Chapitre 5
Le soleil venait à peine de pointer le bout de son nez que la voix de Tante Martha résonnait déjà dans toute la cour, perçant mes tympans.
« Ryden ! Debout, espèce de feignant !»
Je me suis extrait à contrecœur de ma paillasse dans la grange, en étouffant un bâillement. À peine avais-je franchi le seuil de la maison qu'un panier en osier rempli de vieilles herbes séchées et de racines rabougries m'a été balancé dans les bras.
« Tiens. Prends ça, va au marché de la ville voisine et vends-moi tout ça au meilleur prix. Ne reviens pas avant d'avoir écoulé le stock, et gare à toi si tu te fais escroquer d'une seule pièce de cuivre !»
« Oui, tante Martha... murmurai-je en adoptant ma meilleure mine de gamin soumis.»
Au fond, cela ne me dérangeait pas le moins du monde. Quitter un peu cette cabane pour aller respirer l'air de la ville, c'était plutôt une bonne nouvelle. En plus, cela me donnerait l'occasion de voir à quoi ressemblait la civilisation dans cet univers que j'avais imaginé.
Le trajet à pied jusqu'aux portes de la ville m'a pris une bonne heure. Une fois sur place, l'ambiance était typique de la fantasy médiévale : des étals de marchands ambulants crient à tue-tête, des odeurs de pain chaud et d'épices mélangées, et une foule bigarrée de voyageurs, de marchands et de quelques mercenaires armés jusqu'aux dents.
Je me suis installé timidement sur un bout de pavé, posant mon panier devant moi. J'ai commencé à appeler le client d'une petite voix fluette :
« Herbes médicinales... De superbes racines pour vos tisanes...»
Alors que les passants défilaient devant moi sans un regard, j'ai prêté l'oreille aux bribes de conversations qui flottaient dans l'air. mon ouïe et mes sens étaient largement au-dessus de la moyenne.
« Tu as entendu ? disait un homme encapuchonné à son compagnon en passant près de mon étal. L'hiver s'annonce terrible cette année. Le froid va arriver plus tôt que prévu.»
« Ouais, et ce n'est pas le pire, a répondu l'autre en baissant la voix. Des meutes de loups monstres commencent à rôder dangereusement autour de la grande forêt de l'Est. Ils sont affamés et s'approchent un peu trop des routes. La garde seigneuriale va devoir intervenir.»
Des loups monstres autour de la forêt ? ai-je pensé, un sourire en coin se dessinant malgré moi.
Tandis que les marchands et les villageois s'inquiétaient de cette menace, une idée lumineuse a traversé mon esprit. Quoi de mieux pour tester ma force et m'entraîner en toute discrétion que d'aller chasser quelques-uns de ces fameux loups dans la forêt ?
Après tout, si je voulais protéger ma peau et survivre dans ce monde, il fallait bien que je teste mes capacités face à de vraies menaces... et cela me ferait une excellente excuse pour m'échapper des corvées de Martha.