Chapitre 4
Une fois le tas de bois fendu en un clin d'œil grâce à cette étrange impulsion de magie, je suis rentré dans la petite cabane. Tante Martha m'attendait, les bras croisés, un regard méprisant plaqué sur le visage.
« Eh bien, c'est pas trop tôt ! gronda-t-elle en attrapant les bûches. File dans la grange maintenant. Et ne compte pas avoir de la soupe ce soir, tu as mis bien trop de temps.»
Un sourire coin de lèvre m'a échappé. Parfait.
Alors qu'elle se tournaient vers le chaudron qui mijotait sur le feu, j'ai discrètement levé deux doigts derrière mon dos. En me concentrant sur ce noyau de mana brûlant qui pulsait dans ma poitrine, j'ai imaginé un minuscule brin de magie, fin comme un cheveu, glissant sur le sol.
Fzzzt.
Un micro-sort de friction, à peine perceptible.
Au moment où Martha faisait un pas vers la table, son pied glissa comme sur une plaque de verglas invisible. Elle a lâché un hurlement suraigu en effectuant un salto incontrôlé avant de s'étaler de tout son long dans la réserve de farine.
FLOP !
Un nuage blanc monumental a recouvert toute la pièce. Martha s'est redressée, le visage totalement maculé de farine, crachant et toussant comme un dragon enragé.
« Oups... Tante Martha, vous allez bien ? dis-je en simulant une voix terrifiée de gamin apeuré, tout en étouffant un fou rire magistral à l'intérieur.»
« SORS D'ICI, ESPÈCE DE MAUDIT GAMIN ! hulla-t-elle en me jetant un balai à la figure.»
Je ne me le suis pas fait dire deux fois. Je me suis esquivé hors de la maison, l'esprit hilare. Premier test de magie discrète : un succès total.
Une fois la nuit tombée, m'assurant que la vieille grippe-sou dormait à poings fermés, je me suis glissé hors de la grange pour m'enfoncer profondément dans la forêt voisine. L'obscurité y était totale, mais dès que j'ai laissé couler un peu de mana dans mes yeux, la nuit s'est éclairée d'une teinte dorée limpide.
Je me suis arrêté dans une clairière isolée, entourée d'immenses arbres anciens.
« Bon... Voyons ce que ce corps a vraiment dans le ventre.»
J'ai tendu la paume de ma main vers un rocher de la taille d'une voiture. J'ai fermé les yeux et j'ai commencé à puiser dans cet océan de magie.
L'effet a été immédiat et terrifiant.
L'air autour de moi est devenu lourd, presque suffocant. Le vent s'est levé en rafales violentes, faisant gémir les arbres. Une aura violette et dorée s'est mise à irradier de ma peau, tellement dense qu'elle crépitait comme des éclairs. La terre sous mes pieds a commencé à se fissurer sous la pression.
C'est quoi cette puissance absurde ?! pensai-je, les yeux écarquillés.
Si je relâchais ne serait-ce que 10 % de cette énergie, non seulement le rocher pulvérisé n'existerait plus, mais la forêt entière et le village de ma tante feraient un aller simple pour l'espace.
Pris de panique face à cette force destructrice, j'ai immédiatement refermé le robinet et ravalé le mana au plus profond de moi. Le calme est revenu d'un coup, ne laissant que le bruit du vent dans les feuilles et mes halètements.
Mon cœur battait la chamade.
« D'accord... Je ne possède pas juste un bon niveau de magie. Je suis une véritable bombe atomique sur pattes. Si je veux survivre dans ce monde sans me faire repérer par des monstres ou des mages puissants, je dois apprendre la compression et la dissimulation.»
Pendant les heures qui ont suivi, sous la lueur de la lune, je me suis entraîné sans relâche. Non pas à lancer des sorts destructeurs, mais à dompter cette monstrueuse quantité de mana : l'affiner, la condenser, la rendre invisible aux yeux du monde.
À la fin de la nuit, j'étais capable de dissimuler totalement ma présence, ressemblant à un parfait figurant inoffensif, tout en gardant une puissance de frappe colossale prête à être libérée en une fraction de seconde.
Riant doucement dans l'ombre de la forêt, je me suis murmuré à moi-même :
« Tante Martha peut bien continuer à me crier dessus... Le monde n'a aucune idée du monstre qui dort dans ce corps.»