Chapitre 7
Le soleil s'élevait lentement dans le ciel tandis que le Chevalier Sans Nom poursuivait son voyage.
Le vieux chariot avançait péniblement sur la route de terre.
Malgré les réparations de Tim, chaque cahot faisait grincer le bois.
Le cheval noir respirait de plus en plus difficilement.
Ses pas étaient lourds.
Lents.
Le Chevalier posa une main sur son encolure.
— Tu as bien travaillé...
L'animal poussa un faible hennissement.
Le chevalier le savait.
Son fidèle compagnon n'avait plus beaucoup de temps devant lui.
Pendant des années, ce cheval avait traversé les champs de bataille à ses côtés.
Il avait supporté les tempêtes, la faim et la guerre.
Aujourd'hui, il vieillissait.
Et aucun homme ne pouvait arrêter le temps.
Le Chevalier Sans Nom continua néanmoins sa route.
Quelques heures plus tard, une silhouette apparut au loin.
Une grande arche en pierre.
L'entrée d'un village.
Il s'agissait certainement du village dont Tim lui avait parlé.
Au même moment, trois jeunes hommes sortirent du village.
Ils devaient avoir une vingtaine d'années.
Leurs vêtements étaient négligés et leurs sourires arrogants inspiraient immédiatement la méfiance.
L'un d'eux faisait tournoyer un couteau entre ses doigts.
Un autre mâchait une tige de blé.
Le troisième riait bruyamment.
Ils s'arrêtèrent lorsqu'ils aperçurent le Chevalier Sans Nom.
L'immense silhouette en armure avançait lentement, tenant les rênes de son cheval.
Son casque cachait entièrement son visage.
Son épée noire pendait à sa ceinture.
Aucun mot.
Aucun geste.
Le chevalier continua simplement sa route.
Lorsqu'il arriva à leur hauteur, il ne leur accorda même pas un regard.
Pourtant...
Les trois jeunes sentirent un frisson leur parcourir l'échine.
Le silence du chevalier était plus effrayant que n'importe quelle menace.
Le premier avala difficilement sa salive.
— T-tu l'as vu... ?
Le second recula instinctivement.
— J-je...
Le troisième sentit ses jambes trembler.
Pendant une seconde, ils eurent tous l'impression que la mort venait de passer devant eux.
Le Chevalier Sans Nom poursuivit son chemin.
Sans ralentir.
Sans même tourner la tête.
Les trois jeunes restèrent immobiles jusqu'à ce qu'il disparaisse derrière eux.
Puis...
— C-Courons !
Ils partirent en courant, disparaissant au loin.
Le chevalier ne remarqua même pas leur fuite.
Arrivé devant l'entrée du village, il s'arrêta.
Il regarda son cheval.
L'animal respirait difficilement.
Il caressa doucement son encolure.
— Repose-toi lorsque le moment viendra.
Il descendit du chariot.
Désormais, il marcherait à pied.
Tenant les rênes dans une main, il entra lentement dans le village.
Dès les premiers pas, il remarqua quelque chose d'étrange.
Contrairement au royaume qu'il avait quitté...
Ici...
La vie existait.
Des enfants couraient dans les rues.
Des marchands interpellaient les passants.
Les étals débordaient de fruits, de légumes, de poissons et de pains fraîchement cuits.
Une délicieuse odeur de viande grillée flottait dans l'air.
Les habitants riaient.
Discutaient.
S'entraidaient.
Personne ne semblait vivre dans la peur.
Le Chevalier Sans Nom observait tout cela en silence.
Il avait oublié qu'un village pouvait être aussi vivant.
Un petit garçon passa en courant devant lui en riant.
Une vieille femme lui sourit poliment avant de poursuivre son chemin.
Le chevalier continua d'avancer.
Le contraste avec son ancien royaume était saisissant.
Pendant ce temps...
À quelques rues de là...
Les trois jeunes hommes s'étaient arrêtés près d'une fontaine.
Ils reprenaient leur souffle.
— Vous avez vu ce type ? demanda le premier.
— On aurait dit un mort qui marche..., répondit le second.
Le troisième éclata de rire.
— Avec son armure toute rouillée, il avait vraiment l'air lugubre !
Le premier ricana.
— Je me demande s'il est seulement humain !
Les trois éclatèrent de rire.
Leur peur avait déjà disparu.
Ils reprenaient leur arrogance habituelle.
L'un d'eux regarda soudain vers l'extérieur du village.
Au loin...
Une petite ferme entourée d'un enclos rempli de moutons.
Un sourire moqueur apparut sur son visage.
— Regardez...
Le petit berger est encore en train de travailler.
Les deux autres tournèrent la tête.
Tim s'occupait tranquillement de ses moutons.
Il réparait une clôture en bois tout en sifflotant doucement.
Le deuxième jeune homme éclata de rire.
— Vous croyez qu'il va encore se prendre pour un héros ?
Le troisième croisa les bras.
— Comme la dernière fois ?
— Exactement !
Tous les trois rirent de bon cœur.
— Ce pauvre Tim croit toujours qu'il peut tenir tête aux autres.
— Avec son bâton ridicule !
— Il ferait mieux de rester avec ses moutons !
Leurs éclats de rire résonnèrent jusqu'à la ferme.
Tim leva lentement la tête.
Il aperçut aussitôt les trois jeunes hommes.
Son sourire disparut.
Son corps se raidit.
Ses mains serrèrent instinctivement le manche de son bâton de berger.
Son cœur accéléra.
Il connaissait trop bien ces visages.
Depuis des années...
Ils ne cessaient de le provoquer, de l'humilier et de profiter de sa gentillesse.
Les trois harceleurs commencèrent à s'approcher lentement de la ferme, leurs sourires moqueurs s'élargissant à chaque pas.
Tim inspira profondément.
Cette fois encore...
Il allait devoir leur faire face, seul.
Sans savoir que, quelque part dans le village, un chevalier silencieux continuait d'avancer, ignorant encore que son chemin allait bientôt recroiser celui du jeune berger qui lui avait offert, pour la première fois depuis des années, un repas et un peu de chaleur humaine.