Chapitre 11
Chapitre 11
Après une heure de montée, la tour semblait toujours perchée exactement au même endroit, tout en haut des falaises. Elle était encore assez petite pour tenir entre deux doigts. Le sentier, lui, devenait un véritable enfer à chaque virage. Les pierres roulaient sous les bottes, et les herbes sèches fouettaient les chevilles jusqu'au sang dès qu'un homme faisait un pas de travers.
Adravan portait toujours l’avant droit de la civière.
Ses bras avaient tout simplement cessé de lui faire mal. C’étaient devenus deux poids morts accrochés à ses épaules, et ils n'étaient utiles que parce que ses mains refusaient obstinément de lâcher le bois. À chacun de ses pas, le corps de Joren réclamait de l’air, de l’eau et au moins quelques minutes sans porter cette charge.
Mais Adravan lui refusa les trois. Les responsabilités d'un chef devaient toujours dépasser les limites du corps.
« On change », annonça une voix rauque derrière lui.
« Je peux continuer », répondit Adravan.
« J'm'en fout, on change. »
L’homme s'appelait Silas. Il avait les tempes grises, un visage tellement creusé que ses pommettes semblaient prêtes à percer sa peau, et un étrange couteau avec un manche en os attaché contre sa poitrine. Adravan se souvenait très bien de l’avoir vu près du grand mât pendant l’attaque du monstre, mais il ne l'avait jamais entendu dire un mot.
« Ta jambe gauche traîne par terre », ajouta Silas. « Dans dix minutes, tu vas trébucher et tous nous faire tomber. »
Adravan baissa les yeux vers ses bottes. Son pied gauche frottait effectivement la rocaille au lieu de se lever normalement.
« Très bien, prenez ma place », accepta-t-il.
Silas glissa son épaule sous la civière de fortune. Ils échangèrent le poids sans même arrêter la marche du groupe, mais Orik laissa échapper un gémissement quand la porte pencha.
« Allez-y doucement », grogna Cenn.
« Si tu as quelque chose à redire, viens porter avec ton bras en sang », rétorqua Silas.
Cenn leva sa main valide pour s'excuser. « Je voulais seulement t’encourager. »
« Je préfère largement attendre le retour au village pour que ma femme m'encourage, si tu vois ce que je veux dire. »
Quelques hommes éclatèrent de rire. Adravan ne comprenait absolument pas ce qu’ils trouvaient d'amusant à cette situation. Ils manquaient d’eau, le soleil descendait vite, et un homme mutilé se vidait lentement de son sang au milieu de leur groupe.
Pourtant, ce petit rire allégea la marche de tout le monde pendant presque une minute entière.
Le sentier tourna brusquement autour d’une paroi blanche. Barek atteignit le replat en premier, s'arrêta net et leva son bras valide.
« On fait une pause. »
« Non », trancha Adravan.
Les porteurs posèrent tout de même la civière sur le sol. « Je n’ai pas donné cet ordre. »
Clark s’assit lourdement contre un rocher. « Voilà qui est vraiment tragique. »
« La nuit est en train de tomber, et chaque minute perdue ici sera une minute de plus à marcher dans l'obscurité totale. »
Barek pointa le doigt vers Cenn, dont le visage avait pris la couleur de la cendre froide. Sorel respirait la bouche grande ouverte comme un poisson hors de l'eau, et Davos gardait ses deux mains appuyées sur ses cuisses pour ne pas s'effondrer. Même Silas avait posé un genou au sol après avoir lâché la porte.
« Si on continue la montée maintenant, quelqu’un va s’écrouler dans la prochaine pente », expliqua Barek.
« Alors il se relèvera. »
« Et s’il n'arrive pas à se relever ? »
Adravan ouvrit la bouche pour répliquer, mais le sol sembla soudain tanguer sous ses pieds.
Il dut poser une main contre la paroi rocheuse. Une crampe violente remonta de son mollet jusqu’à sa hanche pour contracter toute sa jambe. Le corps de Joren ne se contentait plus de lui envoyer des signaux de fatigue, il menaçait simplement de s’éteindre avec ou sans sa permission.
Barek l’observa avec un petit sourire en coin. « Tu disais ? »
« Cinq minutes », céda Adravan dans un soupir.
« Dix. »
« Cinq minutes suffiront amplement. »
« Pour toi, c'est possible. Mais Orik vient de perdre une jambe, et Cenn perd encore beaucoup de sang, alors on prendra dix minutes. »
« Six », intervint Clark un peu plus loin.
Adravan tourna vivement la tête vers lui. « Personne ne vous a demandé de négocier. »
« Eh oh, je fais un gros effort pour sauver ton autorité ! Entre cinq et dix, six c'est vraiment très proche d'une victoire pour toi ! »
« Huit », corrigea Barek.
« Vous venez de demander dix à l'instant. »
« Clark m'a fait rire, alors je baisse un peu mon prix. »
Adravan les regarda l’un après l’autre avec exaspération. « Ce sera sept minutes, et pas une seule seconde de plus. »
Barek tendit sa main valide avec satisfaction. « Marché conclu. »
Adravan refusa de la serrer. « Je vous répète que ce n’était pas une négociation. »
Clark s’allongea de tout son long dans l’herbe. « Bien sûr que non, capitaine. On sait tous que tu avais prévu sept minutes depuis le tout début. »
Adravan baissa rapidement la tête pour cacher son visage, avant que quelqu’un ne puisse voir qu’il esquissait un vrai sourire.
Cenn vérifia le garrot de fortune d’Orik. Le tissu était complètement humide, mais le sang ne coulait plus aussi vite que tout à l'heure. Orik respirait toujours, et ses paupières tremblaient parfois sans réussir à s’ouvrir.
« Il faut absolument lui donner de l’eau », murmura Cenn.
Sorel lui tendit sa propre gourde sans hésiter. Cenn en versa quelques gouttes sur un petit morceau de tissu et le passa doucement contre les lèvres sèches d’Orik. « Tu viens de lui donner ta ration entière », fit remarquer Davos.
« Je me rattraperai dans la citerne de la tour. »
« C'est seulement si elle est pleine. » Sorel haussa les épaules avec fatalisme.
« S’il n’y a pas d’eau là-haut, garder cette pauvre gorgée ne me donnera qu’une petite heure de soif en plus. »
Davos prit la gourde et but beaucoup moins que ce qu’Adravan lui avait vu mesurer pour lui-même d'habitude. Il la passa ensuite à Silas, qui se contenta d'humecter ses lèvres avant de la tendre à Clark.
« Bois », ordonna Clark.
« J’ai bu. » répondit Silas à la défensive.
« Tu as juste mouillé ta moustache. »
« Mais la pauvre, elle souffre encore plus que moi. »
Clark repoussa fermement la gourde contre la poitrine du vieil homme. « Bois un bon coup, espèce de vieux menteur. Ton fils m’en voudra à mort si je te ramène complètement desséché. »
Silas finit par accepter de prendre une deuxième gorgée.
Personne n’avait demandé à ces hommes rudes de partager. Aucun capitaine n’avait calculé les rations, de toute manières Adravan ne savait pas qu'elle était le minimum pour les rations, mais il savait que normalement il fallait menacé les plus égoïstes ou promettre une belle récompense aux plus disciplinés. Pourtant, la gourde d'eau circulait avec beaucoup plus d’ordre que la plupart des distributions de vivres auxquelles Adravan avait assisté dans les casernes de l'armée royale.
Adravan observa ces hommes épuisés assis autour d’Orik. Certains d'entre eux le détestaient probablement. Clark ne lui avait absolument rien pardonné pour la mort des autres. Silas venait tout juste de se moquer de Cenn. Et pourtant, ils partageaient l’eau sans discuter, simplement parce qu’aucun d’eux ne voulait être le prochain à devoir porter un cadavre.
L’obéissance obtenue par la peur durait seulement le temps que la menace existait. Mais ce qu’il voyait ici ne semblait exiger aucune surveillance de sa part.
« Sept minutes », annonça-t-il d'une voix claire.
Barek leva les yeux au ciel. « Tu comptes vraiment le temps ? »
« Vous avez voulu sept minutes, alors j'ai compté les minutes exactes. »
« J’espérais sincèrement que ton coup sur la tête avait aussi bousillé ton sens du temps. »
Adravan se plaça près de la civière. « Tout le monde debout. »
Les hommes grognèrent de douleur, mais aucun ne fut humilié ni traité de faible. Ils rangèrent leurs gourdes, resserrèrent les bandages de leurs blessures et reprirent leur place autour d’Orik. Silas remit son drôle de couteau contre sa poitrine.
« C'est mon garçon qui l’a sculpté », expliqua-t-il en surprenant le regard curieux d’Adravan. « Il est persuadé que les poissons ont des oreilles. »
Adravan distingua alors deux formes très maladroites gravées sur le manche en os. Elles ressemblaient beaucoup plus à des feuilles d'arbre qu’à des poissons. « Votre fils dessine vraiment mal. »
Silas sourit de toutes ses dents. « Je lui dirai fièrement que le capitaine a validé son travail. »
Soudain, un grondement sourd monta dans les herbes hautes.
Le sourire de tout le groupe disparut instantanément. Barek leva son harpon. « Mettez-vous en cercle. Tout de suite. »
La première bête sortit de la pente juste au-dessus d’eux.
Elle ressemblait à un chien que la faim aurait atrocement étiré. Ses côtes saillaient sous un pelage gris rayé de brun, qui avait exactement la même couleur que les pierres de la falaise. Ses pattes avant étaient beaucoup trop longues, ses griffes assez larges pour s’accrocher à n'importe quel récif, et sa gueule hideuse se fendait presque jusqu’aux oreilles.
Deux autres formes sombres apparurent juste derrière elle.
« Des chiens de récif », souffla Sorel avec horreur. « Dame Chance nous fait vraiment un beau doigt d'honneur aujourd'hui. »
Adravan vit les museaux affamés se tourner directement vers Orik. « Ils sentent le sang frais », murmura Clark.
« Placez la civière contre la paroi rocheuse », ordonna Adravan avec calme.
« Les blessés restent au centre. Mettez les harpons sur les côtés et les haches devant en guise de défense. Surtout, ne les poursuivez jamais dans les herbes. »
Les hommes bougèrent avant même qu’il ne termine sa phrase. Silas et Davos tirèrent la porte contre le rocher pour protéger l'arrière. Cenn se plaça près d’Orik en tenant un couteau malgré son bras en sang. Barek prit le flanc droit, et Clark le gauche. Adravan garda le centre de la formation avec une lourde hache.
Le premier chien descendit de quelques pas agiles, puis disparut mystérieusement dans l’herbe haute.
« Il est en train de fuir ? » demanda Davos avec espoir.
« Sûrement pas », répondit Sorel. « Celui-là est juste en train de nous contourner. »
Un hurlement éclata sur leur gauche.
Clark frappa violemment au moment où une bête jaillissait entre deux touffes d'herbe. Sa hache entailla le museau, mais le chien se tordit en plein milieu de son bond et retomba sur ses pattes, déjà hors de portée.
Deux autres monstres attaquèrent sur la droite.
Barek planta son harpon directement dans la poitrine du premier. Mais son épaule blessée céda de douleur lorsqu’il voulut repousser le manche. Le deuxième chien contourna l’arme bloquée et bondit droit vers Cenn.
Adravan se déplaça rapidement pour l’intercepter.
Son esprit de prince possédait la technique parfaite pour décapiter l'animal en un seul coup. Mais le corps de Joren avait une demi-seconde de retard, car il n'était pas aussi entraîné au combat que le vrai corps d'Adravan.
La bête heurta Adravan en pleine poitrine. Il tomba lourdement sur le dos, avec sa hache coincée entre leurs deux corps. Les mâchoires puantes claquèrent à quelques centimètres seulement de son visage.
Une lame brillante traversa soudain le cou du chien. Clark donna un gros coup de pied au cadavre pour libérer Adravan de son poids.
« Tu me remercieras plus tard », lança-t-il.
« Je n’avais absolument pas prévu de le faire. »
Adravan se releva d'un bond. Sur la droite, Barek luttait encore avec la bête empalée au bout de son arme. Trois autres paires d'yeux brillaient de faim dans l’herbe au-dessus d’eux.
« Ils sont en train de tester notre cercle », cria Sorel. « Dès qu’on fait un mouvement, ils changent de côté pour attaquer ! »
Adravan observa la pente avec attention. Les chiens profitaient de leur hauteur pour disparaître de la vue, puis ils attaquaient vers le bas en utilisant tout leur poids. À chaque fois qu’un homme avançait pour les frapper, il ouvrait fatalement une brèche dangereuse près de la civière.
« Reculez tous d’un seul pas », ordonna-t-il.
« Collez votre dos à la paroi pour réduire le cercle. »
« On n’aura plus d'espace pour balancer les haches ! » protesta Clark.
« On n'a pas besoin de les balancer. Tenez simplement les lames devant vous et laissez la gravité faire tout le travail quand ils sauteront. »
Ils se resserrèrent en rangs serrés autour d’Orik. Les harpons furent inclinés vers le haut pour créer un mur de pointes, et les haches formèrent une dangereuse rangée basse devant leurs jambes.
Les chiens attaquèrent tous ensemble.
Le premier monstre s’empala tout seul sur le harpon de Barek. Un autre reçut un coup de hache dans l’épaule et roula en hurlant jusqu’au bas du sentier. Adravan frappa le troisième en plein crâne, mais sa prise glissa bêtement sur le manche rendu humide par la sueur.
Une quatrième bête passa sous son bras en un éclair.
« La civière ! » hurla Cenn. Silas se jeta désespérément devant Orik.
Le chien le percuta violemment sur le côté. Silas planta son couteau en os dans le flanc de l'animal. Une première fois, puis une seconde. La bête secoua rageusement la tête et referma ses puissantes mâchoires directement sur la gorge de l'homme.
Adravan abattit sa hache de toutes ses forces.
Le chien s’effondra enfin, mais il ne relâcha pas sa prise immédiatement. Barek dut écarter les mâchoires mortes avec le manche de son harpon pendant que Clark tirait le corps de Silas en arrière.
Le reste de la meute prit peur et recula dans les herbes. « Ne les suivez surtout pas ! » cria Adravan pour maintenir le rang.
Cenn tomba à genoux dans la terre près de Silas. Il pressa ses deux mains contre la gorge grande ouverte, oubliant totalement la douleur de son propre bras.
« Donnez-moi une bande ! Vite, une bande ! » Sorel arracha la manche de sa chemise et la lui tendit. Le tissu devint rouge vif avant même que Cenn n’ait le temps de l’enrouler.
Silas cherchait désespérément de l’air. Aucun son ne sortait de sa bouche, seulement un affreux souffle humide. Sa main tremblante remonta jusqu’au fameux couteau qui était toujours planté dans le cadavre du chien. Clark le retira avec douceur et le plaça au creux de ses doigts.
« Je l’ai bien en main », dit-il. « Je te promets que ton garçon le récupérera. »
Silas essaya de refermer sa main sur le manche en os, mais ses doigts n’y parvinrent pas, car son corps n'avait déjà plus aucune force. Cenn appuya encore plus fort sur la plaie. « Reste avec nous, accroche-toi. »
Le regard fuyant de Silas glissa vers Orik, qui était toujours vivant juste derrière lui. Puis il arrêta de chercher son souffle. Ses yeux devinrent complètement vitreux et vides de toute émotion.
« Silas », murmura Clark. L’homme ne répondit jamais.
Adravan regarda le ciel avec angoisse. Le soleil déclinait vite. Ils avaient complètement perdu leur avance, et les chiens pouvaient revenir d'une minute à l'autre. Chaque seconde passée à pleurer un mort augmentait le risque pour tous les vivants.
« Nous devons absolument repartir », déclara-t-il. Clark releva vers lui un visage barbouillé de sang et de larmes. « Attends un peu. »
L’ancien Adravan aurait répété son ordre en hurlant. Il aurait rappelé l'urgence de la tour, le danger de la nuit et la présence des prédateurs cachés dans l’ombre qui viennent à peine de partir. Tous ces arguments restaient parfaitement vrais.
Mais il devait changer sa façon de faire.
« Il vous faut combien de temps ? » demanda doucement Adravan. Clark parut sincèrement surpris par cette clémence. « Donne-nous une minute. »
« Prenez-la. »
Cenn ferma respectueusement les yeux de Silas. Sorel détacha un morceau de la grosse toile qui protégeait les vivres pour le poser sur son visage. Clark nettoya le couteau au manche d’os en le frottant dans l’herbe, puis il le rangea précieusement à sa propre ceinture.
« Comment s’appelle son fils ? » demanda Adravan.
« Il s'appelle Enor », répondit Clark avec une voix brisée. « Il a neuf ans. Et les poissons qu’il dessine ont des oreilles. »
Adravan regarda les deux petites formes gravées sur le manche. « Je m’en souviendrai. »
Clark serra les dents avec force. « T'as plutôt intérêt. »
Ils ne pouvaient évidemment pas enterrer Silas ici. Le sol était beaucoup trop dur, leurs outils étaient rares et les chiens rôdaient encore trop près. Ils déplacèrent simplement son corps contre la paroi rocheuse, empilèrent quelques grosses pierres sur la toile pour le protéger, et laissèrent le harpon brisé de Barek planté près de lui en guise de tombe.
Une seule minute devint finalement presque trois. Adravan eut la décence de ne le faire remarquer à personne.
Ils reprirent la montée douloureuse cinq minutes plus tard.
Barek fermait désormais la marche à l’arrière du groupe. Clark marchait tout près d’Orik, avec une hache dans la main droite et le couteau de Silas serré contre sa poitrine. Adravan reprit sa lourde place à l’avant de la civière.
Les chiens de récif les suivirent silencieusement jusqu’au dernier replat, mais sans jamais oser attaquer de nouveau. Leurs yeux jaunes apparaissaient parfois dans les hautes herbes, puis ils disparaissaient dès qu'un homme levait son arme dans leur direction.
La tour grandit enfin devant eux.
Quand ils atteignirent enfin sa grande porte, le soleil s'était couché depuis un bon moment. Sorel et Davos unirent leurs forces pour pousser le vieux battant de bois gonflé par l’humidité constante. Une odeur rassurante de cendre froide et de pierre mouillée les accueillit.
« Rentrez tous à l’intérieur », ordonna Adravan avec soulagement.
Ils déposèrent doucement Orik au pied du grand escalier central. Barek et Clark repoussèrent la porte pour la fermer, pendant que les autres entassaient tout ce qu'ils trouvaient contre elle : un banc brisé, deux caisses vides et une grosse barre de fer arrachée au mur.
Un chien gratta frénétiquement le bois depuis l’extérieur. Puis un second.
Adravan s’assit lourdement contre la pierre froide. Il était beaucoup trop épuisé pour continuer à faire semblant que tout allait bien. Il ferma les yeux dans le noir et répéta en boucle les noms des morts d'aujourd'hui.
Lio. Teren. Silas.
Seulement douze respirations emplissaient le silence de la tour. C'était bien trop peu pour apaiser le cœur d'Adravan.