Chapitre 2
Le lendemain le président devait faire une harangue exceptionnelle. Toutes les chaînes télévisées, les radios, les médias devaient la retransmettre en direct. Le lendemain, tout le monde à 14 h était devant les écrans ou suspendu à cette voix. L’annonce fut dramatique.
« Mes chers concitoyens, les nouvelles sont graves.
Mon équipe se joint à moi pour vous informer. Vous avez tous pu voir la pluie de météorites qui a traversé notre ciel la nuit dernière. Malheureusement, cette pluie de météorite se trouve être l’annonciatrice d’événements bien plus graves. Cette nuit à partir de 20 h 00, de nouvelles pluies de météorites mais celles-ci bien plus grosses s’abattront sur notre planète. La conséquence est qu’elles ravageront notre monde…
Nous avons tenté d’en évaluer les dégâts pour pouvoir anticiper les secours et les évacuations. Mais la réalité est telle que nous ne pensons pas pouvoir surmonter ce fléau. Personne sur notre planète n’est à l’abri. Les pluies de météorites arrivent dans une telle quantité qu’elles devraient couvrir un tour complet de la révolution de la planète. Aucun pays, aucune région, aucune frontière ne peut espérer y échapper.
Nous serons tous touchés, dans le monde entier. C’est pourquoi nous ne pensons pas que notre monde pourra s’en relever. Nous ne savons pas si la race humaine pourra se remettre de cette catastrophe terrestre. Aussi, chers concitoyens, je vous invite à rejoindre vos proches, ceux que vous aimez, vos familles pour ces prochaines heures terribles qui nous attendent.
Ceci sera sans doute ma dernière allocution en tant que représentant de ce pays, en tant que représentant d’une institution de notre monde. Je prie pour chacun de vous et vos familles.
Et de tout cœur, je vous souhaite bonne chance. A chacun d’entre vous, d’ailleurs.
Que dieu vous garde… »
Voilà. La nouvelle était lâchée. La fin du monde, la fin de la race humaine, sûrement. La nouvelle tombait comme une bombe, anéantissant tout sur son passage.
Silène avait beau s’être attendu à une catastrophe, la nouvelle n’en était pas moins choquante. Mais néanmoins, elle avait tout de même une longueur d’avance. Elle était prête à bouger plus vite que les autres. Elle avait conscience que ce n’était qu’une question de temps avant que les gens ne se mettent à comprendre réellement la teneur des paroles du président. Ce n’était qu’une question de temps avant que la panique, les embouteillages et le chaos ne se déclarent.
Elle était à 10 min de chez elle, en train de déjeuner dans un snack. Elle songea qu’elle devrait avoir le temps de rentrer, de récupérer son kit de secours et de partir rapidement. Une fois que les gens auraient réalisé les évènements, il vaudrait mieux être le plus loin possible.
Le président ne leur avait laissé aucun espoir, aucun secours à espérer de nulle part. Resterait-il seulement quelque chose ou quelqu’un à sauver ? L’évènement avait été annoncé à travers le monde. Où aller ? Existait il seulement un endroit sûr quelque part ? Si elle s’en référait à ce que ses « amies » lui avaient dit, il existait un espoir. Tout du moins pour elle.
Silène, partit rapidement, inutile d’attendre. Attendre quoi d’ailleurs. Les météorites dangereuses étaient annoncées pour la soirée et elle avait de la route jusqu’à la forêt. Dans une telle situation il valait mieux se déplacer à pied. La circulation risquait d’être rapidement saturée une fois que la panique générale serait amorcée et que tout le monde tenterait de fuir ou de rejoindre sa famille. Il était plus raisonnable de marcher, même si cela lui demandait plus de temps.
Son sac l’attendait là où elle l’avait laissé, dans la penderie de l’entrée de son appartement. Elle prit le temps de se changer. Tenue de randonnée, chaussures de marche dans son sac et running qu’elle enfila immédiatement. Elle vérifia une dernière fois son sac à dos, son kit de survie. Elle espérait juste avoir pensé à tout. Elle jeta un dernier regard à son appartement. Son repaire des 6 derniers mois. Elle n’y reviendrait sans doute jamais.
Elle sortit de son immeuble et se retrouva dans la rue. Les gens s’y précipitaient. L’effervescence commençait à se manifester, elle sentait la tension ambiante. Il suffirait sans doute d’un rien pour que tout dégénère. La panique et la peur, deux éléments dangereux dans un endroit peuplé. Il fallait qu’elle s’éloigne rapidement de la ville.
Elle partit en direction du nord, vers la forêt en périphérie de la ville. Plus vite elle s’y trouverait mieux ce serait. Elle dépassa le square. Elle avait plusieurs heures devant elle avant d’y arriver. La catastrophe ne s’était pas encore produite, mais cela n’allait pas tarder. De plus, la nuit serait bientôt là. Tout en marchant, son esprit tournait à plein régime. Pourquoi avaient-ils été alerté si tard sur les évènements ? Il était légitime de penser que chacun voudrait rejoindre les siens dans un tel moment. S’ils devaient mourir, la plupart des gens voudraient être avec leurs proches, leurs familles. Il était certain que les gouvernements devaient être au courant depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
Avaient-ils pensé pouvoir résoudre la situation jusqu’au dernier moment ? Avaient-ils voulu limiter la panique inévitable, une fois la vérité révélée ? Avaient-ils craint d’annoncer la vérité et repousser sans cesse l’échéance ? Elle avait beau se poser des questions, elle n’avait aucun moyen de connaitre la réponse.
Quelle que soit la raison, le résultat était là. Les gens chercheraient désespérément à rejoindre leurs proches. Et la panique serait d’autant plus grande que la plupart auraient parfaitement conscience qu’ils n’en auraient pas le temps.
Comment rejoindre sa famille dans un autre état ou dans un autre pays ? Oui la panique allait être inévitable. Prévenir les gens au dernier moment lui semblait si égoïste et mesquin. Qu’est-ce qui pouvait justifier une telle attente ? Qu’est-ce qui pouvait expliquer un tel manque d’égard envers la population ?
Un besoin de maintenir l’illusion d’un pays jusqu’au dernier instant ? A quoi bon ? L’espoir vain que les cellules de crise trouveraient une solution de dernière minute ? C’était faire preuve d’un manque total de responsabilités. La peur d’annoncer la réalité et de retarder les faits ? Une attitude lâche si c’était le cas.
Tout cela n’aboutirait malheureusement qu’à conduire à la panique et à causer des souffrances d’autant plus grandes que beaucoup se retrouveraient seuls face au drame. Quelle que soit les raisons, rien ne justifiait de ne pas avoir permis à chacun de se retrouver avec les siens pour affronter la catastrophe. Ils ne pourraient que maudire tous ces gouvernements qui eux avaient certainement pris les dispositions nécessaires pour retrouver les leurs. Mais cela ne changeait rien à la situation.
Silène, elle, n’avait personne à retrouver. Elle avait perdu ses parents quelques années auparavant et n’avait aucune famille proche qu’elle souhaitait retrouver. Tous ceux qui avaient compté pour elle n’étaient plus de ce monde. Elle ferait donc partie de ceux qui affronteraient seuls la situation. Cela ne l’effrayait plus. Pour le moment tout du moins.
Elle aussi avait du mal à réaliser ce qui allait arriver. Même si ses rêves l’y avaient préparée depuis des mois. Elle n’intégrait pas encore vraiment la situation. Mais bientôt elle n’aurait d’autre choix que d’y faire face. Pour l’instant, il lui fallait quitter la ville au plus vite. S’appesantir sur la situation n’avançait à rien pour l’instant.
Elle marchait déjà depuis 3 heures. La ville lui semblait sans fin. Il lui restait encore 2 h avant la tombée de la nuit. Elle se félicitait d’avoir entretenu sa forme physique. Elle était un peu fatiguée, mais elle pouvait tenir encore un moment. Malheureusement, elle n’avait aucune chance d’atteindre la forêt le jour même. Elle serait encore en ville à l’arrivée des météorites. Elle espérait juste qu’elle y survivrait. La nuit promettait d’être longue.
La nuit venait à peine de tomber lorsque les premières météorites arrivèrent. Silène s’en rendit compte quand elle entendit un bruit effroyable au-dessus d’elle. Une tour la surplombant venait d’être touchée, elle entendit le bruit de la collision. Elle leva les yeux au choc, vit le haut de la tour se pencher avant de tomber. Tout se passa si vite qu’elle n’eut pas le réflexe de réagir.
Heureusement pour elle, le haut de la tour tomba dans une rue arrière à quelques kilomètres et non vers elle. Elle comprit que la catastrophe arrivait. Où pouvait-elle se mettre à l’abri ? Elle commença à courir en espérant passer à travers les débris de météorites qui tombaient partout.
Elle entendait des cris, des bruits de collisions de voiture, des bruits de verre brisés, des chocs... Elle ne s’arrêta pas et continua à courir droit devant elle, se concentrant sur la route devant elle. Il n’y avait aucun endroit sûr.
Les immeubles, maisons ou bâtiments ne la rassuraient pas. Ils risquaient de devenir des pièges mortels. D’autant qu’il n’y aurait aucune chance d’être secourue si elle se retrouvait piégée ou blessée quelque part. Personne ne savait qui survivrait à tout cela. Elle ne pouvait compter que sur elle-même et pour ce faire, elle préférait éviter la fausse sécurité des immeubles ou des maisons.
Elle avait bien pensé aussi au métro, mais elle avait rapidement changé d’avis. Se retrouver bloquée dans les sous-sols et ne plus pouvoir en sortir, bloquée par des gravats ou des immeubles effondrés s’était rapidement imposé à son esprit. Elle préférait tenter sa chance à l’air libre.
3/4 d’heures qu’elle fuyait à travers la ville. Elle avait inexplicablement réussi à passer à travers les chutes de débris et d’immeuble jusqu’à présent. Elle s’en sortait avec justes quelques coupures. Elle se félicitait de sa chance et continuait à se concentrer sur la route devant elle. Il serait temps plus tard de réfléchir et d’évaluer la situation. Rien n’était encore joué.
Elle évitait de trop regarder autour d’elle, car le peu qu’elle en voyait avait déjà de quoi l’alarmer et la mettre en panique. Surtout « éviter de réfléchir et rester concentrer » pensa-t-elle. Paniquer serait la pire des choses à faire et ne l’aiderait en rien.
Elle voyait les gens courir, hurler, gémir, pleurer…. Quelques-uns déjà hagards marchaient sans but. D’autres couraient en tous sens. Certains semblaient en chercher d’autres. Des personnes étaient blessées, pleuraient… Le drame avait déjà commencé et comble du malheur, il y avait peu de chance que les secours arrivent.
Silène s’astreignait à regarder droit devant elle et à continuer à avancer. Elle s’efforçait de s’en tenir aux paroles de « ses petites amies » et continuait inexorablement en direction de la forêt. Forêt qui lui semblait pour l’instant totalement inaccessible et bien trop lointaine. Mais elle continuait.
Elle restait concentrée sur son but, refusant de réfléchir, de laisser la culpabilité la torturer sur le fait de laisser tous ces gens derrière elle, sans leur porter assistance. Ses amies lui avaient dit qu’elle pourrait revenir plus tard pour aider les gens… elle s’accrochait à cet espoir.
De toute façon, quelle utilité pourrait-elle avoir si elle se retrouvait blessée ou tuée dès maintenant. Elle deviendrait un poids pour une autre bonne âme ou mourrait de ses blessures dans un coin. Elle s’efforçait de se raisonner pour garder son calme malgré la tourmente.
La pluie de météorites dangereuses allait certainement durer plusieurs jours. Il fallait déjà survivre à cette vague de chute avant d’envisager de porter secours à qui que ce soit. En plus l’obscurité grandissante ne facilitait pas les choses pour avancer, d’autant que l’électricité semblait coupée.
La nuit entrecoupée de bruits de chutes, de cris, de pleurs, de gémissement était effrayante. Silène avançait toujours. Plus par obstination que par réelle volonté. Le désespoir et la désolation la minaient. Elle commençait à douter de l’intérêt de continuer. Se sauver en laissant tant de gens derrière elle… cela avait-il encore un sens ? Ne s’en voudrait-elle pas toute sa vie… survivre dans ces conditions en valait-il la peine ?
3h du matin. Cela faisait bien ½ heure qu’elle ne voyait plus de météorites dans le ciel et qu’elle n’entendait plus de bruit de chutes. Une accalmie semblait se profiler. Jusqu’à la prochaine nuit ?
La terre qui tournait sur elle-même leur offrait un répit temporaire de quelques heures. Une autre région du monde devait actuellement faire les frais des chutes de météorites.
Silène était épuisé. Elle repéra un bâtiment encore en partie debout et se glissa dans une pièce relativement stable. Elle sortit son sac de couchage, se glissa à l’intérieur et s’endormit. Elle avait marché toute la nuit, elle n’en pouvait plus.
Elle ne savait pas combien de temps elle devrait encore marcher pour atteindre la forêt. Les bâtiments écroulés avaient transformé la ville et elle était sans cesse obligée de faire des détours. En temps normal elle aurait mis 1 jour ½ à pied avec une bonne nuit de sommeil pour atteindre la forêt. Maintenant elle n’était plus sûre de rien. Mais pour l’instant il était temps de dormir. Elle était fatiguée et elle ne savait pas ce que lui réserverait les prochains jours. Se reposer était le mieux à faire pour l’instant. Oui dormir.