Chapitre 11
Trois semaines passèrent.
À Kazenami, la fête devint rapidement quelque chose dont on parlait au passé.
Les dernières décorations furent retirées.
Le stand de Hiroshi fut reconstruit.
Genzo termina de rembourser ce qu’il avait cassé, puis recommença progressivement à rire avec les autres pêcheurs, même si Nami surveillait désormais chaque verre qu’il approchait avec une précision militaire.
Haru continua de monter régulièrement au temple.
Yui continua de poser des questions.
Mio continua d’empêcher Yui d’en poser certaines.
Et Tatsuo continua de couper du bois.
Le village retrouva son rythme.
Puis, un matin, Daigo oublia comment fonctionnait une porte.
Tatsuo venait de déposer une partie de son chargement devant l’atelier du forgeron lorsqu’un bruit violent retentit à l’intérieur.
Il s’arrêta.
Un deuxième.
Puis :
— MERDE !
Tatsuo posa le bois.
La porte s’ouvrit brutalement.
Daigo apparut.
Il tenait son tablier dans une main.
Un marteau dans l’autre.
Il regarda Tatsuo.
— Akane.
Tatsuo attendit.
Daigo continua de le regarder.
— Quoi, Akane ?
— Elle...
Il regarda son marteau.
Puis son tablier.
Puis Tatsuo.
— Pourquoi j’ai ça ?
— Parce que tu travaillais.
Daigo posa le marteau par terre.
— Elle accouche.
Tatsuo resta silencieux une seconde.
— Maintenant ?
— Non, dans six mois.
Tatsuo le regarda.
Daigo ferma les yeux.
— Oui, maintenant !
Il entra de nouveau dans la forge.
Tatsuo le suivit du regard.
Deux secondes plus tard, Daigo ressortit.
Toujours avec son tablier.
— Où tu vas ? demanda Tatsuo.
Daigo s’arrêta.
— Chez moi.
— Ta maison est de l’autre côté.
Daigo tourna la tête.
Il regarda la rue.
Puis dans la direction opposée.
— Je sais.
Tatsuo ramassa son bois.
— Non.
— Je sais !
Il partit.
Dans la mauvaise direction.
Tatsuo attendit.
Daigo s’arrêta après quatre pas.
Fit demi-tour.
Passa devant Tatsuo sans le regarder.
— Pas un mot.
— Je n’ai rien dit.
— Je t’entends penser.
La maison de Daigo était déjà pleine lorsque Tatsuo arriva.
Pas pleine de monde.
Pleine de mouvement.
Une femme entra avec une bassine d’eau.
Une autre ressortit avec du linge.
Quelqu’un demanda davantage de serviettes depuis l’intérieur.
Daigo les apporta.
On lui demanda ensuite de sortir.
— Pourquoi ?
La porte se referma devant son visage.
Daigo resta immobile.
— Je vis ici.
Aucune réponse.
Tatsuo posa le bois contre le mur.
Meilin était assise sur un banc près de l’entrée.
Elle épluchait tranquillement une pomme.
— Bonjour.
Tatsuo regarda la porte.
Puis elle.
— Vous êtes calme.
— Pourquoi je ne le serais pas ?
Un cri étouffé d’Akane traversa la maison.
Daigo se retourna immédiatement.
— Parce que ÇA.
Meilin croqua dans la pomme.
— Une femme qui accouche fait rarement ça en silence.
Daigo la regarda.
— C’est rassurant ?
— Non.
— Meilin.
— Tu voulais que je mente ?
Il passa une main sur son visage.
Tatsuo s’assit à côté d’elle.
Daigo se mit à marcher.
Trois pas vers la gauche.
Demi-tour.
Quatre vers la droite.
Demi-tour.
Meilin observa.
— Tu vas creuser un chemin.
Daigo continua.
— Très bien.
Un nouveau bruit arriva de l’intérieur.
Il s’arrêta.
— Ça fait combien de temps ?
— Depuis ce matin, répondit Meilin.
— Non, combien de temps ça va durer ?
— Jusqu’à ce que l’enfant naisse.
Daigo la fixa.
— Merci.
— Je suis là pour ça.
La sage-femme s’appelait Hana.
Tatsuo la connaissait surtout parce qu’elle lui avait déjà remis une épaule en place quelques années auparavant après qu’un arbre avait décidé de lui expliquer les conséquences de la gravité.
Elle avait dépassé la cinquantaine, portait ses cheveux gris très courts et possédait cette faculté rare de donner des ordres à Daigo sans que celui-ci pense à discuter plus de trois secondes.
La porte s’ouvrit.
Hana sortit.
Daigo fut devant elle avant qu’elle ait posé le deuxième pied dehors.
— Alors ?
— De l’eau chaude.
— Il y en a.
— Plus.
Daigo partit.
Hana le regarda disparaître.
— Il est inutile.
Meilin hocha la tête.
— Complètement.
Tatsuo demanda :
— Elle va bien ?
Hana le regarda.
— Pour l’instant.
Daigo revint avec un seau.
— Pour l’instant ?
Hana prit le seau.
— Tu étais pas censé entendre.
— Je suis à deux mètres !
— Alors éloigne-toi.
— Hana.
— Daigo.
Il se tut.
Elle rentra.
La porte se referma.
Daigo regarda Tatsuo.
— « Pour l’instant ».
Tatsuo acquiesça.
— J’ai entendu.
— Ça veut dire quoi ?
— Pour l’instant.
Daigo inspira.
Très profondément.
— Je vais te frapper.
— Mauvaise journée.
— Pourquoi ?
— Je pourrais répondre.
Daigo le regarda.
Puis, malgré lui, un bref rire lui échappa.
Il se rassit.
— Je déteste attendre.
Tatsuo regarda la porte.
— Je sais.
Sora arriva un peu avant midi.
Il portait un sac sous le bras.
Daigo leva les yeux.
— C’est quoi ?
— Des livres.
Daigo le fixa.
— Pourquoi ?
— Je pensais que vous attendriez.
— Ma fille accouche.
— Oui.
— Et tu m’amènes des livres ?
Sora regarda Tatsuo.
— J’avais surestimé ses capacités intellectuelles sous stress.
Tatsuo acquiesça.
— Beaucoup.
Daigo se leva.
— Vous deux...
Meilin leva la main.
— Assieds-toi.
Il se rassit.
Sora prit place près de Tatsuo.
— Depuis combien de temps ?
— Ce matin.
— Elle va bien ?
Tatsuo regarda la porte.
— Pour l’instant.
Daigo tourna immédiatement la tête.
— ARRÊTEZ DE DIRE ÇA.
Sora cligna des yeux.
— J’arrive au mauvais moment ?
— Oui.
— Comme toujours, dit Tatsuo.
Sora posa son sac.
— Content de te voir aussi.
Le temps passa.
Lentement.
Trop lentement pour Daigo.
Pas assez pour Akane.
À plusieurs reprises, Hana demanda quelque chose.
De l’eau.
Du tissu.
Un autre coussin.
Puis plus rien pendant presque une heure.
Daigo devint encore plus nerveux lorsque personne ne lui demanda quoi que ce soit.
— Pourquoi elles demandent plus rien ?
Meilin regarda le ciel.
— Parce qu’elles ont ce qu’il faut.
— Ou parce que quelque chose va mal.
— Ou parce qu’elles ont ce qu’il faut.
— Tu sais pas.
— Toi non plus.
Daigo se leva.
— Je vais entrer.
Meilin lui attrapa le poignet.
Il s’arrêta.
La vieille femme n’aurait pas pu physiquement l’empêcher d’avancer s’il l’avait vraiment voulu.
Il resta pourtant.
— Assieds-toi.
— C’est ma fille.
— Justement.
Daigo regarda la porte.
Puis se rassit.
Tatsuo observait.
Sora aussi.
Après quelques secondes, Sora murmura :
— Je l’ai jamais vu comme ça.
Tatsuo répondit :
— Moi non plus.
Daigo tourna la tête.
— Je vous entends.
— On sait, répondit Sora.
Dans l’après-midi, Akane cria de nouveau.
Daigo se leva.
Personne ne lui demanda de se rasseoir cette fois.
Un silence suivit.
Long.
Puis un son.
Petit.
Aigu.
Un cri.
Pas celui d’Akane.
Daigo resta figé.
Meilin posa lentement sa pomme, qu’elle n’avait pas terminée depuis deux heures.
Sora sourit.
Tatsuo regarda la porte.
Le cri recommença.
Plus fort.
Daigo inspira.
Puis expira.
Ses épaules descendirent pour la première fois depuis le matin.
— C’est...
Il se passa une main sur le visage.
— C’est elle ?
Personne ne répondit.
Il rit nerveusement.
— Évidemment que c’est elle.
La porte s’ouvrit.
Hana apparut.
Une petite trace de fatigue avait enfin réussi à atteindre son visage.
Daigo s’approcha.
— Alors ?
— Une fille.
Il resta silencieux.
— Akane ?
— Fatiguée.
— Mais ?
Hana sourit légèrement.
— Elle va bien.
Daigo ferma les yeux.
Sa tête descendit.
Il resta comme ça quelques secondes.
Puis :
— Je peux entrer ?
Hana ne répondit pas immédiatement.
Son sourire disparut.
— Pas encore.
Daigo releva la tête.
— Pourquoi ?
Hana regarda derrière elle.
Tatsuo vit son expression.
Sora également.
Meilin se leva.
— Hana ?
La sage-femme inspira.
— Ce n’est pas terminé.
Daigo fronça les sourcils.
— Quoi ?
Un nouveau cri d’Akane retentit.
Cette fois, Daigo pâlit.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
Hana se retourna.
— Il y en a un autre.
Silence.
Même Meilin eut besoin d’une seconde.
Sora cligna des yeux.
Tatsuo regarda la porte.
Puis Hana.
Puis Daigo.
Daigo resta complètement immobile.
— Un autre quoi ?
Hana le fixa.
— Daigo.
— Je demande.
— Un autre enfant.
Il ouvrit la bouche.
Rien.
Sora détourna le visage.
Tatsuo regarda ses mains.
Principalement pour éviter que Daigo voie son expression.
— Deux ? demanda finalement le forgeron.
Hana soupira.
— Oui. Deux.
Daigo se retourna vers Tatsuo.
Comme s’il était responsable.
— Deux.
Tatsuo acquiesça.
— J’ai entendu.
— Pourquoi personne savait ?
— Je ne sais pas.
— Deux ?
Sora répondit :
— Le nombre semble stable.
Daigo le regarda.
— Pas maintenant.
— D’accord.
Hana rentra.
La porte se referma.
Et l’attente recommença.
Cette fois, personne ne plaisanta.
Le second accouchement fut plus long.
Akane était épuisée.
Ils l’entendaient dans sa voix.
Les périodes de silence étaient presque pires.
Daigo ne marchait plus.
Il resta debout devant la porte.
Les mains fermées.
Meilin à côté.
Tatsuo regardait Daigo davantage que la maison.
Son ami avait déjà combattu.
Travaillé le métal brûlant.
Vécu des tempêtes sur les côtes.
Porté des charges qui auraient épuisé des hommes deux fois plus jeunes.
Il n’avait probablement jamais semblé aussi impuissant.
— Tatsuo.
Il leva les yeux.
Daigo ne le regardait pas.
— Oui ?
— Elle va bien ?
Tatsuo resta silencieux.
— Je ne sais pas.
Daigo serra les dents.
— Pourquoi tu es aussi calme ?
— Parce que paniquer ne l’aidera pas.
Daigo tourna la tête.
Pendant une seconde, Tatsuo crut qu’il allait lui répondre sèchement.
Il ne le fit pas.
— Je sais.
Sa voix trembla légèrement.
— Je sais.
Tatsuo se leva.
Il se plaça à côté de lui.
Pas de main sur l’épaule.
Pas de phrase.
Il resta simplement là.
Sora les rejoignit quelques secondes plus tard.
Meilin devant eux.
Quatre personnes devant une porte.
Inutiles.
Mais présentes.
Le deuxième cri arriva lorsque le soleil commençait à descendre.
Plus faible que le premier.
Mais là.
Daigo inspira brutalement.
Tatsuo leva la tête.
Sora sourit.
Meilin ferma les yeux une seconde.
Puis le cri recommença.
Plus fort.
Une voix parla à l’intérieur.
Une autre répondit.
Quelques minutes plus tard, Hana ouvrit enfin.
Elle s’appuya une seconde contre le cadre.
Daigo n’osa presque plus parler.
— Alors ?
Hana le regarda.
— Un garçon.
Daigo ne bougea pas.
— Et Akane ?
— Épuisée.
Silence.
Puis Hana sourit.
— Mais elle va bien.
Daigo baissa la tête.
Ses épaules tremblèrent.
Une fois.
Il passa rapidement sa main sur ses yeux.
Sora regarda ailleurs.
Tatsuo également.
Meilin, elle, ne fit absolument aucun effort pour lui laisser sa dignité.
— Tu pleures.
— Non.
— Si.
— J’ai de la poussière.
Meilin regarda le sol propre.
— Évidemment.
Daigo inspira.
— Je peux entrer maintenant ?
Hana recula.
— Oui.
Il entra.
Puis ressortit immédiatement.
— Vous venez ?
Meilin leva un sourcil.
— Tu viens de passer neuf heures à essayer de nous faire entrer avec toi et maintenant tu demandes ?
— Venez.
Sa voix avait changé.
Plus douce.
Ils le suivirent.
Akane était allongée.
Ses cheveux collaient légèrement à son front.
Son visage était pâle.
Ses yeux, épuisés.
Et pourtant, lorsqu’elle vit Tatsuo et Sora entrer derrière son père, elle sourit.
— Vous avez l’air horribles.
Sora s’arrêta.
— Toi aussi.
Daigo le regarda.
— Sora.
Akane rit faiblement.
— Il a raison.
Deux petits corps enveloppés de tissu reposaient près d’elle.
L’un dormait.
L’autre semblait profondément insulté par l’existence.
Il poussa un petit bruit.
Daigo se pencha immédiatement.
— Quoi ?
Akane ferma les yeux.
— Il respire, père.
— Je vérifiais.
— Tu vérifies depuis dix minutes.
— Dix minutes, c’est long.
Sora s’approcha.
— Donc...
Akane ouvrit un œil.
— Donc ?
Il regarda les deux bébés.
— Il y en a vraiment deux.
Elle le fixa.
— Très bonne observation.
Tatsuo ajouta :
— Il est libraire.
Sora tourna la tête.
— Papetier.
Akane eut un autre petit rire.
— Vous m’aviez manqué.
Un silence suivit.
Cette fois, personne ne plaisanta.
Sora regarda Akane.
— Toi aussi.
Tatsuo acquiesça.
— Oui.
Akane regarda les deux.
Son sourire changea.
Plus petit.
Plus calme.
— Je pensais qu’il y en avait qu’un.
Daigo :
— Nous aussi.
— Merci, père.
— Je précise.
— Tout le village le saura demain.
Sora secoua la tête.
— Demain ?
Tatsuo regarda la fenêtre.
— Dans une heure.
Akane sourit.
— Probablement.
Meilin s’approcha la première des nouveau-nés.
Ses mains, qui tremblaient parfois lorsqu’elle tenait une tasse, devinrent parfaitement stables lorsqu’Akane lui confia la petite fille.
La vieille femme la regarda longtemps.
— Elle a tes yeux.
Akane cligna des yeux.
— Ils sont fermés.
— Laisse-moi être vieille tranquillement.
— Pardon.
Meilin sourit.
Elle passa doucement un doigt sur la joue de l’enfant.
Pendant une seconde, quelque chose d’ancien traversa son regard.
Jian.
Lian.
Ren.
Peut-être les trois.
Puis cela disparut.
— Bienvenue à Kazenami, murmura-t-elle.
Sora prit ensuite le garçon.
Sans hésiter.
Il le tint avec une prudence presque comique au regard de son assurance initiale.
— Il est léger.
Akane répondit :
— Pose-le si tu comptais t’en servir comme presse-papier.
— Je travaille avec du papier, pas avec des enfants.
Tatsuo :
— Heureusement.
Sora regarda le bébé.
— Il me juge.
— Il a quelques heures, dit Akane.
— Il apprend vite.
Tatsuo resta légèrement en retrait.
Akane le remarqua.
Évidemment.
— Tatsuo.
Il regarda ailleurs.
— Oui ?
— Viens.
— Je suis bien ici.
— Viens.
— Pourquoi ?
Sora sourit.
Tatsuo le vit.
— Non.
Akane tendit les bras vers Meilin.
— Donne-la-moi.
Meilin comprit immédiatement.
— Excellente idée.
— Non, répéta Tatsuo.
Akane récupéra sa fille.
Puis la tendit vers lui.
Tatsuo recula d’un demi-pas.
— Akane.
— Tatsuo.
— Elle est petite.
Akane regarda le bébé.
Puis Tatsuo.
— C’est généralement comme ça.
Sora baissa la tête.
Tatsuo continua :
— Je peux attendre.
— Attendre quoi ?
— Qu’elle soit moins petite.
— Quelques années ?
— Ça me paraît raisonnable.
Daigo regarda Tatsuo.
— Tu as affronté Genzo.
Tatsuo se retourna.
— Ça n’a rien à voir.
— Il t’a lancé un stand dessus.
— Le stand ne respirait pas.
Akane éclata de rire.
Immédiatement, elle grimaça.
— Ne me fais pas rire.
— C’est toi qui—
— Prends ta nièce.
Tatsuo s’arrêta.
— Ma quoi ?
Silence.
Akane regarda sa fille.
Puis lui.
— Façon de parler.
Tatsuo ne répondit pas.
Quelque chose avait légèrement changé dans son visage.
Akane le vit.
Elle adoucit sa voix.
— Allez.
Il s’approcha.
Elle lui montra où placer ses bras.
— Là.
Tatsuo obéit.
— Et ici.
— Je sais tenir quelque chose.
Sora regarda Daigo.
— Il a l’air terrifié.
— Il est terrifié.
Tatsuo les ignora.
Akane plaça doucement sa fille dans ses bras.
Il cessa de respirer.
Complètement.
— Tatsuo.
— Quoi ?
— Respire.
Il inspira.
La petite fille bougea.
À peine.
Sa tête tourna contre son bras.
Tatsuo devint encore plus immobile.
Akane sourit.
— Elle va pas casser.
— Tu n’en sais rien.
— Tatsuo.
Il baissa les yeux.
Le bébé dormait.
Une petite main dépassait du tissu.
Ses doigts s’ouvrirent.
Se refermèrent contre le vêtement de Tatsuo.
Il la regarda.
Longtemps.
Sora ne plaisanta plus.
Daigo non plus.
Akane observa son visage.
Tatsuo semblait presque ne plus savoir quoi faire de ses propres mains.
Puis il ajusta légèrement son bras.
Avec une délicatesse que personne ne lui avait enseignée dans cette pièce.
La petite continua de dormir.
— Ça va ? demanda Akane.
Tatsuo hocha lentement la tête.
— Oui.
Elle sourit.
— Elle t’aime bien.
— Elle dort.
— Justement.
Ils n’avaient pas encore choisi les noms.
Tatsuo rendit finalement le bébé à Akane.
Sora posa le garçon à côté de sa sœur.
Daigo s’assit près du lit.
— Vous aviez prévu quoi ?
Akane regarda les deux enfants.
— Un nom.
Sora hocha gravement la tête.
— C’est effectivement un problème.
— Merci.
— Pour lequel ?
— Pour l’enfant.
— Très précis.
Akane soupira.
— J’avais choisi un nom si c’était une fille.
Daigo se redressa.
— Lequel ?
Akane lui dit.
Il resta silencieux.
— Tu n’aimes pas ?
— Si.
— Tu fais une drôle de tête.
— Je réfléchis.
— Mauvais signe, murmura Tatsuo.
Daigo le regarda.
— Toi, propose quelque chose.
Tatsuo s’arrêta.
— Non.
— Pourquoi ?
— Ce ne sont pas mes enfants.
Akane le regarda.
— J’avais remarqué.
Sora se mit à rire.
Daigo secoua la tête.
— Un prénom.
— Vous en trouverez.
— On en a déjà trouvé un.
— Alors trouvez-en un deuxième.
— Excellent conseil, dit Sora.
Tatsuo regarda les deux nouveau-nés.
— Je peux vous dire si vos idées sont mauvaises.
Akane sourit.
— Ça, je crois.
Ils passèrent encore presque une heure à discuter.
Pas seulement des noms.
De la journée.
De ce qu’Akane avait ressenti.
De ce dont Daigo avait complètement paniqué sans le savoir.
Sora raconta qu’il avait apporté des livres.
Akane le regarda comme si elle envisageait sérieusement de le faire sortir.
Puis Meilin annonça qu’Akane devait dormir.
Personne ne discuta.
Même Daigo.
Avant que Tatsuo sorte, Akane l’appela.
— Tatsuo.
Il se retourna.
— Merci.
— Pour quoi ?
Elle regarda son père.
Puis lui.
— D’être resté.
Il répondit comme si la chose était évidente.
— J’allais pas partir.
Akane sourit.
— Je sais.
La nouvelle se répandit plus vite que prévu.
Tatsuo et Sora avaient parcouru moins de deux rues lorsqu’ils croisèrent Haru.
Avec Mio.
Avec Yui.
Évidemment.
Haru courut vers eux.
— C’est vrai ?
Sora regarda Tatsuo.
— Une heure était optimiste.
Tatsuo acquiesça.
— Beaucoup.
Haru s’arrêta.
— Il y en a deux ?
— Oui.
Yui arriva.
— Deux vrais jumeaux ?
Tatsuo la regarda.
— Non. On en a trouvé un dans la rue.
Elle resta figée.
Mio leva les yeux vers Tatsuo.
— Vous faites exprès.
— Oui.
Yui comprit.
— C’était une blague.
— Oui.
— Donc ils sont vraiment jumeaux.
— Oui.
— Un garçon et une fille ?
— Oui.
— Ils sont nés à combien de temps d’écart et lequel est né avant et ils se ressemblent et ils ont les mêmes cheveux et est-ce qu’ils étaient dans le même—
Mio posa immédiatement une main devant sa bouche.
— Akane dort.
Yui écarta sa main.
Puis reprit en chuchotant :
— Ils sont nés à combien de temps d’écart ?
Sora leva un doigt.
— Je crois qu’elle apprend.
Haru regarda la maison.
— On peut les voir ?
— Pas maintenant, répondit Tatsuo.
Haru acquiesça immédiatement.
— Demain ?
Tatsuo le regarda.
Haru comprit.
Un sourire apparut.
— Vous détestez ce mot maintenant.
— Beaucoup.
Mio sourit.
— On reviendra quand Akane ira mieux.
— Bonne idée.
Yui leva la main.
— J’ai juste une dernière question.
Tatsuo soupira.
— Vas-y.
— Vous les avez portés ?
Sora eut immédiatement un sourire.
Tatsuo le vit.
— Non.
— Menteur, répondit Sora.
Yui ouvrit grand les yeux.
Haru aussi.
Mio sourit.
— Lequel ?
Tatsuo continua de marcher.
— Bonne nuit.
Haru le suivit.
— Vous avez porté un bébé ?
— Haru.
— Vous aviez peur ?
Sora répondit à sa place :
— Terrifié.
Tatsuo s’arrêta.
— Rentre chez toi.
Sora leva les mains.
— C’est sur mon chemin.
Yui :
— Pourquoi vous aviez peur alors que vous avez même pas peur de Genzo et est-ce que—
Mio l’attrapa.
— Nous, on rentre.
— Mais—
— Maintenant.
Haru resta encore une seconde.
— Tatsuo.
— Quoi ?
— Ils ont de la chance.
Tatsuo fronça légèrement les sourcils.
— Pourquoi ?
Haru regarda la maison de Daigo.
Puis lui.
— Je sais pas.
Il sourit.
— Bonne nuit.
Il partit rejoindre les filles.
Tatsuo le regarda s’éloigner.
Sora resta silencieux à côté de lui.
Pendant quelques secondes.
Puis :
— Tu étais vraiment terrifié.
Tatsuo reprit sa marche.
— Tais-toi.
La nuit était calme lorsqu’il remonta vers le temple.
Derrière lui, Kazenami avait gagné deux voix qu’il n’avait jamais entendues la veille.
Deux respirations.
Deux noms encore incomplets.
Deux personnes qui, quelques heures auparavant, n’étaient connues de personne.
Tatsuo s’arrêta un instant sur le chemin.
Depuis la hauteur, il pouvait voir la lumière de la maison de Daigo.
Meilin y resterait cette nuit.
Probablement les suivantes aussi.
Daigo ne quitterait certainement pas sa fille avant plusieurs jours.
Tatsuo sourit légèrement.
Puis reprit sa route.
À Kazenami, certains partaient.
D’autres revenaient.
Et parfois, sans prévenir, il en arrivait deux à la fois.