Chapitre 6
Derrière le mur, il n'y avait pas de crypte. Il y avait une immense salle circulaire, dont les murs étaient tapissés, non pas de livres, mais de visages.
Des milliers de visages sculptés dans la pierre, chacun exprimant une agonie différente. Et au centre de la pièce, suspendu par d'innombrables chaînes faites d'une matière noire et luisante, se trouvait un livre.
Un livre qui ne contenait pas de pages de papier, mais de la chair parcheminée.
Et ce livre, de sa propre plaie ouverte, saignait de l'encre noire sur le sol.
Kaelen s'approcha, le souffle coupé. Ce n'était pas un livre d'histoire. C'était un registre.
Il lut les noms gravés sur la couverture :
Sered. Lysa. Elara. Voren.
Ses compagnons. Ses frères d'armes. Ses amis.
Leurs noms étaient là, inscrits dans la matière, et sous chaque nom, une date. Une date qui ne marquait pas le jour de leur mort, mais le jour où ils avaient été « récoltés ».
Kaelen comprit alors l'horreur totale.
Le Fléau ne les avait pas tués trois siècles plus tôt. Il les avait dévorés, lentement, en les maintenant dans un état de non-vie, transformant leur sacrifice même en une source d'énergie pour sa propre immortalité.
L'Ordre ne protégeait pas la légende de Kaelen. L'Ordre servait de gardien à ce festin éternel.
Un bruit de pas résonna derrière lui. La porte de basalte, redevenue solide, l'avait enfermée dans ce caveau.
— Tu as beaucoup de courage, Kaelen, murmura une voix qu'il connaissait trop bien. Celle de Maître Orsenn.
Il se retourna. Le maître des archives se tenait à l'entrée de la salle, un sourire cruel étirant ses lèvres fines. Il ne portait pas sa robe grise de scribe. Il portait les vêtements d'un inquisiteur, et sa main, levée vers le plafond, tenait un sceptre qui irradiait une lumière blanche, purulente, maléfique.
— Mais le courage, dans cette citadelle, n'est qu'une autre forme de nourriture.
La guerre, comprit Kaelen en voyant le sceptre briller, n'avait jamais cessé. Elle avait juste changé de visage. Et il était tombé en plein cœur du piège