition exacte de la liberté. »
Il secoua légèrement la tête.
« Papa était vraiment trop vague quand il en parlait. »
Puis son sourire disparut progressivement.
Son regard devint déterminé.
« Mais je finirai par comprendre. »
« Je serai libre. »
« Et je serai fort. »
Il serra légèrement le poing.
« Le plus fort. »
Un silence.
Puis il ajouta :
« Et le plus libre. »
Hélios resta encore quelques secondes devant les tombes.
Puis il s’agenouilla une dernière fois.
Il posa doucement une main sur chacune des trois pierres.
Il caressa lentement leur surface.
Comme s’il cherchait à graver une dernière fois leur présence dans son esprit.
Puis il se redressa.
Il remit son fedora.
Ajusta légèrement son manteau.
Et resta immobile une dernière seconde.
« Bien… »
Sa voix était désormais parfaitement calme.
« Au revoir. »
Il marqua une pause.
« Prenez soin de vous. »
Un léger sourire apparut sur son visage.
« Je reviendrai. »
Hélios se détourna finalement.
Ses pas résonnèrent dans la grande salle vide.
Il marcha lentement vers la sortie.
Puis la porte du mausolée s’ouvrit.
La lumière extérieure pénétra dans l’obscurité du bâtiment.
Hélios sortit.
La porte se referma doucement derrière lui.