Chapitre 190
Lola sourit à Hélios.
« Non, je ne plaisante pas. Mais entre, on en parlera à l’intérieur. »
Avant même qu’il puisse répondre, elle lui prit la main et le tira doucement vers l’intérieur du manoir.
Hélios se laissa faire.
Mais son esprit, lui, était déjà ailleurs.
Le fait que Lola soit devenue son assistante le dérangeait énormément.
Et la raison était assez simple.
[Peut-on simplement venir chez quelqu’un, proclamer qu’on en devient le chef et transformer le propriétaire en son subordonné ?]
La réponse était évidemment non.
C’était d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles, à Aurora, Hélios ne s’était jamais réellement opposé à Ariana concernant sa position de chef.
Il n’y avait pas seulement le fait qu’il ne s’intéressait pas particulièrement au pouvoir.
Il y avait aussi une question de logique.
Ariana était la dirigeante de leur équipe.
Elle possédait le statut, l’autorité et les responsabilités nécessaires.
Hélios n’avait donc jamais ressenti le besoin de contester sa position.
Mais maintenant…
Lola était devenue sa subordonnée ?
[Ça ressemble à un piège.]
Pendant qu’il réfléchissait, Lola le tira à travers le grand hall du manoir.
Ils traversèrent plusieurs couloirs avant d’arriver devant une grande pièce.
Lola ouvrit la porte.
« Voilà notre bureau. »
Hélios resta immobile.
Il ne pouvait évidemment pas voir l’intérieur.
Et, même s’il l’avait pu…
Le bureau ne l’intéressait pas particulièrement.
Il resta donc simplement debout avant de demander :
« Lola, pourquoi es-tu mon assistante ? »
Lola se tourna vers lui.
« Ça te dérange ? »
« Oui. Un peu. »
Elle inclina légèrement la tête.
« Pourquoi ? Tu ne veux pas de moi comme assistante ? »
Hélios resta silencieux quelques secondes.
Puis il répondit franchement :
« Indépendamment de ce que je veux, avec ton statut, cela n’est pas logique. »
Lola sourit.
« Oh… c’est ça, le problème ? »
Elle croisa les bras.
« Alors détends-toi. C’est parfaitement logique. »
Hélios resta attentif.
Lola commença à expliquer :
« D’abord, tu es d’accord avec moi sur le fait que tu es actuellement dans un état très affaibli. »
Hélios acquiesça légèrement.
« Tu ne peux donc pas remplir pleinement tes fonctions. »
Elle leva un doigt.
« Tu as besoin d’une assistante. »
Puis un deuxième.
« Ensuite, le mieux serait que cette personne soit compétente, qu’elle puisse réellement t’aider dans ton travail et qu’elle puisse également faciliter ton intégration au clan Sinister. »
Elle sourit.
« Et idéalement, ce serait quelqu’un avec qui tu t’entends bien. Quelqu’un en qui tu pourrais avoir confiance pour gérer ton travail. »
Elle s’interrompit.
« Enfin… oublions la partie sur la confiance. »
Un petit sourire amusé apparut sur son visage.
« Mais tu comprends le principe. »
Hélios resta silencieux.
Lola poursuivit :
« Et tu vois… moi, je remplis toutes ces conditions. »
Elle posa une main sur sa poitrine.
« Et même largement plus. »
Hélios l’écoutait attentivement.
« Nous avons déjà vécu ensemble. Je connais donc déjà certaines de tes habitudes. »
Elle marqua une courte pause.
« Avec ma capacité, le travail administratif peut même devenir pratiquement inexistant pour moi. »
Son sourire s’élargit.
« Et, surtout, tu préféreras probablement travailler avec moi plutôt qu’avec une inconnue. »
Hélios resta silencieux.
Lola continua :
« En plus, je peux te faciliter la vie. Je peux t’aider dans tes recherches, dans ton entraînement, dans ton organisation… et même m’occuper de beaucoup de choses auxquelles tu n’as absolument aucune envie de penser. »
Elle inclina légèrement la tête.
« Alors… tu vois bien que je suis la personne la plus qualifiée pour ce poste. »
Hélios resta silencieux quelques secondes.
Puis il pensa :
[J’avais oublié que Lola était en réalité très intelligente.]
Il réfléchit encore.
[Elle n’a pas tort.]
[Je préfère mille fois travailler avec elle plutôt qu’avec une inconnue.]
[Et elle pourra effectivement m’aider.]
Il devait reconnaître que cette situation était finalement beaucoup plus logique qu’il ne l’avait pensé.
Hélios ouvrit la bouche pour répondre.
Mais Lola le devança.
« Ce sont les raisons que j’ai données à mon père et à mon grand-père. »
Elle sourit.
« Même eux n’ont pas pu refuser. »
Hélios resta silencieux.
Puis Lola ajouta, avec un air beaucoup plus malicieux :
« Bien sûr… la véritable raison, c’est simplement que je voulais te voir et passer davantage de temps avec mon idole. »
Elle haussa légèrement les épaules.
« Mais bon, ce n’est pas si important, non ? »
Elle marqua une courte pause.
Puis son sourire s’élargit.
« Enfin si. C’est super important. Tu vas voir. »
Hélios resta silencieux.
[Cette fille…]
Il soupira intérieurement.
Puis il finit par répondre :
« D’accord. Je vois. »
Il marqua une courte pause.
« Mais aujourd’hui, pourrais-je d’abord dormir ? »
Son ton resta parfaitement calme.
« On parlera du reste à mon réveil. »
Lola sursauta légèrement.
« Oui… désolée. Tu as raison. »
Elle se reprit immédiatement.
« Viens. Je vais te guider jusqu’à ta chambre. »
Elle reprit sa main et le tira de nouveau derrière elle.
Hélios ne put que se laisser entraîner.
Premièrement, parce qu’il ne voulait pas réellement résister.
Et deuxièmement…
Lola était désormais de rang Maître.
Alors que lui, dans son état actuel, était considérablement diminué.
Autrement dit…
Il n’avait même pas réellement la force de résister à la jeune femme.
Cette constatation était particulièrement dérangeante à accepter.
Mais après tout ce temps…
Hélios avait appris à accepter sa situation.
Il se laissa donc guider à travers le manoir.
Lola lui fit traverser le grand hall, puis plusieurs couloirs avant de monter un immense escalier.
Ils continuèrent encore quelques instants avant que Lola n’ouvre finalement une porte.
Elle tira Hélios à l’intérieur.
« Voilà ta chambre. »
Elle marqua une pause.
« C’est la chambre principale du manoir. »
Hélios resta immobile.
Lola poursuivit :
« Bon, vu que tu es aveugle, tu ne peux évidemment pas vraiment voir le design général. Mais elle est magnifique. »
Hélios étendit légèrement son sondage.
Son Éther se répandit dans la pièce.
Il ressentit immédiatement les dimensions considérables de la chambre.
Le plafond était particulièrement haut.
La pièce devait faire près de quatre-vingts mètres carrés.
Un immense lit occupait le centre de la pièce, suffisamment large pour accueillir plusieurs personnes.
Le matelas était épais et extrêmement confortable.
Des draps de qualité supérieure recouvraient le lit, tandis qu’une immense tête de lit en bois sombre et en métal décoré s’étendait derrière celui-ci.
De grandes fenêtres occupaient une partie du mur donnant probablement sur les jardins du manoir.
De lourds rideaux encadraient les ouvertures.
À gauche, Hélios sentit la présence de plusieurs meubles : une grande armoire, une commode et plusieurs espaces de rangement.
À droite se trouvait un bureau particulièrement imposant, accompagné d’une chaise confortable.
Une bibliothèque occupait également une partie du mur.
Plusieurs ouvrages y étaient soigneusement rangés.
Un tapis épais couvrait une grande partie du sol.
La chambre possédait également un petit espace séparé menant à une salle de bain privée.
Hélios étendit davantage son sondage.
Il sentit une immense baignoire.
Une douche spacieuse.
Plusieurs meubles.
Et même un système permettant de maintenir l’eau à une température constante.
Tout, dans cette pièce, avait été pensé pour offrir un confort maximal.
Et surtout…
Il pouvait sentir la présence d’une quantité considérable de matériaux de haute qualité.
Ce n’était pas simplement une grande chambre.
C’était véritablement une suite digne du propriétaire d’un immense manoir.
Hélios resta silencieux quelques secondes.
Puis il répondit simplement :
« Merci. Elle semble… bien. »
Lola resta silencieuse.
Hélios sentit son regard posé sur lui.
Quelques secondes passèrent.
Puis il demanda :
« Pourquoi me regardes-tu ainsi ? »
Lola hésita légèrement.
Puis elle posa une question :
« Tu es aveugle… alors quelle méthode utilises-tu pour percevoir le monde ? »
Hélios resta silencieux.
« Le sondage par émission d’énergie ? »
Il marqua une pause.
« Pourquoi demandes-tu ça ? »
Lola resta silencieuse quelques secondes.
Son expression sembla devenir légèrement plus sérieuse.
Puis elle répondit :
« Je vois. »
Elle marqua une courte pause.
« On en reparlera une fois que tu seras reposé. »
Elle se dirigea vers la porte.
« Dors bien, Hélios. »
Puis elle quitta la chambre.
La porte se referma doucement derrière elle.
Hélios resta immobile quelques secondes.
[À quoi pense-t-elle ?]
Il réfléchit.
Puis haussa légèrement les épaules.
[Peu importe.]
Il était réellement épuisé.
[Je vais d’abord dormir.]
Hélios se dirigea donc vers la salle de bain.
Il prit une douche.
L’eau chaude détendit progressivement ses muscles endoloris.
Il resta quelques minutes sous l’eau, profitant simplement de ce moment de calme.
Puis il sortit.
Il enfila des vêtements propres.
Et finalement…
Il retourna dans la chambre.
Hélios s’allongea sur l’immense lit.
Le matelas s’enfonça légèrement sous son poids.
Il ferma les yeux.
Quelques secondes plus tard…
Il s’endormit profondément.