Chapitre 34
Le tunnel souterrain était redevenu silencieux.
Un silence si profond qu'il semblait étouffer le moindre souffle.
Le Chevalier Sans Nom demeurait immobile.
Son regard restait fixé devant lui.
À ses côtés, Aveline leva lentement sa lanterne.
La faible lumière vacilla.
Puis...
Un grondement sourd retentit.
Comme une respiration monstrueuse.
Aveline sentit son cœur manquer un battement.
Le bruit venait de tout près.
Très près.
Le Chevalier ne bougea pas.
Sa main se posa lentement sur la garde de l'Épée des Justes, toujours entièrement enveloppée dans son épais tissu.
Soudain...
Un énorme bruit de pierre résonna.
**CRAAAK...**
Une immense main griffue surgit de l'obscurité.
Ses longues griffes noires s'enfoncèrent dans les parois du tunnel.
La pierre se fissura sous leur pression.
Puis...
Une deuxième main apparut.
Elle s'agrippa elle aussi aux murs.
Encore une.
Puis une quatrième.
Comme si la créature rampait en utilisant toute la largeur du passage.
À chaque mouvement...
Les griffes raclaient la roche.
**SCRRRAAAK...**
Une odeur infecte envahit soudain le tunnel.
Une odeur de chair en décomposition.
De sang séché.
Et de moisissure.
Aveline pâlit.
Elle porta immédiatement une main devant son nez et sa bouche.
Ses yeux s'embuèrent.
Elle lutta de toutes ses forces pour ne pas vomir.
— C'est...
Quelle horreur...
murmura-t-elle d'une voix tremblante.
Le Chevalier, lui, ne quittait pas l'obscurité des yeux.
La créature continua d'avancer.
Très lentement.
Son immense tête finit par émerger de l'ombre.
Aveline sentit ses jambes vaciller.
La créature possédait un visage presque humain...
Mais totalement déformé.
Sa peau grisâtre semblait avoir été cousue de multiples morceaux différents.
Sa bouche s'ouvrait beaucoup trop largement.
Des centaines de dents irrégulières s'y entassaient.
Ses yeux étaient entièrement noirs.
Sans la moindre pupille.
De longues cornes brisées dépassaient de son crâne.
Et plusieurs bras semblaient pousser dans son dos, comme si différents corps avaient été fusionnés en un seul.
La créature inclina lentement la tête.
Son regard resta fixé sur le Chevalier.
Puis...
Elle parla.
Sa voix semblait provenir de dizaines de gorges différentes.
— Je sens...
Une âme...
Un silence.
Puis elle répéta exactement les mêmes mots.
— Je sens...
Une âme...
Nyxar...
Elle s'immobilisa.
Sa tête tremblait légèrement.
Puis encore...
— Je sens...
Une âme...
Nyxar...
Aveline recula instinctivement d'un pas.
— Il...
Il parle...
La créature ne semblait pourtant pas les regarder.
Comme si elle suivait une odeur.
Ou un souvenir.
Elle répéta encore.
Toujours de la même manière.
— Je sens une âme...
Nyxar...
Le Chevalier fronça légèrement les sourcils.
C'était la deuxième fois qu'il entendait ce nom.
Nyxar...
Ce nom revenait sans cesse.
Comme une ombre du passé refusant de disparaître.
La créature fit encore un pas.
Le tunnel trembla sous son poids.
Elle tendit lentement une immense main griffue en direction du Chevalier.
— Nyxar...
Où...
Es-tu...
Le Chevalier ne répondit pas.
Il resta parfaitement immobile.
Puis...
Il parla d'une voix calme.
— Je ne suis pas Nyxar.
La créature s'arrêta.
Son immense tête pencha légèrement sur le côté.
Comme si elle réfléchissait.
Puis un cri atroce déchira le tunnel.
Un hurlement si puissant que la poussière tomba du plafond.
Aveline se boucha aussitôt les oreilles.
La lanterne faillit lui échapper des mains.
Les murs vibrèrent.
Des morceaux de roche s'effondrèrent tout autour d'eux.
Pourtant...
Le Chevalier ne recula pas d'un seul pas.
Son regard demeurait aussi froid qu'à l'habitude.
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Pendant ce temps...
Au palais impérial d'Erevhal...
Eryndra ouvrit brusquement les yeux.
Elle inspira violemment.
Son cœur battait à toute vitesse.
Pendant quelques instants...
Elle resta allongée, incapable de comprendre où elle se trouvait.
Puis les souvenirs revinrent.
Le bureau.
Le baron Veyn.
Le sang.
Son évanouissement.
Elle se redressa difficilement.
Sa tête tournait encore.
À cet instant...
La porte de sa chambre s'ouvrit.
Sa dame de compagnie entra.
Elle observa brièvement l'Impératrice.
Puis poussa un profond soupir.
— Enfin... Ce n'est pas trop tôt.
En la regardant de manière arrogante.
—— Je pensais que vous étiez morte.
Sa voix était froide.
Dépourvue de toute compassion.
Sans attendre la moindre réponse...
Elle tourna les talons.
La porte claqua violemment derrière elle.
Le silence retomba.
Eryndra resta immobile.
Elle regarda lentement autour d'elle.
La chambre était vide.
Aucun serviteur.
Aucun garde.
Aucun médecin.
Même la table destinée aux repas était vide.
Personne ne s'était soucié d'elle pendant son inconscience.
Ses mains tremblaient.
Elle les serra contre elle pour tenter de calmer leur agitation.
Pour la première fois depuis longtemps...
Elle ressentait une véritable peur.
Non pas celle de mourir.
Mais celle d'être complètement abandonnée.
Son regard se tourna vers la fenêtre.
Les nuages noirs continuaient de couvrir le ciel de l'Empire.
Elle murmura d'une voix presque inaudible :
— Combien de temps encore...
Pourrai-je tenir seule... ?
Le vent fit doucement battre les rideaux.
Mais personne ne lui répondit.