Chapitre 5
Ils étaient partis depuis le matin et avançaient tranquillement. Plus ils s’éloignaient de la ville, plus Silène se sentait légère. Rassurée de mettre de la distance entre elle et le danger. Elle ne craignait pas la forêt et ses animaux sauvages, elle y était à l’aise.
Ils firent une halte à déjeuner et se permirent même d’allumer du feu pour se préparer un bon repas. Conserves et fruits. C’était fou comme prendre le temps de manger tranquillement pouvait faire du bien et remonter le moral. Tout semblait possible une fois repus et reposés. Ils repartirent malgré tout au bout de deux heures de détente. Après tout rien ne pressait, ils n’étaient attendus nulle part.
Véra s’avéra être une fille plutôt gentille, un peu complexée par son embonpoint, mais d’une merveilleuse fraîcheur. Elle espérait toujours rencontrer son âme sœur, malgré ses déconvenues masculines et s’était risquée à Millview à la suite d’une promotion, 6 mois auparavant.
Mike était un séduisant jeune homme, adepte des marathons. Mince et sec. Il avait rencontré ses deux compagnons, Véra et Silvio, dans leurs entreprises. Il était leur responsable de service dans leur boite d’investissement immobilier. Discret, mais soucieux des autres, il avait été soulagé quand il avait retrouvé ses collègues au cours de cette terrible catastrophe. Depuis, il n’était plus seul et c’était plus facile de survivre à plusieurs.
Silvio un séduisant latino. Était un jeune homme sûr de lui, qui avait été embauché dans leur entreprise à sa sortie de l’université. C’était son premier emploi et il avait été si fier d’obtenir ce poste d’assistant de Manager ! Il s’entendait très bien avec Mike. Ils étaient rapidement devenus de bons amis et ils se connaissaient depuis deux ans déjà. Il avait été soulagé de retrouver des gens qu’il connaissait.
Tous les trois avaient été confrontés aux prédateurs comme Silène et chacun d’entre eux avait été ravi et soulagé de trouver des gens encore normaux et de plus, de bons amis à eux.
Jim quant à lui était plus insaisissable. Il donnait l’impression d’être un peu imbu de lui. Les autres ne l’avaient rencontré qu’après la catastrophe, mais ils l’avaient emmené avec eux. Jim était un beau mâle, type surfeur américain. Fils de bonne famille, il avait été surpris par la catastrophe en pleine virée nocturne.
Il n’avait pas voulu tenir compte des évènements et avait continué sa vie comme si de rien n’était. Mais les évènements l’avaient rattrapé. Il avait été content malgré tout de rencontrer d’autres personnes encore normales dans cette ville. Mais il se comportait comme si tout allait bientôt rentrer dans l’ordre.
Il ne semblait pas vouloir admettre que leur monde ait basculé et qu’il ne serait plus jamais le même. Il se souciait peu de ses compagnons d’infortune, trop concentré sur lui, ses malheurs, l’état déplorable dans lequel il se trouvait et les conditions de vie qu’il était obligé de supporter.
En bref un véritable enfant gâté. Un enquiquineur né. Silène avait bien remarqué sa manie de pester continuellement. Elle ne trouvait aucune excuse à son attitude égoïste et par moment choquante, vu leur situation. Laissant les autres se charger de toutes les tâches contraignantes. Il avait presque fallu le forcer à prendre son tour pour aider Véra à marcher, depuis qu’ils avaient dû abandonner le vélo.
Ils s’étaient réparti aussi les provisions dans des sacs à dos supplémentaires que chacun portait à l’avant en plus de leurs sacs à dos respectifs. Ce sac supplémentaire aussi il avait fallu le forcer à le prendre. Il était le dernier du groupe, fermant la marche à travers la forêt, se traînant pour avancer. Silène s’efforçait de ne pas lui prêter attention pour ne pas s’énerver. Après tout il ne restait plus qu’eux pour l’instant. Qui savait s’ils trouveraient encore des gens normaux quelque part.
Ils avaient repris leur marche depuis un bon moment, quand Silène fit une légère pause. Quelque chose par là… sur sa gauche.
- Mike, par là. Dit-elle en lui indiquant la direction de l’index.
Il obliqua dans la direction sans poser de questions. Tous semblaient penser qu’elle savait où ils allaient. Il repartit, Véra s’appuyant sur lui. Silvio les suivait avec une charge plus lourde, à la place de Véra. Silène les suivit et Jim fermait la marche. Traînant quelques pas derrière eux comme à l’accoutumé.
5 minutes plus tard, Silène sentit une brise glacée la parcourir, couvrant sa peau de frissons ininterrompus. Etrange, elle ne pouvait pas déclencher une fièvre si vite. Elle regarda ses compagnons, ils ne semblaient pas ressentir la même chose. Sans doute couvait-elle une maladie…
- Vous n’avez pas froid, soudain ? – demanda-t-elle malgré tout pour en avoir le cœur net.
- Non. Il fait plutôt bon – répondit Mike.
Véra et Silvio acquiescèrent. Manifestement ce symptôme étrange semblait ne toucher qu’elle. Mais au bout de 10 minutes, tout revint à la normale. Etonnant ! Songea t elle. Puis la forêt lui sembla soudain différente… tout lui semblait plus … vivant. Les couleurs plus vives, les parfums plus odorants, les sonorités plus présentes… que lui arrivait il ?
Les autres continuaient à marcher sans changer de rythme. Ils n’avaient manifestement rien remarqués ? Silène avait toujours été à l’aise et en confiance en forêt, mais là elle fut déstabilisée. Ses perceptions semblaient si… étranges. Elle regarda en direction du soleil et il lui sembla plus chaud, plus vif, plus orangé.
- Vous ne trouvez pas qu’il fait plus chaud soudain ?
- Tu ne serais pas en train de couver une fièvre toi, un coup tu as froid, un coup tu as chaud – dit-Mike en souriant…
Puis il s’arrêta soudain à sa question en constatant qu’il transpirait
- En fait… tu as raison, on dirait qu’il fait plus chaud soudain. C’est étrange ! La végétation semble différente par ici…
Bon ! Elle ne perdait pas la tête. Certes, ils étaient manifestement dans une autre partie de la forêt, mais tout de même… la végétation et le climat ne changeaient pas si vite habituellement.
A moins qu’elle ne l’ait pas remarqué plus tôt. Ce devait sans doute être cela. Pourtant une partie d’elle s’était remise en alerte. Elle observa plus attentivement autour d’elle, comme à l’affût de quelque chose. Un danger ? Les paroles de ses petites amies lui revinrent à l’esprit.
« Tu ne risqueras rien si tu es prudente ». Qu’avaient-elles voulu dire par « prudente » ? Et pourquoi soudain se mettait elle à repenser à cela et à essayer de comprendre la signification de leurs paroles ? Son esprit semblait vouloir attirer son attention sur quelque chose, mais quoi ? Elle réfléchissait en redoublant de vigilance autour d’elle. Quand elle remarqua une feuille immense qui lui fit penser à un climat tropical… étrange quand même, ce n’était pourtant pas le climat de la région…
Elle s’arrêta soudain, réalisant enfin ce que son subconscient essayait de lui faire comprendre. Ses amies lui avaient dit qu’elle ne risquerait rien si elle restait prudente. Quand elle traverserait le passage magique vers le refuge. Elle avait dû traverser le passage. Voilà pourquoi elle se sentait si désorientée. Son esprit et son corps eux, avaient réagis au changement. Changement de lieu, de climat.
- Que se passe-t-il ? demanda Silvio.
Que pouvait-elle répondre ? Je crois qu’on vient de traverser un passage magique pour un monde inconnu ! Non mais franchement, ils s’imagineraient tout de suite qu’elle avait perdu l’esprit. Pensa t elle. Cependant, mieux valait garder le silence pour l’instant en attendant d’en savoir un peu plus.
- Rien, rien… je fatigue un peu c’est tout. Rétorqua-t-elle à Silvio.
- Tu veux qu’on fasse une pause ?
- Non. Il vaut mieux continuer de marcher jusqu’à ce qu’on trouve un endroit pour s’installer pour la nuit. Je me reposerai plus tard.
- Ok. De toute façon Vera aussi fatigue. On va regarder plus attentivement pour trouver un endroit où camper.
Ils débouchèrent comme par miracle sur une incroyable clairière donnant sur un lac immense. Magnifique. Soudain, tous s’arrêtèrent saisis d’admiration. Le cadre semblait si idyllique. Véra s’extasia la première.
- C’est magnifique. En plus on pourra peut-être se baigner. Je rêve d’un bon bain rafraichissant, par cette chaleur.
- Tu as raison dit Mike, je ne serai pas contre un bain moi aussi…
- C’est sûr qu’on ne sent pas la rose dit Silvio.
Sans même se consulter, ils installèrent les tentes pour la nuit. Puis Mike et Silvio allèrent s’ébattre bruyamment dans le lac, tandis que Véra se baignait plus tranquillement en sous-vêtements sur la berge.
Jim lui, préféra s’installer dans un coin plus tranquille, loin des éclaboussures potentielles. Il ne tenait pas particulièrement à s’amuser comme un gamin dans l’eau.
Silène elle prépara de quoi allumer un feu et déposa à coté tout le nécessaire pour le repas du soir. Puis elle longea le lac jusqu’à trouver un endroit un peu plus caché en forêt pour se baigner en toute tranquillité.
Elle se sentait, sale, poisseuse et puante. Elle ne tenait pas à se baigner comme Vera en sous-vêtements. Elle se déshabilla donc complètement, commença par laver ses vêtements, avant de prendre son temps pour se baigner dans le lac.
L’eau était un peu fraiche, mais cela était vivifiant et rafraichissant par cette chaleur. Être propre. Elle avait oublié ce que c’était depuis ces derniers jours. Elle appréciait cet instant de tranquillité. Elle entendait les garçons et Véra s’esclaffer un peu plus loin. S’amusant comme des enfants heureux. Ils avaient tous l’impression de vivre pour quelques instants un merveilleux moment de répit.
Elle se laissait aller tranquillement dans l’eau, s’immergeant totalement en s’efforçant de ne pas trop s’éloigner de la berge. Elle n’était pas une très bonne nageuse, elle préférait garder pied, cela la rassurait.
Elle sortit de l’eau, se frotta avec du savon, puis retourna dans l’eau pour se rincer. Au bout d’un moment, elle remonta sur la berge et se sécha, avant de s’installer au soleil pour démêler ses cheveux. Ils formaient de belles boucles dès qu’ils étaient mouillés, mais ils avaient malheureusement tendance à s’emmêler bien trop vite à son goût. C’est pourquoi elle les attachait en une longue tresse qui lui tombait au milieu du dos.
Soudain, les bruits environnants s’interrompirent. Elle n’entendit plus que ses compagnons un peu plus loin. Les insectes et les oiseaux s’étaient tus dans les abords immédiats. Elle se demanda ce qui avait pu les faire taire. Elle regarda autour d’elle, mais ne vit rien de particulier. Elle avait l’impression d’être observée, de ne plus être seule. Stupide pensa-t-elle. Bien sûr qu’elle n’était pas seule. Ses amis se trouvaient un peu plus loin et elle était entourée d’insectes et d’animaux… pourtant. Elle n’arrivait pas à faire taire cette impression.
Le concert des oiseaux finit par reprendre malgré tout, comme pour lui signifier qu’elle se faisait des idées. Mais la sensation ne la quittait pas pour autant. Tout semblait avoir repris son cours, mais elle… sentait quelque chose. Il était temps qu’elle se reprenne. Tout allait bien. Elle n’avait aucune raison de se sentir traquée, espionnée. Peut-être était ce Jim qui l’observait en cachette, qui pouvait savoir ? Oui c’était sans doute cela.
Non pas qu’elle était particulièrement pudique. Elle s’était surtout isolée pour avoir un peu de tranquillité et ne pas donner de fausses idées aux autres. Les hommes se mettaient souvent des idées stupides en têtes dès qu’ils voyaient une femme se balader nue devant eux.
Elle prit le parti de ne pas tenir compte de son ressenti. Si c’était Jim, elle n’allait pas gâcher ce moment de liberté nue au soleil simplement par pudeur excessive. Tant qu’elle ne le voyait pas et qu’il ne tentait rien de déplacé avec elle, cela n’avait guère d’importance. Elle préférait profiter du moment présent. Inutile de s’inquiéter outre mesure pour l’instant. Aucun danger direct, les bruits alentours lui signifiaient que la nature avait repris son rythme normal. Tout semblait paisible et calme. Juste cette impression d’être observée qui persistait. Mais a priori aucun réel danger.
Elle crut cependant remarquer un mouvement dans les branches d’un arbre, mais vu sa hauteur elle se dit qu’il devait s’agir du vent qui agitait ses branches, même si son esprit semblait avoir remarqué une forme se déplacer dans l’arbre. Mais cela avait été si fugace. Certainement un tour de son imagination. Elle laissa son regard errer sur le lac et regarda le soleil se coucher lentement. Il était temps de retrouver les autres. Elle les rejoignit, ils avaient allumé le feu et commencé à réchauffer une boite de raviolis. Ils ne tarderaient pas à diner. Cette nuit-là, ils dormirent merveilleusement bien. Bercés par une impression de sécurité.