Chapitre 6
Le soleil brillait déjà. Ils se levèrent et rangèrent leurs affaires, il était temps pour eux de repartir. Ils se sentaient bien, frais et reposée. Les choses semblaient s’arranger pour eux. Ils finiraient bien par tomber sur d’autres personnes qui n’auraient pas changée. Tous les espoirs étaient possibles.
Silène ne dit rien, les laissant à leur enthousiasme. Elle aussi se sentait rassurée et détendue. Cependant elle savait qu’ils n’étaient plus dans leur monde. Elle ne savait pas où ils se trouvaient, mais cela ne pouvait pas être pire que ce qu’ils avaient laissé derrière eux. Elle l’espérait en tout cas.
On lui avait parlé de « refuge » non ? Alors même si elle devait rester prudente, elle avait bon espoir quant à leur avenir. Les choses ne pourraient que s’arranger désormais. Ils avaient franchi le passage, elle en était certaine, elle le sentait. Elle le voyait dans la vie débordante qui les entourait, dans l’éclat nouveau et plus réel de la lumière. Tout lui semblait plus vivant, ses sensations étaient plus fortes, plus exacerbée, elle se sentait pleine d’énergie. Oui, les choses ne pourraient qu’aller mieux. Ils repartirent en longeant le lac. Ses compagnons étaient surs qu’ils finiraient par tomber sur des habitations à un moment ou un autre.
Il faisait indubitablement plus chaud par ici. Le soleil les chauffait agréablement. Silène avait l’impression de se retrouver en vacances. Tout était calme et paisible, on entendait juste les bruits de la nature. Le chant des oiseaux, le bourdonnement des insectes, la brise rafraichissante. Ils furent d’autant plus surpris quand ils débouchèrent hors de la forêt et qu’ils se retrouvèrent face à plusieurs personnes disséminées devant eux et qui se mirent à les fixer, en murmurant quelque chose tout en les regardants.
Ils s’immobilisèrent, incertains quant à la conduite à suivre. Ces gens étaient-ils dangereux ? Avaient-ils changé eux aussi ? Silvio et Véra se trouvaient devant, suivis par Mike. Silène et Jim fermait la marche. Ils se regroupèrent imperceptiblement sans même s’en rendre compte, inquiets. Seraient-ils amenés à devoir se battre ? Les autres étaient nombreux, une bonne dizaine. Certains se rapprochèrent et Silène entendit enfin ce qu’ils disaient.
- Des origines, des origines répétaient ils comme une litanie.
Un homme s’approcha de Vera et lui toucha le visage. Elle se recula immédiatement. Ces personnes autour d’eux semblaient normaux… pourtant quelque chose dérangeait Silène. Elle n’arrivait pas à comprendre quoi.
Puis lorsqu’ils se retrouvèrent à 1 mètres d’eux elle comprit… ils n’étaient pas tout à fait humains. Leurs yeux, quelque chose dans leurs visages et les oreilles de certains dénotaient… la différence.
Elle mit encore quelques minutes avant de voir ce qu’ils étaient. Une chauve sourie, un lion, un aigle. Tout du moins y ressemblaient-ils sous certains aspects. Elle reconnaissait les caractéristiques de ces animaux dans leurs visages et leurs yeux. Et encore elle soupçonnait que d’autres caractéristiques physiques non visibles devaient encore marquer leurs particularités.
Des mutants humain animaux ou autres choses ? Peut-être cela venait il de là, les légendes sur les loups garous. Une porte magique qui avait dû s’ouvrir et laisser passer certains d’entre eux.
- Ils ont l’air un peu étrange, mais semblent plutôt accueillant – dit Silvio.
- Oui, ils ont plutôt l’air content de nous voir – commenta Mike. Agréablement surpris.
- Ils ont l’air normaux – commenta Véra. Ils ne semblent pas avoir changé.
Jim ne fit aucun commentaire, des femmes l’entouraient semblant en admiration devant lui, il en était ravi.
Silène se demandait si elle ne perdait pas la tête. Ses camarades ne semblaient pas remarqués les différences on ne peut plus visible de tous ces gens. Était-elle la seule à les voir tels qu’ils étaient ou son cerveau lui jouait il des tours ? Est-ce que l’atmosphère de ce nouveau monde dégageait des substances étranges qui affectaient son cerveau ?
L’un d’eux leur proposa de les suivre. Ses camarades semblaient ravis de l’invitation. Avaient-ils donc tous perdus la raison ? Ils ne connaissaient pas ces gens et ils les suivaient comme ça sans réfléchir en s’en réjouissant en plus. Après ce qu’ils avaient vécu et la destruction de leur monde… ils ne se posaient pas plus de questions que cela ?
Silène soupçonnait que quelque chose d’anormal se jouait sous ses yeux… Elle ne dit rien cependant et suivit ses compagnons sans faire de commentaires. Elle ne pouvait pas lutter toute seule face à tous ces gens. Elle devrait attendre de se faire une meilleure idée de la situation.
Malgré les apparences, elle n’était pas rassurée. Elle espérait juste qu’ils n’allaient pas se retrouver dans une situation pire que celle qu’ils avaient laissé derrière eux.
Ils arrivèrent dans leur village. Un village tout simple en apparence et pourtant tout paraissait surprenant. Les constructions avaient une forme étrange qu’elle n’avait pas l’habitude de voir. Une conception différente des formes et pourtant tout semblait évident et fonctionnel. Ils les amenèrent à une plus grande maison au centre du village. Là un homme et une femme d’âge mûr les attendaient.
- Bienvenue dans notre village Homme et femme d’origine. C’est un honneur pour nous de vous recevoir.
- Merci, mes amis et moi sommes content de trouver un endroit si accueillant après notre long voyage – répondit Mike.
Les autres acquiescèrent à sa remarque. Seul Silène garda le silence. Elle se posait tellement de questions. Que voulaient-ils dirent quand ils les appelaient des « origines ».
Ils leurs offrirent un magnifique déjeuner. Silène ne reconnaissait pas les aliments, mais elle devait avouer que tout était succulent. Des fruits et des légumes étaient au repas et elle se réjouissait de manger des aliments frais. Ce n’était peut-être pas très raisonnable de sa part de manger sans trop se poser de questions. Mais cela sentait si bon et elle devait reconnaitre qu’ils étaient incroyablement bien accueillis.
Chacun dans le village semblait vouloir leur faire plaisir et répondre à la moindre de leurs attentes. On avait mis à leur disposition deux maisons. Une pour les hommes et une pour les femmes. Petites mais agréables et confortables.
Elle semblait toujours être la seule à voir les choses différemment. Ses compagnons semblaient penser que cet endroit était comme leur monde. Ils ne remarquaient rien de ses différences et de son étrangeté.
Ou son cerveau avait complètement perdu les pédales ou elle était la seule parmi ses compagnons à voir la réalité. Autant de questions qui ne cessaient de tourner dans son esprit. Mais surtout, la plus importante de toute. Etaient-ils en sécurité ici ? Le soir, ils eurent droit à une fête de bienvenue. Ses amis étaient ravis. Silène avait du mal à s’adapter à cette situation. La veille encore ils fuyaient la catastrophe de leur monde et tentait de survivre, vivant dans la peur et la méfiance. Et là, ils se retrouvaient à une fête. D’ailleurs d’où pouvait bien venir cette musique. Elle ne voyait pas de haut-parleur, pas de fil électrique nulle part. Comment produisaient ils leur lumière d’ailleurs. Tout ici la surprenait. Ils avaient tout le confort de leur monde et pourtant tout était si différent. Leur maison s’intégrait parfaitement à leur environnement comme une extension du sol. Lui donnant l’impression que tout ici était vivant, y compris les maisons. Elle ne s’expliquait pas ce qu’elle voyait. Mais était ce bien utile ?
Ses amis dansaient et s’amusaient au milieu des autochtones. Se laissant entrainer dans la danse sans retenue. Silène, préférait rester en retrait. Non qu’elle ne fût pas tentée. Bien au contraire. Elle avait du mal à ne pas se laisser entrainer par la musique. Mais elle préférait garder sa réserve pour l’instant.
Elle avait aussi levé le pied sur la boisson qu’ils leur distribuaient. Elle lui faisait la même impression que l’alcool et elle n’aimait pas cela. Elle ne buvait pas. Elle avait tout de suite reconnu la sensation de chaleur qui descendait dans son estomac. Elle avait immédiatement arrêté de boire son verre, demandant plutôt un jus de fruits ou de l’eau.
D’ailleurs les effets étaient de plus en plus visibles sur ses compagnons au fur et à mesure de l’avancée de la soirée. Ils perdaient toutes retenues et se laissaient entrainer à flirter avec les « femmes » environnantes. Les hommes semblaient les laisser faire sans réagir.
Véra se voyait entourer de quelques prétendants, dont un homme aigle qui semblait avoir le dessus sur les autres prétendants. Magnifique certes, des yeux noirs profonds. Les autres semblaient lui laisser le champ libre, même si certains restait tout près. Comme s’ils espéraient qu’elle ne le choisirait pas et qu’ils auraient leur chance.
Silène elle-même était entouré d’un groupe de mâle. Mais elle ne leur prêtait pas la moindre attention. Elle n’avait pas rejoint ce refuge pour se précipiter sur le premier homme qui passerait. Elle n’était pas là pour cela. Où étaient-ils donc tombés ? Elle s’éloigna de la fête, quand un de ses prétendants lui adressa la parole.
- Vous ne restez pas avec nous pour la fête ?
- Non merci. J’ai besoin de prendre un peu l’air seule… j’ai trop chaud ici et il y a trop de bruit.
- Nous sommes là si vous avez besoin de quelque chose.
- Merci.
Elle s’éloigna tranquillement comme si tout allait bien et qu’il était parfaitement normal qu’elle ait besoin de s’éloigner un peu. Une fois éloignée des lumières et du bruit, plongée dans l’obscurité de la nuit… elle prit le temps d’observer les évènements à distance.
C’est à ce moment-là qu’elle le vit. Il était en périphérie de la lumière et de la fête. Lorsque certains se retrouvaient inopinément plus près de lui, ils s’éloignaient rapidement. Il paraissait leur faire peur. Elle l’observa plus longuement. Oui ils avaient peur de lui. Ils le contournaient ostensiblement. Pourquoi donc ?
Il avait l’apparence d’un Maori… grand, massif, les cheveux sombres, tatouage ethnique sur les bras. En apparence, il ressemblait parfaitement à un humain normal. Rien dans son apparence, hormis ses tatouages ne le rendait différent. Son visage, ses oreilles, ses traits. Tout en lui avait l’apparence d’un humain. Physiquement chez lui rien ne semblait « différent » contrairement aux autres. Pourtant quelque chose d’indéfinissable se dégageait de lui. Une aura de force, une puissante présence. Une impression palpable de danger. Elle l’observait depuis quelques minutes quand ses yeux croisèrent son regard. Fascinant, il avait des yeux verts. Verts émeraude, profond comme une forêt. Elle était subjuguée par son regard profond, si profond. Si envoutant. Elle ne le quittait plus des yeux, il était magnifique.
- Vous ne devriez pas le regarder comme ça madame, il est dangereux. Il pourrait s’énerver et vous agresser. Il est « guerrier », il est trop indépendant, il faut l’éviter.
Lui dit un homme chauve-souris, en lui prenant le bras pour qu’elle détourne le regard.
- C’est dangereux de regarder ceux qui sont comme lui. Ne recommencez pas.
- Pourquoi ?
- Il n’est pas comme nous. Ceux de sa race sont trop sauvages, ils n’ont rien à faire dans nos villages.
- Alors pourquoi est-il ici ?
- Parfois nous avons besoin de lui. Quand un danger nous guette. Mais on ne se mélange pas avec ceux de sa race.
- Pourquoi ?
- Mais parce que c’est comme ça. Ils sont trop dangereux, c’est tout. Ils ne savent que se battre et semer la destruction. Ils n’existent que pour tuer. C’est pour ça qu’il ne faut pas rester avec eux.
Il semblait convaincu de ce qu’il disait, comme si c’était une évidence qui n’avait pas besoin de plus d’explication. Mais Silène le trouvait si fascinant. Pouvait-il donc être si dangereux ? Elle n’eut pas le loisir de s’interroger davantage. On ne la laissa plus seule pour le reste de la soirée. Il était clair qu’on ne souhaitait pas qu’elle se retrouve en sa compagnie.
Elle ne tarda pas à aller se coucher. De toute façon, voir ses compagnons se laisser aller à ce point n’était pas un spectacle qui la réjouissait. Véra la plus retenue, dansait sans s’interrompre avec différents prétendants, se collant de façon de plus en plus suggestive au fil de la soirée. Non pas que la faute lui en incombe. Mais on sentait la tension sexuelle monter.
Jim s’était volatilisé. Silène soupçonnait qu’il avait dû aller finir la soirée avec une de ses jolies groupies. Silvio ne savait plus où donner de la tête et du reste d’ailleurs, devant les jeunes femmes qui lui tournait autour. Il fallait reconnaitre qu’elles avaient des physiques avantageux. Il y avait vraiment de quoi complexer et devenir jalouse. On ne devait pas avoir le droit d’avoir des corps pareils. Comme dirait les hommes « des bombes sexuelles ». Elles étaient magnifiques, il fallait le reconnaitre. Alors avec l’alcool et l’ambiance… difficile de ne pas être tentée. Silène ne doutait pas qu’il finirait surement la nuit dans le lit de l’une d’entre elle, ou de plusieurs. Allez savoir. Ces créatures semblaient avoir des mœurs plutôt libérales apparemment. Mike, avait déjà rendu les armes, il dormait dans un coin de la place allongée sous un paravent.
Silène se demandait si ses compagnons verraient un jour tous ces gens sous leur véritable apparence. Et si cela arrivait, comment réagiraient ils en se rendant compte que quelque part ils avaient été trompés. Qu’ils s’étaient laissé séduire par des créatures semi humaines. L’accepteraient ils ?
Pour l’instant ils étaient chacun dans leur petit monde idyllique. Elle espérait juste que le réveil ne serait pas trop brutal pour eux. Elle les aimait bien dans le fond. Bon pour être vraiment honnête elle n’aimait pas Jim. Et plus elle apprenait à le connaître moins elle l’appréciait.
Elle n’était pas là pour jouer les chaperons de toute façon. Ils étaient tous adultes. Elle commençait à être fatiguée. La journée avait été agréable, mais pleine de nouveauté. Elle avait dû accepter brutalement tout un monde nouveau et faire semblant de ne rien remarquer, pour passer inaperçu au milieu de ses amis. Elle n’était pas certaine que ces créatures auraient été aussi avenantes avec elle s’ils avaient soupçonnés qu’elle les voyait tels qu’ils étaient depuis le début.
D’ailleurs, les voyaient elles vraiment tels qu’ils étaient ? Tant qu’elle semblait être la seule à s’en rendre compte, elle se demanderait toujours si elle avait toute sa tête. Mais elle était fatiguée et il n’était plus l’heure de se poser trop de questions. Demain serait un autre jour, elle verrait alors ce que leur réserverait encore les évènements.