Chapitre 8
Le soleil baignait le village d'une lumière dorée.
Le Chevalier Sans Nom avançait lentement dans la rue principale, tenant les rênes de son vieux cheval. Les habitants lui jetaient des regards curieux, mais aucun n'osait l'approcher. Son armure cabossée, son casque sombre et son immense épée inspiraient autant le respect que la crainte.
Il s'arrêta devant un abreuvoir en pierre.
Son cheval s'y pencha aussitôt pour boire.
Le chevalier caressa doucement son encolure.
— Bois autant que tu le souhaites.
L'animal semblait reprendre un peu de force, mais son souffle demeurait irrégulier.
Le chevalier savait que ce repos ne suffirait pas.
Son fidèle compagnon arrivait au terme de son voyage.
Pendant ce temps...
À l'extérieur du village.
Tim refermait lentement l'enclos des moutons.
Les animaux paissaient tranquillement.
Le jeune berger essuyait la sueur de son front lorsqu'une voix moqueuse retentit derrière lui.
— Alors, Tim...
Le garçon se retourna.
Les trois jeunes hommes s'approchaient en ricanant.
Le plus grand jouait avec un petit couteau.
Le deuxième tenait une branche sur son épaule.
Le troisième affichait un sourire narquois.
Tim serra discrètement son bâton de berger.
— Qu'est-ce que vous voulez ?
Le premier éclata de rire.
— Regarde-le !
— Il essaie encore de jouer les courageux !
Les trois rirent ensemble.
Le second s'avança jusqu'à la clôture.
— Alors ? Tu gardes toujours tes moutons ?
— Tu comptes devenir le héros des brebis ?
Ils éclatèrent une nouvelle fois de rire.
Tim baissa les yeux sans répondre.
Il avait appris qu'il valait mieux garder le silence.
Mais cela ne faisait qu'amuser davantage les trois garçons.
Le troisième donna un coup de pied dans la clôture.
Les moutons s'agitèrent aussitôt.
— Hé ! protesta Tim.
Le premier lui arracha son bâton des mains.
— Tu vas faire quoi ?
Il le fit tourner entre ses doigts avant de le jeter plusieurs mètres plus loin.
Tim courut aussitôt le récupérer.
À peine s'était-il baissé qu'un violent coup dans son dos le fit tomber à genoux.
Les trois jeunes éclatèrent de rire.
— Toujours aussi faible.
— Tu n'as même pas de père pour te défendre.
— Ni de mère.
Le sourire de Tim disparut complètement.
Ces paroles lui faisaient toujours mal.
Le premier continua.
— Et ta grand-mère ?
Il fit semblant de regarder autour de lui.
— Ah oui...
Sa voix devint moqueuse.
— Elle est morte.
Les trois éclatèrent de rire.
Tim serra les dents.
Ses mains tremblaient.
Il voulait répondre.
Il voulait se battre.
Mais il savait qu'il perdrait.
Comme à chaque fois.
Le deuxième jeune homme attrapa alors un petit seau rempli de nourriture destinée aux moutons.
— Regardez !
Il renversa tout par terre.
Les moutons s'approchèrent aussitôt pour manger.
Les trois garçons riaient toujours.
Puis le premier donna un nouveau coup de pied dans Tim, qui tomba cette fois dans la poussière.
Le jeune berger resta au sol.
Les yeux fermés.
En silence.
Il ne voulait pas leur montrer ses larmes.
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Au même moment...
Le Chevalier Sans Nom parcourait tranquillement les rues du village.
Les étals du marché débordaient de fruits, de légumes et de pains tout juste sortis du four.
Des enfants jouaient sur la place centrale en riant.
Des artisans discutaient devant leurs boutiques tandis que plusieurs habitants échangeaient des salutations chaleureuses.
Le chevalier observait ce spectacle en silence.
Depuis des années, il n'avait connu que les champs de bataille, les ordres et le sang.
Voir des gens vivre paisiblement lui semblait presque irréel.
Son regard s'arrêta devant un boucher.
Une grande marmite de ragoût fumait doucement, répandant une odeur appétissante.
À côté, des pains encore chauds étaient soigneusement alignés.
Son estomac se mit discrètement à gronder.
Le boucher lui adressa un sourire.
— Bonjour, voyageur. Tu cherches quelque chose à manger ?
Le Chevalier Sans Nom hocha lentement la tête.
— Oui.
Le boucher lui servit un généreux bol de ragoût accompagné d'un gros morceau de pain.
Le chevalier s'installa sur un vieux banc en bois, à l'ombre d'un grand arbre.
Il retira son casque.
Le vent caressa doucement ses cheveux gris blanchâtres.
Pendant quelques instants...
Il mangea en silence.
Le ragoût était chaud.
La viande était tendre.
Le pain était croustillant.
C'était un repas simple, mais il avait un goût qu'il n'avait jamais vraiment connu : celui de la paix.
Autour de lui, la vie continuait normalement.
Les rires des enfants.
Les discussions des marchands.
Le chant des oiseaux.
Pour la première fois depuis longtemps, le Chevalier Sans Nom s'autorisa simplement à profiter de cet instant.
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Pendant ce temps, à l'extérieur du village...
Tim était toujours à genoux dans la poussière.
Les trois jeunes hommes éclataient de rire.
Le premier lui donna un dernier coup de pied.
— Tu ne changeras jamais !
Le deuxième ricana.
— Tu devrais rester avec tes moutons, c'est tout ce dont tu es capable.
Le troisième cracha au sol devant lui.
— Quel minable.
Ils éclatèrent une dernière fois de rire avant de s'éloigner tranquillement en direction du village.
Leurs voix moqueuses résonnèrent encore quelques instants avant de disparaître.
Tim resta seul.
Le visage couvert de poussière, quelques égratignures sur les bras et la lèvre légèrement fendue.
Après plusieurs secondes, il se releva difficilement.
Il ramassa son bâton de berger, épousseta ses vêtements et regarda ses moutons.
Malgré la douleur, il força un faible sourire.
— Tout va bien... Ne vous inquiétez pas.
Les moutons continuèrent de brouter paisiblement.
Le vent souffla doucement sur la petite ferme.
Une nouvelle fois...
Tim avait tout enduré seul.