Chapitre 2
Le passage vers l'au-delà ressemblait à un grand vide luminescent.
Quand j'ai ouvert les yeux, de la bave coulait sur le côté de mon visage. Je l'ai essuyée d'un revers de manche machinal en jetant un coup d'œil autour de moi. L'endroit ressemblait à une sorte de ciel infini, drapé de nuages cotonneux et de reflets dorés.
Bon. Clairement, j'étais mort. Mais où diable avais-je bien pu atterrir ?
Je venais tout juste de me relever quand un coup de pied magistral m'a frappé en plein fouet dans le dos.
— Argh !
Je me suis étalé de tout mon long, le nez dans le sol vaporeux. Une voix féminine, d'une douceur envoûtante mais pleine de sarcasme, a résonné au-dessus de moi :
« Je ne rêve pas... Tu es vraiment mort juste pour sauver ton ordi ? »
Gémissant de douleur, je me suis redressé en me massant le bas du dos. En levant les yeux, le souffle m'a manqué. Face à moi se tenait une femme d'une beauté irréelle. Elle possédait d'immenses ailes d'ange immaculées et de longs cheveux bouclés qui descendaient jusqu'au bas de sa taille, brillant du même éclat sacré que ses plumes. Mais contrairement à ses ailes d'un blanc pur, ses yeux affichaient une teinte jaune d'or perçante, presque prédatrice.
« En quoi ça vous concerne ?, Ah, et où se trouve mon ordi ? »
L'ange a poussé un long soupir d'exaspération avant de claquer des doigts.
Aussitôt, une image holographique est apparue dans l'air. J'y ai vu mon propre corps calciné, transporté sur un brancard par les pompiers. Je me suis plaqué une main sur la bouche, pris d'un haut-le-cœur viscéral face à l'état de ma dépouille. Même dans cet état effroyable, mes bras calcinés serraient encore frénétiquement l'appareil fondu.
« Pourquoi mon ordi n'est pas ici ?! Il est mort lui aussi, non ?! »
« Mais tu es un humain débile ou quoi ?! Tu es MORT et tout ce qui t'importe, c'est ton matériel informatique ?! J'ai d'autres choses à faire, moi ! »
« Alors pourquoi vous donner la peine de m'amener ici ? J'étais très bien là-bas ! »
« Quel humain stupide... »
Elle m'a tourné le dos en massant ses tempes, l'air profondément dépassée.
« En vrai, tu n'étais même pas censé mourir ce soir. Si tu avais été un minimum conscient du danger, tu aurais pu sauter par la fenêtre de ta chambre ! Il y avait un matelas moelleux juste en bas qui aurait amorti ta chute ! »
« Et laisser mon ordi brûler ? Jamais ! »
« Bon, j'en ai marre ! »
« Comme je suis gentille, je vais te réincarner. »
À ces mots, mes yeux se sont mis à briller d'un coup.
« Dans le corps de mon ordi ? »
de la bave aux lèvres à la simple idée.
« Non, idiot ! Dans un autre monde ! »
« Non ! Je veux me réincarner en ordinateur, moi ! »
« Ce n'est pas toi l'ange ici, c'est moi qui décide ! »
Un sourire mesquin a étiré ses lèvres parfaites. Elle a levé la main, prête à claquer des doigts une seconde fois.
« Puisque tu aimes tant ton ordi... je vais te réincarner. Mais à ma manière. »
« Quoi !!! Mais attends… ! »
La réalité s'est fracturée sous mes pieds. La dernière chose que j'ai aperçue avant d'être aspiré par le vide, c'est le visage radieux de l'ange qui me saluait avec un air sadique. Quelle diablesse...
L'odeur d'eau croupie et de terre mouillée m'a tiré de mon inconscience.
J'ai ouvert péniblement les yeux. Je n'étais plus dans les cieux dorés, mais étalé de tout mon long dans une flaque de boue répugnante.
En essayant de me redresser, j'ai remarqué mes bras : des membres maigres, décharnés, presque squelettiques, recouverts de crasse.
Une rage folle m'a submergé. Face contre terre dans la boue, j'ai hurlé de toutes mes forces vers le ciel :
« Satanée déesse ! Je me vengerai ! Mon ordi !!!! Ma vie d'avant !!! NOOOOOON !!!! »