Chapitre 11
Chapitre 11
Les pulsations dans les tuyaux d’argent s’accélérèrent, pompant l’essence vitale des quatre sarcophages avec une cadence frénétique. Sous le plancher de marbre noir, la montagne entière gémissait, traversée par un frisson qui fit tinter les parois de verre.
Kaelen s'agenouilla près du conduit principal reliant le sarcophage de Sered à la fosse centrale. Le métal était brûlant d'une énergie corrompue, un mélange impur de force vitale volée et de magie noire ancestrale.
Mira s’approcha, le visage baigné par la lueur ambrée des cuves.
— Si nous brisons ces canalisations, murmura-t-elle la voix brisée, est-ce qu'ils mourront ?
Kaelen posa deux doigts sur sa propre tempe, puis désigna le sol avec fermeté. Il prit la dague courte dérobée à l'inquisiteur et grava rapidement deux mots dans la poussière qui bordait le socle :
Leur libération.
Il n'y avait aucun espoir de réveiller ses frères d'armes après trois siècles d'une telle saignée. Leurs corps n'étaient plus que des coquilles maintenues artificiellement pour servir de filtres d'énergie. Prolonger cet état n'était pas les sauver, c'était participer à leur martyre.
Kaelen glissa la lame entre la tubulure d'argent et la valve de régulation. Utilisant la garde comme point d'appui, il appliqua une pression mesurée sur le joint d'étanchéité magique.
Un sifflement strident déchira l'air de la crypte. Un liquide iridescent gicla sur les dalles, dissolvant la pierre dans une fumée blanche.
Dans son cercueil de verre, le visage de Sered s’apaisa instantanément. Les traits contractés par trois cents ans de torture se relâchèrent dans la paix définitive de la mort.
Au même instant, un rugissement titanesque monta des entrailles de la terre.
Ce n'était pas un cri physique, mais une déflagration psychique qui traversa la crypte avec la violence d'un raz-de-marée. Mira tomba à genoux, les mains pressées contre ses oreilles en poussant un hurlement de douleur. Kaelen vacilla, ses tympans bourdonnant d'un son semblable au fracas de milliers de miroirs brisés.
Le sol au centre de la rotonde se fissura d'un coup net.
La faille béante cracha un geyser d'air vicié, chargé de particules de cendre et d'une odeur insoutenable de pourriture sacrée. Dans le gouffre sans fond, deux immenses orbes d'une lumière noire et visqueuse s'ouvrirent.
Le Fléau Divin.
La créature n'avait pas de forme définie. C'était une masse colossale d'ombres vivantes, de mâchoires articulées et d'ailes membraneuses composées des visages hurlants de tous ceux qu'elle avait dévorés depuis l'aube des temps.
Des vrilles de ténèbres jaillirent de la fosse, balayant le marbre pour chercher la source de nourriture qui venait de lui être arrachée.
« QUI OSE ME PRIVER DE MON TRIBUT ? » gronda la voix dans l'esprit de Kaelen, un chœur dissonant de milliers d'âmes captives. « QUI INTERROMPT L'ACCORD DE LA LUMIÈRE ? »
Kaelen s'avança jusqu'au bord du précipice, dominant la silhouette monstrueuse qui se contorsionnait dans l'abîme. Il ne tremblait plus. Le corps chétif de Vann semblait galvanisé par l'ancienne autorité du Champion de l'Aube.
Il leva sa main droite ensanglantée vers le monstre, les yeux brillant d'un éclat d'or pur.
Dans les profondeurs, la masse d'ombres se figea. Les milliers de visages amalgamés dans la chair du dieu sans nom cessèrent de hurler pour fixer la frêle silhouette de l'apprenti archiviste.
« Toi… » souffla l'entité avec une nuance d'effroi indicible qui fit vaciller ses propres ténèbres. « La flamme… la flamme n'était pas morte… »
Kaelen ne répondit pas avec des mots. D'un geste sec de sa dague, il trancha d'un coup net les trois canalisations restantes menant aux sarcophages de Lysa, Elara et Voren.
Les trois flux d'énergie dorée s'éteignirent d'un coup.
Privé de son festin séculaire, le Fléau Divin poussa un hurlement de rage et de faiblesse qui fit s'effondrer des pans entiers de la voûte supérieure. La créature commença à sombrer plus profondément dans les ténèbres du gouffre, incapable de maintenir sa prise sur les strates supérieures sans la force vitale des héros.
Mais en haut, au sommet de la Citadelle, le contrecoup arcanique venait d'ébranler les fondations de la théocratie.
L'Ordre savait désormais que le sanctuaire secret était tombé.