Chapitre 9
Silène partit vers le centre du village et s’enquit auprès des habitants qu’elle croisa, à qui elle devait s’adresser pour les décisions importantes. Ils la dirigèrent vers la périphérie du village, vers un bâtiment un peu en retrait. Elle s’y dirigea et retrouva un des natifs qui faisait partie du groupe qu’elle avait surpris avec le guerrier.
- Bonjour « origine »
- Bonjour.
- Que puis-je pour toi ?
- Je souhaiterais parler aux représentants du village, ceux qui prennent les décisions.
- Nous sommes les chefs. De quoi s’agit-il ?
- Je souhaiterais retourner dans mon monde et ramener d’autres personnes ici.
- Oh. Je vais te demander d’attendre, pour une telle décision je dois consulter les autres. Attend ici.
Il partit vers le village et elle dut attendre une bonne demi-heure. Entre temps, elle s’était assise au sol, lassée d’’être debout. Il revint avec 4 autres personnes. Elle se retrouva face aux interlocuteurs qu’elle avait espionné dans la forêt, plus un, qui semblait bien plus vieux que les autres. Le guerrier était parmi eux
- Tu as demandé à nous parler « origine » ?
- Oui. Je souhaiterais retourner dans mon monde et ramener d’autres personnes avec moi dans le vôtre. M’y autorisez vous ?
- Hum. Nous apprécions que tu te soucis de nous demander la permission au préalable.
- C’est votre monde, c’est logique.
- En effet. Nous sommes d’accord pour accéder à ta demande mais nous avons certaines conditions pour accepter d’autres « origines ».
- Lesquelles ? fit-elle comme si elle ne connaissait pas déjà les conditions.
- Des natifs vous accompagneront et ils décideront de qui vous pourrez ramener dans notre monde.
- Quels seront les critères de leur choix ?
- Les « origines » devront être prêts à se mélanger avec nous. Ils devront être prêts à s’intégrer à notre monde, à notre population, à notre mode de vie.
- Cela va de soi.
- Ils devront être prêts aussi à se reproduire avec nous.
- Cela je ne peux pas vous le garantir. Certains accepteront peut-être de vivre parmi vous, mais je ne peux pas vous garantir qu’ils seront prêt à aller jusque-là. Il faut du temps parfois.
- Nous le comprenons tout à fait, mais s’ils viennent ils devront savoir que cela fait partie de ce que nous attendrons d’eux un jour ou l’autre. Qu’ils ne puissent pas plus tard penser qu’ils ont été trompés et se rebeller ensuite.
- Non en effet. Chaque « origine » qui passera dans votre monde sera informé de cette attente.
- Bien, nous sommes donc d’accord.
- Oui. Quand pourrais je partir les chercher ?
- Dès que tu le souhaiteras. Nos compagnons se mettront à ta disposition à ta demande.
- Demain cela serait-il possible ?
- Oui, tout à fait.
- (Le guerrier) demain soir serait plus approprié je pense. En fin de journée.
- (Silène) si cela vous semble approprié, demain en soirée alors.
- Bien nous sommes donc d’accord. Les natifs t’accompagneront pour un départ pour ton monde, demain soir. Et qui t’accompagnera parmi tes compagnons ?
- Personne pour cette fois. Mais si tout se passe bien, j’espère pouvoir y retourner et emmener alors certains de mes compagnons.
- Bien, comme tu voudras.
- Je vous remercie.
- Tu peux y aller.
Elle partit et retourna vers sa maison. Elle pensait déjà aux affaires qu’elle devrait préparer pour le lendemain. Son sac à dos et son équipement. Il faisait frais quand ils étaient partis de la terre, elle devrait prévoir de se couvrir plus. Elle commença à énumérer mentalement tout ce qu’elle devrait emmener. Ils partiraient certainement pour plusieurs jours.
- C’est donc elle la passeuse ? commenta l’ancien
- Tu le savais guerrier, pourquoi ne nous l’as-tu pas dit ? commenta un autre.
- Je le soupçonnais, mais je n’avais pas encore de certitude. Et vous étiez si convaincu d’avoir raison que vous ne vouliez pas écouter mes réserves. Maintenant nous sommes fixés.
- (L’ancien) en effet, nous sommes fixés et cette réponse me rassure.
- Comment cela ancien ?
- Il est plus rassurant que ce soit elle plutôt que l’enfant. Elle fera des choix plus mesurés. Elle a été suffisamment intelligente jusqu’à présent pour ne pas se révéler, ni montrer que le « charme » n’agissait pas sur elle.
- Comment ? Il n’agissait pas sur elle ?
- (L’ancien) Ekhart tu ne sais pas observer sinon tu aurais remarqué sa réserve depuis le début. Attitude étrange non… vu ce qui se passe dans leur monde.
- Oui ancien. Surement.
- (L’ancien) le guerrier avait remarqué les signes lui.
Le guerrier lui adressa un signe de tête d’acquiescement.
Le lendemain, Silène ne prit le temps de parler qu’à Mike, qu’elle croisa alors qu’elle partait chargée de son sac à dos en direction de la sortie du village.
- Tu vas où chargée comme ça ? lui demanda Mike
- Je repars de l’autre côté.
- Mais on ne devait pas partir ensemble ?
- Si, mais j’ai une urgence.
- Comment ça ?
- Je vous ai dit que je m’étais rendu compte que j’étais la passeuse hier.
- Oui
- Et j’ai découvert un groupe de femmes et d’enfants qui sont retenus prisonnier.
- Par qui ?
- Par des prédateurs…
- Et que comptes-tu faires ?
- Je vais tenter de les ramener, je dois retrouver des Natifs à l’entrée du village et on devrait en avoir pour quelques jours.
- Pourquoi fais-tu cela, on aurait pu partir ensemble comme prévu ?
- C’est trop dangereux Mike. J’ai besoin d’avoir plus d’informations.
- Comme quoi ?
- Déjà délivrer ces femmes et ces enfants et leur permettre de revenir avec nous si c’est possible. Me faire une opinion par moi-même de la situation. De voir ce qui se passe réellement dans notre monde. Si ce qu’ils m’ont raconté est vrai. Sans compter que je veux me faire une meilleure idée de leurs critères de sélection pour être admis dans ce monde.
- J’aurais pu t’accompagner tu sais.
- Merci Mike, mais je préfère que tu surveilles Jim et que tu parles aux autres. Il est important que vous soyez bien acceptés et que vous preniez des forces pour le prochain voyage. Ça ne sera pas une promenade de santé, d’autant que vos familles ne sont pas à côté.
- Je suppose que tu dois avoir raison, il est plus sage d’en savoir plus.
- Merci Mike, je compte sur toi pour parler à Véra et Silvio et pour inciter Jim à se tenir à carreau.
- Ok, ne t’en fais pas. Tu penses en avoir pour combien de temps ?
- Je ne sais pas, 1 semaine, 15 jours.
- Ok, on t’attendra. Fais gaffe à toi.
- Merci, j’en ai bien l’intention.
Il la regarda partir et rejoindre les 5 natifs sans rien ajouter. Il espérait juste qu’elle reviendrait saine et sauve.
Ils partirent vers la forêt sans se retourner. Silène remarqua bien que Mike les suivait du regard, mais elle ne tenait pas à se retourner. Déjà concentrée pour trouver le passage. Par-là, il était par là.
Elle s’enfonça plus avant dans la forêt, les natifs à sa suite. Silène, portait tout son équipement de camping, les natifs ne lui semblaient pas aussi chargés. Un grand poncho par-dessus leur vêtement lui cachait leur équipement.
De fait elle ne voyait pas vraiment ce qu’ils transportaient. Tout au plus voyait elle qu’ils semblaient porter chacun quelque chose d’encombrant dans le dos. Mais en comparaison ce qu’ils portaient était bien plus léger que son équipement personnel.
Ils ne tardèrent pas à trouver le passage et à le franchir. Silène se félicita de s’être couverte plus chaudement, elle sentit tout de suite le vent froid sur son visage. Elle s’immobilisa et se concentra sur les environs. Elle ne sentait aucune énergie, pas de prédateurs dans les environs. Ils semblaient être seuls pour l’instant.
Elle prit sa boussole et partit dans la direction qui lui semblait aller vers la ville. Ils arrivèrent en bordure de forêt au bout de 20 minutes. Bien elle ne s’était donc pas trompée de direction.
Ils avaient encore 2 ou 3 heures de jour devant eux avant la tombée de la nuit. Il serait peut-être judicieux qu’ils trouvent un endroit où installer un campement avant d’aller faire un repérage. Les natifs se rangèrent à son opinion.
A 10 minutes dans la forêt, cachée derrière des buissons, l’un des natifs dénicha une petite grotte. Ils y déposèrent leurs affaires avec l’intention de repartir en ville équipé du minimum. Le but étant d’être aussi mobile que possible. Mais avant de partir Silène prit quelques minutes.
- Messieurs, nous allons passer quelques jours ensembles, il me semble plus correct que nous nous présentions. Je suppose que vous me connaissez tous, au moins de réputation. Je m’appelle Silène.
- Sirène dit l’un d’eux, comme les femmes poissons.
- Non. Silène.
- Oh pardon.
- Et vous… ?
- Mero – dit un grand black aux yeux dorés.
- Khar – dit un grand blond athlétique avec des yeux couleurs marron tacheté de rouge. Des yeux de fauves songea Silène.
- Khun – dit le troisième, typé asiatique. Long cheveux noirs, yeux bridés couleur argent.
- Ghorn – dit le quatrième. D’une tête inférieure aux autres, mais plus massif. Cheveux bruns, teint halé. Avec des yeux marron ordinaires. Il aurait pu passer pour un humain si ce n’était ses oreilles pointues et leur emplacement plus en arrière sur son crâne.
- Et toi dit-elle en se tournant vers son guerrier.
- Tecklan.
Avec sa tenue on ne voyait plus ses tatouages. Elle se demanda soudain si les autres en avaient aussi et s’ils avaient une signification particulière. Surement.
- Pourquoi est-ce vous 5 qui m’accompagnez ici ? demanda-t-elle à Tecklan.
- Parce que nous sommes tous des guerriers. Et que de toute façon nous ne manquerons à personne si nous ne revenons pas.
- Je vois.
- Nous pouvons y aller maintenant que les présentations sont faites ?
- Oui.
- Je suppose que notre objectif est le groupe de femmes et d’enfant que nous avons vu la dernière fois.
- Oui.
- Dans ce cas, il faut localiser leur nid et voir comment nous pourrons délivrer tout le monde rapidement. Ensuite nous rallieront le camp pour récupérer nos équipements et partir plus loin en forêt pour trouver un emplacement plus sûr en attendant la traversée.
- Tu prévois tout ça pour la soirée ?
- (Tecklan souriant légèrement) si possible oui, sinon d’ici 1 ou deux jours.
- Ça semble simple et facile comme ça.
- En apparence seulement. Nous ne saurons ce qu’il en est qu’une fois sur place.
Les choses se passèrent plus vite qu’elle ne l’aurait imaginée. Ils avaient retrouvé rapidement la base des prédateurs. Les femmes et les enfants étaient toujours là, mais seuls 8 prédateurs étaient présents.
La nuit commençait à tomber, Tecklan et ses hommes étaient particulièrement à l’aise. Ils profitèrent de l’obscurité pour se rapprocher et immobiliser les prédateurs rapidement. Le tout ne pris qu’1/2 h. tout se passa si vite que Silène eut presque l’impression de rêver.
Elle dut rester en retrait pendant toute l’intervention. Ils ne l’appelèrent que lorsque tous les prédateurs furent neutralisés. Certains assommés, les derniers attachés. Mais ils n’offrirent que peu de résistances. Ils semblaient comme surpris et effrayé face aux Natifs. Peu réactifs en tout cas. Silène en fut très surprise, non pas qu’elle ne s’en réjouissait pas, non. Mais sans doute s’attendait elle à plus de résistance de leur part.
Elle les rejoignit rapidement lorsque tout fut terminé. Tecklan avait bien spécifiés qu’ils devaient être aussi rapide que possible, car ils n’étaient pas à l’abri que d’autres arrivent à tout moment. Il fallait donc être efficace et quitter les lieux le plus vite possible. Elle demanda aux femmes présentes de la suivre. Elle lisait la peur dans leurs regards et une certaine résignation. Il leur faudrait certainement un peu de temps avant de pouvoir leur faire confiance.
- Je sais que vous avez peur et que vous ne savez pas quoi penser. Mais je vous offre l’occasion de partir d’ici. Je vous promets que lorsque nous serons à l’abri vous aurez le choix de rester avec nous ou de vous rendre là où vous voudrez. Mais vous comprendrez que pour l’instant nous ne souhaitions pas prendre de risque et que nous préférions quitter les lieux.
- (Une femme du groupe) nous ne vous connaissons pas.
- Vous préférez rester ici à attendre que les autres reviennes ou tenter votre chance avec nous ?
- Rien ne me dit que je peux vous faire confiance, qui me dit que vous n’êtes pas pire que ceux-là ?
- Rien en effet. Mais malheureusement nous n’avons pas le temps d’en discuter. Où vous nous accompagnez, ou vous restez ici. Mais c’est tout de suite. A vous de choisir.
- (Une autre femme) j’ai plusieurs enfants sous ma responsabilité, j’aurais besoin d’aide pour en porter certains.
- Bien, celles qui veulent nous suivre mettez-vous à gauche, et voyez entre vous pour aider celles qui ont des enfants. Nous pourrons vous relayez pour les porter si nécessaire. Mais il faut faire vite.
Seule la femme qui était intervenue en premier et 2 autres restaient en retrait et ne semblaient pas décidée à les suivre. Silène leur jeta un dernier regard avant de partir suivie par toutes les autres avec les enfants.
Les guerriers encadraient la colonne. Les 3 dernières femmes se décidèrent lorsqu’elles virent que personne ne les attendait et qu’on ne les forçait pas à suivre. Elles coururent à leur suite pour les rattraper et aidèrent les autres à porter les enfants.
Ils rejoignirent rapidement la caverne, récupérèrent leurs équipements et s’enfoncèrent plus avant dans la forêt. Avec tout ce petit monde ils avançaient plus lentement. Mais au bout d’une heure de marche en forêt, ils s’arrêtèrent enfin pour faire une halte pour la nuit. Les enfants avaient besoin de se reposer. Silène mis à disposition sa tente pour les petits.
- (Silène s’adressant à Tecklan) Guerrier, il faudrait retourner en ville trouver de quoi les équiper et leur donner à manger pour les quelques jours où nous allons rester ici.
- C’est une bonne idée. Les gars, je compte sur vous pour veiller sur les femmes. Mais ne vous approchez pas trop d’elles pour l’instant, elles risquent d’être effrayées.
Ils acquiescèrent d’un mouvement de tête et se dispersèrent dans la forêt pour surveiller les alentours.
- Nous pouvons y aller.
Sans les femmes et les enfants à leur suite, ils furent plus rapides à rallier la ville. Ce qui leur avait pris 1 h 30 à l’aller ne leur prit qu’1/2 heure. Silène prit rapidement ses repères pour savoir où ils se trouvaient. Elle retrouva facilement le magasin de sport où elle s’était équipée la première fois.
Elle fit comme cette fois-là. Elle récupéra deux vélos et leurs remorques dans la réserve, ainsi que de gros sacs à dos et y stocka tout ce qu’elle put trouver. Tentes, vêtements chauds un peu pour toutes les tailles (enfants, adultes), couvertures, sacs de couchages, lampes….
Ils firent un détour à vélo vers son petit magasin alimentaire. Tecklan avait refusé de monter sur le vélo et il tirait sa remorque derrière lui. Elle entassa encore des conserves, du lait, des denrées de base (pates, farines…) de quoi cuisiner, et elle trouva encore des pommes et des oranges… sans oublier quelques produits d’hygiènes, des couches et produits pour les bébés.
Chargés comme ils l’étaient, ils mirent un peu de temps à rejoindre le camp, mais finirent par y arriver. Ils distribuèrent les couvertures et les sacs de couchages, ainsi que les tentes et y installèrent en priorité les enfants, avant de répartir le reste entre les adultes. Ils avaient récupéré 25 personnes (femmes, enfants et adolescents compris).
- 12 femmes,
- 5 adolescents (3 filles et 2 garçons),
- 4 enfants de 5 à 10 ans (2 filles et 2 garçons)
- et 4 bébés de 1 à 3 ans (3 filles et 1 garçon).
Ils avaient eu de la chance, jusque-là tout s’était plutôt bien passé. Restait à voir comment les choses allaient tourner maintenant entre les rescapés et les natifs. Silène espérait que tout se passerait aussi bien.
Les difficultés arrivèrent le lendemain matin au réveil. Deux adolescents, semblaient inciter les autres à partir du camp. Silène les voyants en discussion mouvementé se dirigea vers eux.
- Que se passe-t-il ?
- On n’a pas à te parler, on part d’ici. Commenta un ado
- D’une si je n’étais pas venu te sortir de ton camp tu ne serais plus là pour parler, donc tu me dois une explication. Qu’est-ce qui te prends ?
- Excusez le Madame, il panique. Il lui faut juste un peu de temps. Répondit un autre
- Earl, arrête de parler pour moi. Faut qu’on se tire ou on va se faire tuer comme les autres. Commenta le premier ado
- Calme toi Alan, ça ne sert à rien de paniquer.
- Parle pour toi, si on t’écoutait on aurait le temps de se faire tuer avant de réagir.
- Tu exagères, comme d’habitude et je te rappelle que si je n’avais pas été là justement.
- Oui excuse moi. Tu as raisons.
- Excusez nous madame, mais on les a vu tué tellement de gens qu’on est devenu méfiant. Surtout que vos amis-là n’ont pas l’air très normaux.
- En effet, mais ils sont moins dangereux que ceux qui ont changés.
- Vous êtes sûr ? ils m’ont eu l’air bien dangereux hier soir.
- C’est comme ça que vous avez pu partir non ?
- Oui
- On ne peut pas tout régler avec de la diplomatie.
- Ouais, vous avez raison.
- Maintenant, qu’est-ce qui vous a mis en panique comme ça ?
- Eh bien, Alan a vu vos hommes qui observaient les femmes et les enfants et il a peur pour les petits.
- Pourquoi ? ils ont été menaçants ?
- Non mais… ils sont tellement étrange.
- et parce qu’ils sont étranges ils n’ont pas le droit de vous regarder ?
- C’est vrai que dit comme ça c’est un peu con comme réaction.
- Ouais, ça fait carrément disjoncté.
- C’est justement parce qu’ils sont étranges qu’ils ont accepté de m’accompagner pour aller vous chercher.
- Vous êtes venu nous chercher ?
- Oui. Je vous ai vu il y a 2 jours.
- Et vous êtes revenus nous chercher au lieu de vous sauver ?
- Oui.
- Pourquoi ? vous ne nous connaissez pas, vous ne nous devez rien.
- Parce que je culpabilisais d’être à l’abri et de laisser des femmes et des enfants se faire tuer.
- Pourquoi ?
- Parce qu’on ne tue pas des enfants. Ça ne se fait pas.
- Ah vous êtes revenus pour les petits, je comprends mieux.
- Pourquoi ? tu penses que tu ne mérites pas qu’on vienne te chercher aussi ?
- Nos parents nous ont laissés entre les mains de ces types, pourtant ils savaient bien qu’on allait se faire tuer.
- Ils ont changé aussi ?
- Oui. Ils ont changé.
- Je suis désolée pour vous. Mais d’une certaine façon, ce n’est pas de leur faute… c’est la transformation. Ils ne sont plus vraiment eux même.
- Oui, on a vu madame… on a vu.
- Son visage se fermait en disant cela. Qu’avaient-ils donc vu ou vécu pour qu’ils ne croient plus dans les adultes ? Ils devaient avoir à peine 15 ans. Deux frères manifestement.
- Au moins vous avez pu rester ensemble.
- Oui madame, mais ça n’a pas été facile.
- Ça vous regarde pas tout ça. De toute façon vous êtes venu nous chercher pour quoi faire ? Y a aucun endroit où aller de toute façon. Vous avez juste retardé un peu l’échéance de notre mort.
- C’est vraiment ce que tu penses ?
- Oui. Faut être réaliste, c’est partout pareil sur toute la planète. On n’a pas d’endroit où s’échapper.
- peut-être pas.
- Vous êtes une adulte, vous devriez savoir que les contes de fée ça n’existe pas.
- Je ne suis pas d’accord avec toi. J’en ai déjà vu moi des fées.
- La regardant hallucinée. Vous êtes shootées ou vous êtes folles ?
- Je ne suis pas folle et pas shootée non plus. Il y a plus de choses surprenantes que tu n’imagines qui existe.
- Ah oui, quoi par exemple ?
- Déjà ce qui vient de nous arriver, ces météorites, ces transformations. C’est déjà incroyable. Et si cela n’est pas suffisant, tu n’as qu’à regarder mes compagnons de route d’un peu plus près. Tu ne trouves pas qu’ils semblent sortis d’une histoire fantastique ?...
- C’est vrai que… faut reconnaitre que vous avez des arguments.
- Si tu gardes ton esprit ouvert et un peu plus de tolérance, tu pourrais avoir d’agréables surprises.
- Je ne suis pas sûr de vouloir vous croire sur ce coup-là.
- Je me doute que ça n’a pas dû être facile pour toi et ton frère. Mais ne te ferme pas à espérer. Peut-être qu’il existe un endroit où se réfugier ?
- Un endroit où aller ?
- Peut-être.
- C’est quoi ces mystères ?
- Intrigué ?
- C’est pas drôle de jouer avec nous madame.
- Je ne joue pas les garçons. Mais je ne peux rien vous promettre, tout le monde ne pourra pas forcément atteindre ce refuge.
- Pourquoi ?
- Parce que comme dans les histoires, il faut prouver qu’on le mérite.
- On est capable d’être à la hauteur moi et mon frère.
- Je l’espère, mais l’épreuve n’est pas une épreuve de force physique.
- C’est quoi alors ?
- C’est un test sur votre ouverture d’esprit.
- C’est quoi cette histoire d’ouverture d’esprit.
- Que voulez-vous dire madame ?
- Il servira à déterminer votre capacité à accepter la différence. Parce que ce refuge est étrange et assez surprenant. Ceux qui ne sont pas capable de s’adapter à cela ne pourront pas y entrer.
- On se croirait vraiment dans un livre d’aventure.
- Mais là c’est réel et que si vous ne passez pas l’évaluation de façon concluante il y aura de réelles conséquences.
- Nous devrons tous passer l’épreuve ?
- Oui, tous. Sauf les petits qui n’ont plus de parents.
- Pourquoi ?
- Parce que les petits s’adaptent vite du moment qu’on prend soin d’eux et qu’on les aime. Ils n’en demandent pas plus. Et peu importe qui le leur donne.
- Et pas nous ?
- Non. Les plus âgés sont déjà pervertis par les adultes et ne sont plus capable de dépasser les apparences. On veut que les autres soient comme nous et nous ressemble et c’est là le problème.
- On en est pas capable ? demanda une ado rousse
- Pas tous.
- Et si on passe pas le test, c’est quoi les risques ?
- Vous restez dans ce monde… avec les dangers pour votre vie qui vous guette.
- On va réussir.
- Je vous le souhaite.
- Vous allez leur dire, à elles. Dit-il en désignant le groupe de femmes un peu plus loin.
- Pourquoi ?
- Pour qu’elles réussissent l’épreuve elles aussi.
- Ce n’est pas si simple. Je préfère ne pas leur donner de faux espoirs. Si elles ne réussissent pas elles resteront ici.
- Ce n’est pas leur donner de faux espoirs que de les prévenir.
- Si. Certaines ont déjà résisté quand nous sommes venus vous chercher. Malgré ce qu’elles ont vécu elles cherchent à reporter leur agressivité sur quelqu’un d’autre. Si elles continuent ainsi elles ont peu de chance de réussir. Je ne tiens pas à leur faire croire à un avenir incertain pour elles.
- Pourquoi incertain ?
- Il y a beaucoup d’adultes qui ne sont plus capables de changer. Qui préfère devenir violent quand ils pensent qu’ils ont raison et qui sont prêt à faire du mal aux autres pour ça. Si elles pensent qu’on les empêche d’accéder à un refuge, elles pourraient devenir agressives et violentes.
- C’est normal, pourquoi on devrait accepter d’être abandonné ici.
- Pourquoi les créatures de ce monde vous accepteraient si vous commencez par leur vouloir du mal. C’est normal qu’elles aient leurs conditions. Non ?
- Mais ce n’est pas juste pour nous.
- Ce n’est pas juste pour ces créatures non plus… et après ce que vous avez vécu, vous savez bien que la vie n’est pas toujours juste.
- C’est vrai.
- Et comment on peut réussir cette épreuve ?
- Je vous donne un indice. Dans ce refuge, les créatures sont comme mes compagnons. Très étrange.
- Et ça veut dire quoi ?
- Après la conversation que nous avons eue, je vous laisse réfléchir sur les conclusions à en tirer. Êtes-vous prêt à changer et à vivre avec des créatures étranges ?...
- On a combien de temps pour réussir l’épreuve Madame ?
- quelques jours, pas beaucoup… nous devrons aller en chercher d’autres après vous et nous n’avons pas beaucoup de temps.
- Vous allez en sauver d’autres ?
- Oui.
Elle vit leurs regards briller d’un nouvel intérêt soudain. L’espoir semblait renaitre en eux… Silène les laissa là. Certes ce n’était pas juste pour les adultes. Mais elle estimait que ces adolescents avaient le droit à une petite chance supplémentaire.
Après tout ce qu’ils avaient déjà perdu. Leurs familles, leur sécurité, leur confiance, leurs illusions…. Elle était sure qu’ils pouvaient accepter ses compagnons Natifs. S’ils arrivaient à se sortir de la perception méfiante des adultes.
Les femmes adultes c’était autre chose. Elle laisserait faire les évènements et verrait bien. Certaines avaient des enfants. Elle espérait qu’elles sauraient accepter les natifs. Certes ceux qui l’accompagnaient était quelque peu effrayants. Mais elle voulait croire qu’elles sauraient voir au-delà des apparences.
3 jours plus tard, les personnalités commencèrent à se révéler. Les natifs étaient discrets, jouaient avec les enfants et certaines femmes s’étaient rapidement habituées à eux.
Après les traumatismes qu’elles avaient vécus avec des êtres d’apparences humaines. Des créatures étranges mais bienveillantes ne semblait pas leur poser de problème.
Les 3 qui avaient contesté le sauvetage au départ, en revanche, c’était une autre histoire. Elles montraient régulièrement des signes d’agressivités et de rejet envers les Natifs. Eux restaient parfaitement calmes comme si les insultes et les rebuffades ne les atteignaient pas ou comme s’ils ne les entendaient pas. Silène était admirative face à leur patience. Mais elle s’attristait de voir qu’elle devrait abandonner ces 3 femmes ici.
Les enfants et les bébés semblaient avoir accepté les guerriers natifs. Il est vrai qu’ils ne ménageaient pas leurs efforts pour aider les mères à s’en occuper et n’hésitaient pas à retourner en ville dès que celles-ci manifestaient un besoin quelconque pour leurs petits.
Mero, le grand black semblait avoir adopté une jeune femme, maman d’un bébé d’un an. Le bébé lui souriait dès qu’il apparaissait et la jeune femme semblait fascinée par lui.
Khun aussi, l’asiatique semblait plaire à une jeune eurasienne qui s’occupait de deux enfants accrochés à elle. Leur père devait être européen car ils étaient métissés. Quand elle entendait les femmes parler, Silène voyait bien que les natifs avaient toute leur approbation.
Elles les trouvaient magnifiques, serviables, si gentils et attentionnés pour des hommes. Et Si beau, tellement beau. De vraies midinettes en émoi. D’autant que les natifs n’étaient pas insensibles à tant d’attentions féminines.
Encore deux jours de plus et aucun doute n’était plus permis. Les ados jouaient avec les natifs sans plus prêter attention à leur apparence.
Les jeunes femmes étaient flattées de leurs regards et de leurs attentions. Les deux frères étaient fiers d’être emmenés avec les natifs pour les excursions de ravitaillement.
Silène devait reconnaitre qu’ils savaient s’y prendre pour conquérir les gens. Des 3 femmes réfractaires, une avait fini par changer de camps. Elle suivait Ghorn partout, dès qu’elle le pouvait. Elle ne semblait rassurée qu’en sa présence. Dès qu’il s’absentait elle semblait continuellement apeurée. Ghorn semblait attachée à elle. Il la rejoignait dès qu’il revenait au camp, même s’il était toujours prévenant et attentionnée avec toutes celles qui s’adressaient à lui.
Tecklan lui aussi avait du succès. Les femmes l’appréciaient tout autant que les autres, même s’il était un peu plus distant et mystérieux. Moins accessible en apparence.
Silène se demandait s’il n’avait pas déjà une compagne au refuge. Il était prévenant, mais n’encourageait aucune d’entre elles. Contrairement aux autres guerriers il avait une attitude plus réservée.
Oui, peut-être avait-il déjà une compagne, cela expliquait sans doute son apparente distance en comparaison de ses compagnons. Pourtant, elle l’avait surpris à plusieurs reprises en train de la fixer. Au début elle s’était demandé si elle ne se faisait pas des idées. Mais à force de le surprendre, elle n’avait bientôt plus eu de doute. A chaque fois il détournait le regard et cela l’intriguait.
Silène n’arrivait pas à déterminer ce que voulait dire ces regards. Était-il curieux ? Avait-il pour mission de la surveiller ? De la protéger ? Elle ne savait que penser de son attitude. Elle n’avait pas eu l’occasion de l’approcher depuis qu’ils s’étaient installés dans ce camp de fortune.
Les jours défilaient et elle savait que l’échéance du choix approchait. Elle n’avait pas vraiment le temps de décoder son comportement. Elle avait bien songé un instant que peut-être elle l’intéressait. Mais elle s’était empressée de chasser cette idée stupide.
Que pourrait-il bien lui trouver ? Il fallait être raisonnable. Il était bien trop séduisant pour elle. Il devait sans aucun doute avoir l’embarras du choix dans son monde. Il avait surement autre chose à faire que de se soucier d’elle.
Oui elle était la passeuse et voilà. Là était l’explication. Il devait certainement avoir pour mission de veiller sur elle et voilà tout. Oui, voilà tout. Un type aussi attirant, avec elle ? Non.
De toute façon rien dans son attitude ne l’encourageait dans cette idée stupide. Il n’était pas plus proche avec elle qu’avec les autres femmes. Khar, le dernier guerrier en comparaison, avait une attitude différente. Lui, il était clair qu’il cherchait une compagne. Mais il semblait ne pas réussir à se décider entre toutes celles qui étaient présentes. Il répondait aux demandes de chacune, s’empressant autour d’elles. Mais il n’arrivait pas à se décider dans son choix.
Désormais, il ne restait donc plus que deux femmes irréductibles. Deux qui ne semblaient pas vouloir accepter la moindre approche des Natifs. Rigides et très critiques, elles devenaient même agressives envers les autres femmes qui semblaient si facilement les accepter.
A la gentillesse et la prévenance, elles préféraient opposer une agressivité de tous les instants. Silène était attristé de leur attitude. Seule à y faire attention et à prendre la mesure des conséquences que cela occasionnerait. Il était temps de partir et Silène n’entrevoyait malheureusement pas de solution.
Elle informa le soir même les natifs qu’ils rentreraient le lendemain et ils furent d’accord avec elle quant aux personnes qui seraient autorisé à traverser le passage. Le soir même ils prévinrent tout le monde que le lendemain ils lèveraient le camp et qu’ils partiraient ailleurs. Silène se dirigea vers les deux femmes.
- Mesdames.
- Qu’est-ce que tu veux toi ?
- Je suis simplement venu vous prévenir que nous partirons demain.
- Et en quoi ça nous intéresse, allez vous en toi et tes monstres si ça vous chante.
- Tous les autres viennent avec nous.
- Si ça les amuse de vous suivre, tant pis pour elles. Mais c’est malheureux pour les enfants.
- (Sentant l’exaspération la gagner) Vous préférez qu’elle les laisse ici pour se faire tuer par les prédateurs.
- On s’en fout ce n’est pas nos gosses à nous.
- Ils nous ralentissaient de toute façon (dit l’autre femme), ça nous arrange que vous nous débarrassiez de toute ces femmes et ces gosses.
- Ça ne vous dérange pas de rester seules toutes les deux ?
- Pourquoi ça nous dérangerait ?
- Il n’y aura plus personne pour vous ramener du ravitaillement. Vous devrez vous débrouiller toutes seules ?
- Et alors c’est pas la première fois qu’on devra se débrouiller.
- Ouais (répondit sa comparse).
- Dans ce cas, je vous souhaite bonne chance.
Silène était soulagé. Elles lui facilitaient la tâche. Elle avait tellement craint de devoir leur dire qu’elles n’étaient pas les bienvenus et qu’ils les abandonnaient derrière eux.
Mais elles étaient tellement remontées, qu’elles semblaient contentes et soulagées qu’ils les laissent libre de leur mouvement. Elle se demanda presque pourquoi elles n’étaient pas parties d’elle-même bien plus tôt. Pourquoi étaient-elles donc restées avec eux si longtemps ? Si les femmes et les enfants étaient une telle contrainte, sans compter les natifs.
- Tu es sûre que tu ne veux pas qu’on aille avec eux ?
- Pour aller où ? certes elles ont ces hommes étranges avec elles, mais les enfants vont les encombrer. Non on sera mieux toutes seules sans eux. On a plus de chance de s’en sortir.
- Je suppose que tu as raison.
- Tu ne vas pas me dire que tu as des regrets, que tu préfères rester avec ces monstres étranges ?
- Non, non – dit-elle d’un air peu convaincu. Se demandant si elle avait bien fait de suivre sa compagne dans son attitude agressive.
- On en a bien profité déjà. Une petite semaine logée et nourrit sans rien faire, et sans avoir de mecs pour nous solliciter tous les jours. C’est déjà pas mal.
- Oui, je suppose que oui, c’est déjà pas mal.
- De toute façon je ne donne pas cher de leur peau. Qu’est-ce que tu crois qu’elles vont devenir quand ces types étranges en auront assez d’elles. Elles ne tiendront pas longtemps seules pour protéger leurs gamins.
- Oui, sans doute.
- Je préfère autant ne pas être là pour voir ça.
- Humm. On aurait peut-être pu en profiter encore un peu.
- Non, j’ai pas envie de les suivre je ne sais où durant des kilomètres. Non merci. Je préfère rester près de la ville. Au moins on n’aura pas à aller loin pour se ravitailler.
- Oui. Tu as sans doute raison, comme toujours.
- Mais oui. Regarde les ces naïves qui se jette dans la gueule du loup. Dit-elle convaincu de sa décision.