Chapitre 33
Les profondeurs du monde demeuraient plongées dans une obscurité absolue.
Le Chevalier Sans Nom et Aveline poursuivaient leur progression à travers les antiques galeries.
Le silence n'était troublé que par le bruit de leurs pas.
Puis...
Un nouveau son résonna.
Un frottement.
Lointain.
Très lointain.
Le Chevalier s'arrêta quelques instants.
Le bruit cessa.
Aveline leva sa lanterne.
— Vous avez entendu... ?
Aucune réponse.
Ils reprirent leur marche.
Quelques instants plus tard...
Le bruit recommença.
Cette fois...
Il était plus rapide.
Comme si quelque chose courait à travers les tunnels.
Le grondement rebondissait contre les parois, rendant impossible de savoir de quelle direction il provenait.
Dans les profondeurs...
Deux yeux rouge écarlate s'ouvrirent davantage.
Une silhouette gigantesque avançait désormais.
À chacun de ses pas, les anciennes pierres vibraient.
Les chaînes qui retenaient autrefois cette mystérieuse créature tintaient encore derrière elle, certaines traînant sur le sol comme les vestiges d'une prison oubliée.
Sa respiration était lente.
Calme.
Pourtant...
Sa vitesse augmentait.
— Cette âme...
murmura la créature.
— Cette présence...
Elle me rappelle quelqu'un...
Son immense silhouette disparut de nouveau dans les ténèbres.
Quelques secondes plus tard...
Une légère secousse parcourut tout le tunnel.
Des morceaux de pierre tombèrent du plafond.
La lanterne d'Aveline vacilla.
Elle porta instinctivement une main contre le mur.
— Qu'est-ce que...
Une deuxième secousse.
Plus forte.
Le Chevalier s'immobilisa brusquement.
Il leva une main devant Aveline, lui indiquant de ne plus avancer.
Sans quitter l'obscurité des yeux, il déclara d'une voix calme :
— Quelque chose vient vers nous.
Aveline sentit son sang se glacer.
Le grondement se rapprochait.
Toujours plus vite.
Toujours plus fort.
Elle essaya de distinguer quelque chose au bout du tunnel.
Mais il n'y avait que les ténèbres.
Une goutte de sueur glissa le long de sa joue.
Ses mains tremblaient malgré tous ses efforts.
— À... à quelle distance... ?
Le Chevalier ne répondit pas immédiatement.
Il posa simplement sa main sur la garde de l'Épée des Justes, toujours enveloppée dans son épais tissu.
— Très proche.
Le silence retomba.
Puis...
Le bruit s'arrêta.
Comme si la créature venait, elle aussi, de s'immobiliser.
Les deux camps semblaient désormais s'observer à travers l'obscurité.
Pendant ce temps...
À plusieurs centaines de kilomètres de là...
Sur l'ancienne route commerciale.
Quelques instants avant le massacre...
Nymera venait de se réveiller en sursaut.
Le vieux marchand se tenait beaucoup trop près d'elle.
Son acolyte riait derrière lui.
Nymera recula immédiatement.
Elle reboutonna rapidement le haut de sa robe.
Ses yeux reflétaient autant la colère que le dégoût.
Le marchand leva lentement les mains.
— Calmez-vous...
Nous voulions simplement...
Avant qu'il ne puisse terminer sa phrase...
Une étrange brume violette apparut entre les arbres.
Elle glissait lentement sur le sol.
En quelques secondes...
Toute la route fut engloutie.
Le sourire de Nymera disparut.
Son visage pâlit.
— Cette brume...
Elle recula instinctivement.
— Impossible...
Je connais cette magie...
Le marchand et son compagnon cessèrent soudain de bouger.
Leurs regards devinrent complètement vides.
Ils demeuraient debout, immobiles, comme des marionnettes.
Nymera serra son bâton orné de sa pierre bleue.
Sa voix tremblait légèrement.
— Montre-toi...
Une silhouette féminine apparut lentement derrière elle.
Une robe noire épousait élégamment sa silhouette.
De longs cheveux violets descendaient jusqu'à sa taille.
Deux cornes noires ornaient son front.
Ses yeux, d'un pourpre profond, brillaient d'une lueur inquiétante.
Une paire d'ailes démoniaques se déploya lentement dans la brume.
Un rire doux et moqueur résonna.
— Fufufu...
Cela faisait si longtemps...
Nymera se retourna brusquement.
Ses yeux s'écarquillèrent.
— Sors de l'ombre...
Reine des Succubes.
La femme inclina légèrement la tête.
Son sourire s'élargit.
— Tu m'as reconnue immédiatement.
Nymera serra les dents.
— Cécelia...
Comment...
Comment es-tu sortie ?
Je t'avais emprisonnée pour l'éternité !
La Reine des Succubes éclata d'un rire amusé.
— L'éternité...
Quel mot prétentieux.
Elle tendit lentement la main vers le marchand.
Celui-ci ne réagit même pas.
Une étrange fumée blanche s'échappa de son corps.
C'était son âme.
Elle fut aspirée sans la moindre résistance.
Le vieil homme s'effondra aussitôt.
Sans vie.
L'acolyte subit exactement le même sort quelques secondes plus tard.
Leurs corps tombèrent lourdement sur le sol.
Cécelia ferma les yeux avec satisfaction.
— Voilà longtemps que je n'avais pas goûté une âme humaine...
Elle ouvrit de nouveau les yeux.
Son regard se posa sur Nymera.
— Quant à toi...
Je ne peux pas encore te tuer.
Elle leva doucement un doigt.
Un cercle magique violet apparut instantanément sous les pieds de Nymera.
Avant que celle-ci ne puisse réagir...
Une lumière sombre l'enveloppa.
Nymera sentit une douleur fulgurante traverser tout son corps.
Elle tomba à genoux.
— Qu'as-tu... fait... ?
Cécelia sourit.
— Un simple cadeau.
Une malédiction.
Nous nous reverrons bientôt.
Son corps commença lentement à disparaître dans la brume.
Avant de s'évanouir complètement, elle murmura :
— Le monde va bientôt changer...
Et cette fois...
Personne ne pourra l'arrêter.
La brume violette se dissipa progressivement.
Le silence revint.
Nymera resta immobile quelques secondes.
Puis, rassemblant les dernières forces qui lui restaient, elle saisit son bâton.
Elle jeta un dernier regard aux deux cadavres.
— Je dois partir...
Elle s'enfonça rapidement dans la forêt.
Quelques instants plus tard...
Il ne restait plus que les deux corps sans vie sur la route.
Et le vent...
Qui effaçait lentement les dernières traces de la brume.