Chapitre 21
Chapitre 21
« Vous êtes qui ? »
La voix tomba du pont. Adravan leva les yeux, le geste brusque lui fit mal à chaque fibre de muscle de son flanc. Le guetteur tenait une arbalète et derrière lui, l'activités des autres pillards se faisait entendre.
Frank se redressa, la voix tremblante mais claire. « Varek ! Il a demandé aux autres de le suivre à la tour pour l'aider. On a des blessés ici ! »
Sorel enfonça discrètement la pointe de sa lame dans les reins de Davos. Le marin jura avec assez de hargne pour faire ricaner le guetteur, l'idée est stupide mais elle permettait de simuler une douleur de manière très réaliste, Adravan garda la tête basse, la sueur coulait dans son dos si le bluff foirait maintenant, ils ne survivraient pas à une volée de carreaux.
Le second de Varek apparut au dessus d'eux, l'air suspicieux. « On nous a dit que Varek était mort, pourquoi il n'est pas ici ? »
Frank brandit le registre noir. « Il est pas mort du tout, il est à peine blessé ! Par contre, il veut ça dans son coffre avant qu'il tue tous ceux qui sont dans la tour ! »
Le silence s'étira, lourd et ne laissant passer que le bruit de la mer. Le regard du second balaya la chaloupe, jaugeant Orik, les faux gardes, le cuir du livre. Adravan retint son souffle. L'hameçon devait mordre ou ils sont tous mort. « Monte avec les deux gardes », aboya le second. « Les autres, bougez pas. »
Une corde tomba. La chaloupe heurta violemment la coque du navire. L'impact arracha un gémissement à tous, Clark fut le premier à s'en remettre et grimpa directement, suivi de Sorel. Avant de s'élancer, Clark croisa le regard d'Adravan. Aucun signal n'avait été convenu. Le prince désigna simplement Orik, puis le pont d'un mouvement de menton.
'On fait tout pour mettre Orik en haut.'
Le second attendait en haut, l'arbalète pointée. Il arracha presque le registre des mains de Frank. « Depuis quand Varek te confie ses comptes ? »
Frank balbutia, tétanisé. Adravan émergea sur le pont, la respiration sifflante. « Depuis que la situation à changé. »
L’arbalète pivota vers lui. « Joren, d’Isle-Basse », enchaîna le prince d'une voix de roc. « Varek ma dit de monter sur le bateau et que je lui devais un intérêt plus grand par mois. »
Le second sourit, comme si il avait entendu la blague la plus drôle au monde. « Le fou du palais ? Il faut être spécialement con pour parler comme ça au Prince ! », Il enchaina en grondant Cenn depuis la barque. « Fait monter le blessé sur le bateau, mort, il vaut plus rien. »
Le second cracha sur le pont et fit signe à deux gardes. « Descendez les aidez. »
Il agrippa brutalement le bras d'Adravan et lui mirent des liens puis il le poussa vers l'escalier de la cale. Deux gardes armés suivirent le second et Adravan. Le prince replia ses poignets contre son ventre, simulant une douleur fulgurante pour masquer ces gestes qui libéra ces mains.
L’escalier débouchait dans l'ombre, entre une cloison et des caisses. Un goulot d'étranglement parfait. Au-dessus, un choc sourd, comme si quelqu'un était taclé sur le sol, fit trembler le bois, suivi d'un cri étranglé. L'assaut de Clark et Sorel venait de commencer.
Le garde près d'Adravan tourna la tête pour regardait d'où venait le bruit, c'était son ouverture.
Adravan libéra ses mains en un éclair. Il ne chercha pas son couteau. Sa paume droite percuta le menton du garde avec un craquement d'os, tandis que sa main gauche vrillait le poignet armé de l'homme contre la cloison. Le sabre tomba. Adravan l'attrapa au vol, pivota sur son talon et projeta le corps de sa victime contre le deuxième garde.
Le second de Varek dégaina sa machette et coura vers lui.
La douleur au flanc d'Adravan explosa au même moment, ces gestes étaient bien trop intenses pour son corps blessé mais la mentalité de la garde royale prirent le relais. Le second visa son épaule, faisant un coup d'estoc mais Adravan dévia la lame d'un coup sec et bondit vers lui. La garde de son sabre fracassa la bouche du second, disloquant sa mâchoire et le fit tombé dans les pommes.
L'étroit couloir du bateau devint une arène mais Adravan était le champion, il recula d'un demi-pas, transformant le corps chancelant du second en bouclier. Le dernier garde voulut le contourner mais Adravan trancha son poignet d'un revers net, puis enfonça sa pointe sous les côtes du second sans même armer son bras. Il retira l'acier en pivotant. Le second s'écroula, entraînant le garde mutilé dans sa chute.
En moins de dix secondes, le combat était plié. Adravan s'effondra à moitié contre les caisses, le souffle court, le sang chaud coulant à nouveau à flots sous son bandage.
Un hurlement déchira le pont supérieur. Adravan arracha son corps à la torpeur et remonta.
C'était le chaos. Sorel, à genoux près de la barre, luttait contre un pillard qui abattait un couteau vers sa gorge. Clark étranglait le guetteur contre le mât. Un troisième ennemi fonçait vers la cloche d'alarme.
Frank se jeta en travers de sa route. Le gamin faucha les jambes du marin avec son poignard, ils roulèrent au sol pendant un moment mais le pillard pris l'avantage, il frappa Frank sur son torse, mais Frank bougea comme possédait par une banshee spécialement flexible et referma ses mâchoires sur son mollet, arrachant ensuite une bonne parti du muscle.
Adravan voulut bondir aider Sorel, mais son genou céda. Barek jaillit soudain de l'échelle. Sa hache fendit l'air et s'enfonça dans le dos de l'homme qui dominait Sorel. Clark, dans un hurlement de rage, brisa la nuque du guetteur qu'il tenait d'un coup sec. Sorel se releva en titubant, esquiva le corps du pillard près de la cloche et planta une lame dans le ventre du pillard au-dessus de Frank.
Le silence retomba, troublé seulement par le clapotis de l'eau et le râle des mourants.
Adravan s'adossa à l'écoutille, son dos glissant contre le bois, il était complétement livide. Il croisa le regard de Barek, le marin haletait couvert de sang.
« Ceux d'en bas ? » demanda Barek.
Adravan désigna l'escalier d'un mouvement de tête. Barek comprit et se tourna vers la mer. « Remontez Orik ! »
Clark et Davos arrimèrent la lourde civière sur le pont.
« Je préfère l’escalier », grogna Orik, les traits déformés par la fièvre.
Des hurlements éclatèrent sur la plage nord. Trois groupes de pillards couraient vers les chaloupes. « Ils arrivent ! » hurla Sorel.
« Clark, avec moi aux voiles ! » rugit Barek. « On largue tout ! » Adravan voulut se redresser pour aider, mais Cenn lui écrasa une gourde contre le torse. « Bois et compresse ton ventre. Si tu tombes, on te laisse là. »
La toile de la grand-voile claqua dans le vent avec la force d'un coup de canon. Le navire gémit, retenu par son câble d'ancre. « Coupez ce câble ! » ordonna Adravan.
Davos coura pour suivre son ordre, il abattit sa hache. Une fois, deux fois... mais le navire resta accroché. Adravan s'avança, agrippa le bras de Davos pour le stabiliser. « Frappez maintenant ! » La cordre se rompit et le navire était officiellement accroché à plus rien.
La première chaloupe ennemie filait déjà vers eux pour leur couper la route. Cenn cala une arbalète contre une caisse de bois, il tira vers eux, son carreau fusa et frôla la tête des rameurs ennemis ce qui rompit leur rythme. Un grappin vola et heurta la coque du navire sans s'y accrocher, retombant misérablement dans l'écume de l'océan.
Ils prenaient de plus en plus de vitesse, l'île s'éloignait avec les piliards derrière, Adravan s'assit lourdement près d'Orik. Ses mains tremblaient de façon incontrôlables il posa le registre noir contre la civière, fermant les yeux pour affronter la douleur incandescente de ses entrailles.
Barek s'approcha, la main sur le pommeau de sa hache ensanglantée. « On met le cap où, Capitaine ? »
Tout le monde présent sur le pont savait où ils allaient, mais sur un navire, la destination était toujours dictée par le capitaine. C'était un rituel ancien, un fil fragile tendu entre les hommes et la mer que personne, en ce jour où tant de choses avaient basculé, n'avait le cœur de briser.
Adravan ouvrit les yeux et fixa l'aube à l'horizon. « Isle-Basse. »
Il était temps pour le Prince de rentrez chez lui.