Chapitre 8
Quand elle revint au village, ils n’étaient qu’en début d’après-midi. Avec tout ce qu’elle venait de découvrir et de vivre, elle avait l’impression qu’une éternité s’était déjà écoulée. Mais seules quelques heures s’étaient déroulées. Elle retrouva ses camarades, regroupés à l’écart. Ils observaient les gens du village avec effarement. Elle les rejoignit rapidement.
- Ah, Silène tu es là, nous étions inquiets.
- Pourquoi ?
- Tu les as vus ? demanda Jim
- Qui donc ?
- Les gens du village.
- Oui et alors ?
- Ils ne sont pas humains. Dit Mark
- Quoi ?
- Enfin, pas tout à fait humain. Rajouta Véra
- Oui et alors.
- Et alors ? Mais t’es conne ou tu le fais exprès. Passe encore leurs femelles qui sont sexy. Mais tous ces monstres. Dit Jim
- Et alors, ils sont comme ça depuis le début. Ça ne semblait pas vous déranger avant.
- Quoi ? Dit Mike. Tu veux dire que ces créatures, c’est les gens qui nous ont accueilli et avec qui nous avons fait… la fête hier soir.
- Oui.
- Merde. J’avais bien espéré qu’on avait changé de monde durant la nuit.
- Non. On n’a pas changé de monde durant la nuit.
- Merde, reprirent Vera et Silvio en chœur.
- Comme vous dites.
- Mais tu le savais toi ?
- Oui
- Et tu n’as rien dit.
- Vous dires quoi. Qu’ils n’avaient pas l’air tout à fait humain et qu’il valait mieux garder ses distances dans un premier temps. Franchement, vous étiez tellement content que vous ne m’auriez pas écouté. Honnêtement tu m’aurais cru ?
- Non. répondit Mike.
- Tu m’aurais sans doute même prise pour une dingue.
- Ouais, sans doute.
- Maintenant au moins, je sais que je ne suis pas dingue.
- Qu’est-ce que tu veux dire ? demanda Silvio.
- Je commençais à avoir des doutes sur ma santé mentale à être la seule à les voir différent. Et d’ailleurs vous les voyez comment, vous ?
- Comment ça ?
- Histoires de savoir si on voit la même chose et que ce n’est pas une sorte d’hallucination. Jusqu’à aujourd’hui pour vous ils étaient normaux, maintenant ils ont l’air de quoi ?
- C’est difficile à dire, c’est des détails en fait. Dit Véra.
- Oui. Leurs oreilles sont différentes et leurs yeux. dit Silvio
- Quelque chose dans leur visage et leur façon de bouger, dit Mike
- Ouais, ça se voit que c’est des monstres, et y a pas à s’en demander plus. Rétorqua Jim
Personne ne lui prêta attention.
- Bien et ils sont tous pareils ?
- Non. Il y a plusieurs races différentes, mais c’est très subtil à repérer.
- Des races de quoi ? vous en avez une idée ?
- Non. répondit Véra
- Maintenant que tu poses la question. Je n’en sais rien en fait. Dit Silvio
- Moi non plus. Dit Mike
- C’est des monstres c’est tout. Pourquoi se prendre la tête avec des questions ? dit Jim
- Moi non plus je n’en sais rien. Par certains coté, ils ressemblent à nos animaux sauvages, mais pas vraiment.
- Oui. Des traits de ressemblances en apparence, et en même temps c’est différent.
- Oui, plus étrange.
- A priori, ils ont subi la même chose que dans notre monde.
- Tu crois ?
- Oui. J’ai parlé avec l’un d’entre eux. Il se passe dans notre monde la même chose que ce qu’ils ont connu dans leur passé. Ils nous ressemblaient il y a plusieurs générations.
- Non. Ils sont humains alors. Dit Mike
- A la base oui. Maintenant, je ne sais pas ce qu’ils sont réellement. Mais c’est ce qui est en train d’arriver chez nous.
- Alors, on va devenir comme eux. Dit Silvio
- A priori, oui.
- Une fois qu’on se fait à l’idée et qu’on sait que c’est des humains, ils ne sont pas si mal. Il faut reconnaitre qu’ils ont été très accueillants avec nous. Dit Véra
- C’est vrai.
- Je ne suis pas sûre que j’aurais été aussi accueillant à leur place.
- Ils ont leurs raisons pour ça.
- Vraiment et lesquelles. Dit Jim
- Le changement amène des problèmes de reproduction. Donc ils ont besoin d’humain comme nous, qui n’ont pas changés pour renouveler les gènes et stimuler la fertilité.
- Merde. On est des reproducteurs alors dit Jim soudain plus intéressé.
- En quelques sortes. C’est pourquoi ils nous accueillent si chaleureusement.
- Je ne sais pas si je dois l’apprécier ou me sentir vexée. Dit Véra
- Je dois reconnaitre que je pense un peu comme toi Véra.
- Ce n’est pas si mal comme idée. Reproducteur. Bon c’est vrai que ce n’est pas super flatteur. J’aurais préférée savoir qu’elles craquaient toutes pour mon charme irrésistible, mais je m’y ferais. Dit Mike
- Faut reconnaitre qu’elles ne sont pas farouches et assez attirantes rajouta Silvio.
- Tant que c’est que les femelles pourquoi pas. Dit Jim
- Trêves de conneries. C’est flatteur tout plein, mais sérieusement qu’est-ce qu’on va faire ? demanda Mike
- On a deux choix.
- Lesquels ? demanda Silvio
- Retourner dans notre monde ou rester ici.
- Ils sont d’accord ?
- Oui. Eux ils sont d’accord pour nous accueillir. Mais est-ce que vous, vous voulez rester ici ?
- Je n’en sais rien. Ça fait beaucoup d’infos. Dit Véra
- On retourne chez nous. Moi je retourne dans notre monde. dit Jim.
- Oh là, calmos. Pas la peine de se précipiter. Répondirent les autres.
- En effet. Chez nous il y a des chances que ce soit devenu dangereux. Il vaut mieux bien réfléchir.
- Je m’en fous. Je rentre dans notre monde. dit Jim.
- Si je me fie à ce qu’ils m’ont dit. Moi et Véra on risque de devenir des femelles pour la reproduction et vous les gars de vous faire tuer à vue.
- Quoi ?
- Dans notre monde ils en sont à la première phase du changement.
- Et ça veut dire quoi concrètement ?
- Éliminer tous ceux qui n’ont pas changé et transmettre les gênes.
- Merde, merde. Dit Véra
- Putain. Dit Mike
- Et c’est quoi la solution alors ? demanda Silvio
- Rester ici c’est le plus sûr. Au moins on sait ce qui nous attend et on ne nous forcera pas à nous reproduire contre notre gré.
- Ils ne sont pas si mal. Faut reconnaitre qu’ils sont plutôt canon physiquement. Dit Véra
- Oui, faut le reconnaitre. Mais tu es sûre que tu t’en contenteras pour le reste de ta vie ?
- J’en sais rien. … mais je pourrais m’y faire. Dit Véra
- Vraiment ?
- Franchement oui, tu sais Silène chez nous j’étais loin d’intéresser les hommes. Une petite boulotte comme moi. Entre les obsédés et ceux qui voulait juste des aventures… ce n’est pas très glorieux. Je n’aurais aucun regret. Ici je suis un bon parti. T’as vu comment ils me regardent.
- Oui.
- Avec eux je suis une vraie beauté. Faut reconnaitre que ce n’est pas négligeable d’être désirée comme ça.
- C’est vrai que c’est flatteur. Et vous les gars ?
- Ça me plairait de rester ici. Mais… dit Mike
- Oui ?
- J’ai une famille dans notre monde et je le regretterais toujours si je les abandonne. Mes parents, ma petite sœur.
- Oui moi aussi. Dit Silvio. Je ne pourrais pas vivre tranquillement ici sans me le reprocher. Je me demanderai toujours où ils sont et ce qu’ils sont devenus. J’ai 3 petites sœurs, sans compter mes parents. On a émigré pour mes 12 ans aux états unis. Je ne peux pas les laisser là-bas.
- Et toi Jim ?
- Moi je retourne chez nous. Pas question que je vive avec ces monstres.
- Vous êtes sûr de vous les gars ?
- Oui, on retourne chercher nos familles. S’il y a de la place pour eux ici on les ramène. Dirent Mike et Silvio après avoir échangé un regard entre eux
- Véra toi tu fais quoi ?
- Je reste ici. Mais si vous voulez que je vous accompagne je viens avec vous.
- Jim toi tu retournes chez nous ?
- Oui.
- Et toi Silène, tu décides quoi ?
- Je vous accompagne et on essaiera de ramener tous ceux qu’on peut.
- Se lançant un sourire entre eux. Ok pour nous Silène.
- Moi je vous attends.
- Ok Véra, tu seras plus à l’abri ici de toute façon. Pas la peine qu’on risque tous notre vie. Tu n’as personne que tu veux ramener, tu es sûre ?
- je suis orpheline et il n’y a personne que je regretterai de l’autre côté, à par vous trois. Dit Véra
- et moi alors… demanda Jim.
Ils le regardèrent tous sans faire de commentaire.
- Bon ben je crois qu’on est d’accord.
- Tu n’es pas obligé de venir Silène, on ramènera tous ceux qu’on pourra avec nous tu sais. Rien ne t’oblige à venir.
- Ouais. C’est vrai.
- Vous n’avez pas le choix les gars. Si je ne viens pas avec vous, vous ne pourrez pas y retourner.
- Arrête ton char ma belle. On peut se débrouiller sans toi.
- Vous ne pourrez pas trouver le passage et le traverser si je ne suis pas là.
- T’en fais pas un peu trop là.
- Malheureusement non les gars. Je resterai bien planqué ici. Mais il semble que je sois la seule à pouvoir vous faire traverser.
- T’es sérieuse là ?
- Oui les gars. Je suis l’élue. La passeuse de monde. Oui je sais ça fait grandiloquent comme ça, mais c’est vrai. Je l’ai testé ce matin.
- Merde Silène.
- Comme tu dis. Je n’ai pas le choix. Je dois y aller avec vous si on veut sauver vos familles.
- Je suis désolée Silène.
- Désolée, pourquoi. Au moins elle, elle ne se reproduira pas avec ces monstres dit-il en regardant Véra. Elle restera avec les vrais humains.
- Qu’est-ce qui te fais croire qu’il en reste encore Jim ?
- Si tu veux croire à leur connerie c’est ton problème, mais moi je suis sûr qu’ils mentent. Dit Jim
- Malheureusement non.
- Ne l’écoute pas Silène. C’est un sale fils à papa égoïste. Il va vite déchanter. Mais je te remercie de nous aider à aller chercher nos familles. T’aurais pu nous mentir et rester ici.
- Oui j’aurais pu. Mais ça m’aurait rongé de laisser des gens là-bas. Sans rien faire.
- On part quand ?
- Ça c’est une autre histoire. Ça ne va sans doute pas être possible tout de suite. D’ici quelques jours peut-être, cependant il y aura des conditions.
- Des conditions ?
- Pour en ramener d’autres.
- Lesquelles ?
- Certains d’entre eux vont nous accompagner.
- Pourquoi ?
- C’est leur monde. Ils auront leur mot à dire dans le choix de ceux qu’on ramène.
- Et merde… dit Mike
- C’est quoi les conditions ? demanda Silvio
- Que ceux qu’on ramène accepte nos hôtes et de se mélanger. Les réfractaires resteront dehors.
- Les réfractaires ?
Silène regarda Jim.
- Les comme lui. Ceux qui les rejettes et qui ne veulent pas d’eux. Ils n’auront pas le droit de venir.
- ma famille les acceptera dit Silvio
- Je ne sais pas. Dit Mike
- Il faudra les convaincre. Sinon ils n’auront pas le droit de venir. Vous aurez quelques jours pour qu’ils s’habituent. Je soupçonne que c’est pour ça qu’ils nous accompagnent, pour que les autres humains les voient et saches à quoi s’attendre.
- La mort ou eux, tu parles d’un choix. Commenta Jim.
- Il a raison, c’est le deal. Les gens qui viendront dans ce monde devront être prêts à s’intégrer ou on ne les acceptera pas. Il n’est pas question d’envisager une petite colonie tranquille entre nous. Il faut que ce soit clair pour chacun de vous.
- C’est clair pour moi et c’est d’accord. Dit Mike. Il n’est pas question que je laisse ma famille crever pour une raison de vision étriquée.
- Pareil pour moi dit Silvio. On est venu aux états unis pour s’en sortir. Là ou ailleurs peu importe. Nous on s’intègre partout.
- Jim tu pourras rester de l’autre côté. On ne t’obligera pas à revenir.
- J’espère bien tiens.
- Cependant je ne sais pas quand nous pourrons y aller. Je vais devoir leur parler avant. Je compte sur vous pour vous faire à eux et vous intégrer autant que possible. Nos espoirs de ramener d’autres personnes risque d’en dépendre… elle regarda Jim. Jim je suppose qu’il n’y a aucun espoir que tu fournisses des efforts avec eux ?
- Je ne traine pas avec les monstres.
- Ouais, mais tu ne crache pas sur leur bouffe, leurs maisons, leur accueil et leur femmes…
Il baissa la tête.
- Je te demande de fournir un effort au moins pour ne pas attirer l’attention et te faire oublier jusqu’à ce qu’on puisse retourner de l’autre côté. Là tu seras libre de partir dès qu’on aura franchi le passage.
- Ouais. Je n’ai pas l’intention de m’éterniser avec les monstres plus que nécessaire. Je me barrerai à la première occasion.
- Je n’en doute pas. Mais ce n’est pas parce que tu ne veux pas rester que tu dois pourrir les chances des autres, sinon on peut aussi te rendre les choses plus inconfortables ici si tu préfères….
- Mouais… marmonna-t-il.
- C’est toi qui vois si tu veux repartir et dans quelles conditions tu souhaites attendre. La bouffe est bonne, les lits confortables… mais ça peut fort bien ne pas durer si tu te montres trop incorrect. Monstre ou pas, je te rappelle que tu es leurs invités. Invités, pour l’instant. A toi de voir les conditions de vie que tu préfères. J’espère que ton sens pratique saura dominer tes préjugés, dans ton intérêt. Est-ce que je suis claire ?
- C’est clair. Mais je ferai le minimum.
- Je ne t’en demande pas plus.