Chapitre 4
Elle mit quelques minutes à se rappeler où elle se trouvait et à remettre ses idées en place. Bien. Il était temps de réfléchir. Elle ne tenait pas particulièrement à retourner en ville, mais elle n’avait pas d’autre alternative.
Elle devait remplacer son équipement. Elle ne tiendrait pas longtemps en forêt à dormir à même le sol, sans nourriture et sans eau. D’autant que les nuits étaient un peu fraîches. Son tee-shirt ne suffisait pas à la protéger de la brise du soir, elle allait finir par se refroidir et ce n’était pas le moment de tomber malade.
Elle avançait doucement à travers les sous-bois en direction de la ville. Prenant son temps, non seulement pour retarder le moment d’y retourner, mais aussi pour prévenir toute mauvaise rencontre. Elle avait relâché sa vigilance dans l’après-midi et ces hommes avaient bien failli l’attraper. L’autre jeune femme n’avait pas eu sa chance malheureusement.
Soudain, elle entendit du bruit et s’immobilisa. Des gens chuchotaient… ils venaient dans sa direction. Elle était juste au bord d’une petite clairière dégagée et ils débouchèrent directement sur elle. Ils s’arrêtèrent en la voyant. Ils se regardaient de part et d’autre, méfiants. Silène, commença à reculer doucement, quand l’un des deux hommes l’interpella.
- Attendez, ne partez pas !
Elle s’immobilisa.
- Vous pouvez rester avec nous si vous le souhaitez.
Elle hésita. Dangereux… elle s’était déjà laissé tenter. Le fait qu’ils parlent n’était pas révélateur de leur état. Pouvait-elle se fier à eux ? Ils sentirent son hésitation.
- Attendez, ne partez pas intervint la jeune femme du groupe. C’est plus sûr de rester en groupe.
Elle la reconnut alors. La jeune femme qui s’était fait prendre la veille. Elle scruta plus attentivement les 3 hommes qui l’accompagnaient, ce n’était pas ceux qui l’avaient poursuivie. Comment avait-elle réussi à leur échapper ?
- Vous avez réussi à vous enfuir ? lui demanda telle.
- Comment le savez-vous ? puis la jeune femme réalisa qui elle était. C’était vous, l’autre femme qui s’est enfuie dès mon arrivée ?
- Oui. Je ne pouvais rien faire pour vous.
- Oui, je sais. Mais heureusement pour moi, mes amis sont venus me chercher. Dit-elle en les regardant le visage reconnaissant.
Elle les observa. Si elle se fiait à la jeune femme, ces gens semblaient normaux. A moins qu’elle aussi eût changée depuis et que ce soit une ruse. Pouvait-elle leur faire confiance ? Elle était fatiguée de se cacher et d’être seule, mais cela en valait il le risque ?
- Ne partez pas, restez avec nous, nous ne sommes pas nombreux, mais c’est plus sûr à plusieurs. On monte la garde à tour de rôle et on s’entraide. Faites nous confiance.
- C’est ce que m’avaient dit ces deux hommes rétorqua-t-elle
- Oui, je sais, ils m’ont dit la même chose. Jusqu’à ce que mes amis entendent mes cris et viennent à mon secours. Je ne sais pas ce que je serai devenu s’ils n’étaient pas venus à mon aide.
Elle semblait vraiment soulagée, inquiète. De vraies émotions traversaient son visage. Elle décida d’en prendre le risque.
- D’accord. Mais je dois retourner en ville d’abord.
- C’est dangereux, Nous on en vient et on n’a pas l’intention d’y retourner.
Elle les regarda. Ils n’avaient aucun matériel, aucun sac, aucune nourriture.
- Et vous compter aller où ?
- On ne sait pas encore, mais on espère trouver un endroit tranquille en attendant que tout se calme – dit le plus grand des trois.
Un grand blond, assez fin.
- Et vous comptez y aller comme ça ?
- Ben pour l’instant on est un peu ralenti par Vera, elle s’est foulé la cheville, mais on marchera plus lentement. Maintenant qu’on est en forêt, ça devrait être un peu plus sûr.
- Et vous allez dormir Où ?
- Nous ne savons pas encore.
- Vous avez de l’eau, de la nourriture ?
Ils commencèrent à réaliser la situation.
Non… dit le plus petit, d’un ton un peu déconfit. On n’a rien. On a récupéré Véra et on s’est sauvé le plus loin possible. On n’a pas trop réfléchi.
Un brun plutôt séduisant. Elle les regarda, elle devait sans doute avoir l’air aussi pitoyable qu’eux.
- C’est pour ça que je dois retourner en ville. J’ai dû abandonner mon sac à dos et je n’ai plus rien non plus.
Le brun s’avança vers elle en lui tendant la main.
- Je m’appelle Mike Trelaun.
Elle lui serra la main ;
- Silène marin.
Le grand blond s’avança à son tour
- Jim peakok
Et le dernier un hispanique
- Silvio Lopes.
La jeune femme s’avança à son tour en boitillant.
- Vera Swan.
- C’est pas idéal comme circonstance pour faire connaissance.
- Ouaip lui répondirent ils.
- Mais bon. On tiendra pas longtemps sans vivres et sans endroit où dormir. Je connais cette partie de la ville. Restez avec Vera et attendez moi. J’irai plus vite seule. Je dois d’abord repérer le coin et voir ce qui est encore debout.
- Je peux t’accompagner si tu veux ?
- Merci Silvio. Peut-être après. Pour l’instant je vais déjà repérer ce que je peux. La nuit c’est plus facile de passer inaperçu.
- Tu es sûre que c’est plus facile ?
- Oui. Ils se comportent comme des animaux sauvages, mais heureusement pour nous ils ont encore les limitations des humains. Ils n’ont pas un odorat très développé et ils chassent à vue.
- Comment t’y connais-tu si bien en comportement animal ?
- Emissions animalières. Je suis une accro.
Elle les laissa à couvert derrière des buissons, le temps de retourner en ville.
Elle connaissait parfaitement les rues adjacentes, elle était souvent venue dans la forêt avant la catastrophe et elle faisait souvent ses courses dans les environs avant de rentrer chez elle. A tel point qu’elle y avait ses habitudes et ses connaissances.
Elle arriva devant une petite épicerie, tout y était calme. Elle repensa à son propriétaire. Max. un vieil homme adorable qui l’accueillait toujours avec le sourire et une gentillesse d’un autre temps. Elle espérait qu’il avait pu rejoindre sa famille et que tout allait bien pour lui.
Elle prit le temps de scruter les environs pour s’assurer que personne ne se trouvait aux alentours. Une fois rassurée, elle se glissa discrètement jusqu’à l’épicerie.
Elle repéra rapidement une lampe de poche et scruta l’épicerie aussi vite que possible. Il y avait de quoi les ravitailler largement. Elle reviendrait plus tard.
Elle avait d’autres choses à récupérer en premier lieu.
20 minutes plus tard elle arrivait à un magasin de sport. Une grande enseigne où l’on trouvait tout ce que l’on voulait pour la vie en extérieur. Elle attendit de s’assurer qu’elle était bien seule, avant de s’y aventurer.
Tout était si calme, si désert. Elle pouvait croire qu’elle était seule au monde, mais elle se garda bien de relâcher sa vigilance pour autant. Heureusement le magasin se présentait comme un hangar fermé. Elle ne craignait donc pas que quelqu’un vît la lumière de sa lampe électrique de l’extérieur. Elle prit le temps nécessaire pour faire ses petites emplettes. Elle récupéra un vélo et sa remorque. Elle se félicita de les avoir trouvés, ils allaient lui permettre de tout ramener rapidement.
Elle fit plusieurs allers-retours pour charger la petite remorque de tout ce qui leur serait utile. Sacs de couchage, tentes, chaussures, vêtements. Elle s’était enquis des mensurations de chacun avant de partir. Elle prit tout un stock de tablettes pour rendre l’eau potable. Des réchauds et des recharges de gaz. De l’alimentation déshydratée, des barres énergétiques aux céréales.
Bien ! Elle avait essayé de penser à tout ; il était temps de repartir.
Elle sortit discrètement avec son vélo et sa remorque et alla en direction de l’épicerie. Elle y chargea autant de boites de conserves, d’aliment à longue conservation qu’elle put trouver, quelques packs d’eau, des produits d’hygiènes pour chacun et des fruits qu’ils pourraient garder plusieurs jours (pommes, oranges, bananes).
Elle était bien chargée. Le vélo était discret et faisait peu de bruit quand elle se déplaçait, mais elle restait à l’affût. Elle n’était pas encore à l’abri et la charge pesait à la longue. Elle se félicitait encore d’avoir entretenu sa forme physique lors de ces deux dernières années. Cela lui rendait bien service aujourd’hui de pouvoir compter sur son corps.
15 minutes plus tard, elle arriva enfin à la forêt. Elle n’avait fait aucune mauvaise rencontre et elle ne pensait pas qu’on l’eût repérée ou suivie. Mais elle fit quand même un détour dans la forêt pour s’en assurer et fit même une halte de 10 minutes avant de rejoindre ses nouveaux amis. Ceux-ci l’attendaient anxieux. Elle lut le soulagement sur leurs visages quand ils la reconnurent sur le vélo. Quelle ne fut pas leur surprise quand ils virent tout ce qu’elle ramenait avec elle dans la remorque.
Après des félicitations, tous firent le partage des affaires et chacun se chargea d’un sac à dos. Ils prirent quelques barres de céréales et énergétiques, ainsi qu’une gourde que chacun remplit d’eau. Au cas où ils seraient amenés à se séparer, mieux valait être prévoyant.
Le plus gros des provisions resta dans la remorque, où monta Véra, et ils décidèrent qu’ils se relaieraient chacun leur tour pour la tirer en vélo. Tandis que les autres suivraient à pied. Tout du moins tant qu’ils pourraient avancer avec le vélo. Silène avait aussi récupéré des bâtons de marches, se disant qu’ils pourraient toujours servir de canne à Véra si nécessaire.
Ils s’enfoncèrent davantage dans les fourrés, et s’installèrent dans leurs sacs de couchage tout neufs pour attendre le lever du jour. Ils ne pouvaient pas avancer davantage en forêt sans voir devant eux. Il faisait trop sombre à présent et cette partie de la forêt était trop touffue.
Avancer avec des lampes électriques en pleine nuit n’était pas forcément une bonne idée. Trop facile de se faire repérer avec des lumières. Hors de question également de faire du feu la nuit. Il faudrait en faire la journée ou avant la tombée de la nuit pour se faire cuire à manger. Il était primordial d’éviter de se faire repérer.
Dès le lever du jour, Silvio qui montait la garde réveilla tout le monde pour partir. Plus ils s’éloigneraient de la ville, mieux cela vaudrait.