Chapitre 1
Le silence retomba enfin dans la pièce, troublé uniquement par le ronronnement sourd du ventilateur de son ordinateur.
Il laissa échapper un long soupir de soulagement. C’était fait. La dernière ligne était tapée, le dernier chapitre mis en ligne. Épuisé mais le cœur léger, il se laissa tomber en arrière sur son lit, le téléphone en main, rafraîchissant machinalement la page des commentaires.
« Mais pourquoi Stéphane n'a pas fini avec l'elfe ?!? C'est un crime ! »
Il resta bloqué un instant sur l'écran avant d'exploser d'un rire sincère. Le public ne comprenait jamais la tragédie artistique. Reposant son téléphone sur la table de nuit, les paupières lourdes après tant d'heures de travail acharné, il ferma les yeux et glissa rapidement vers le sommeil.
Un.
Deux.
Trois.
« AHHHHHHHHHHH !!! »
Un hurlement de pure détresse déchira la nuit. Il se réveilla en sursaut, étouffé par une odeur âcre et une chaleur insoutenable. Autour de lui, le monde brûlait. Des flammes écarlates léchaient déjà les murs de sa chambre, mais ses yeux ne se posèrent que sur un seul point : son ordinateur portable, posé sur le bureau, dévoré par le feu.
« Non ! Tout sauf mon ordi !! »
Sans une seconde d'hésitation, mû par un instinct aveugle, il se jeta au milieu du brasier. Il ne sentait même pas sa peau grésiller, ni la douleur cuisante qui lui dévorait les chairs. Sa seule obsession était là, piégée dans la fonte et le plastique chauffés à blanc.
Au même moment, dans le couloir, les cris d'alerte des voisins résonnaient. Alerté par le vacarme, un homme au physique imposant enfonça la porte d'entrée. Suivi de deux autres résidents, il tenta de contenir l'incendie avec des extincteurs de fortune, tandis que des femmes hurlaient dans la cage d'escalier en appelant désespérément les pompiers.
Une fumée noire et dense s'échappait de la chambre à coucher. L'homme trapu donna un coup de pied magistral dans la porte pour l'ouvrir. Face au mur de feu, ils arrosèrent la pièce jusqu'à étouffer les dernières étincelles.
Mais lorsque le nuage de cendres se dissipa, le silence qui suivit fut glacial.
Devant eux, une scène d'horreur absolue : étendu sur le sol carbonisé, le jeune homme tenait fermement contre sa poitrine les restes fondus de son ordinateur. Sa peau n'était plus qu'une masse rouge et calcinée par endroits, ses muscles mis à nu. Ses yeux, exorbités et fixes, contemplaient le vide... mais ses lèvres, dans un dernier spasme effroyable, dessinaient encore un sourire de satisfaction.
« Je... Je crois qu'il est mort, » murmura l'un des voisins, la voix tremblante de terreur.