Chapitre 35
Le vent soufflait doucement sur les ruines d'Ylanor.
Les murailles effondrées dominaient encore les terres dévastées.
Les maisons calcinées n'étaient plus que des silhouettes noircies.
Le royaume autrefois prospère n'était désormais qu'un immense cimetière.
Rashan se tenait au sommet d'une colline.
Son cheval attendait patiemment derrière lui.
À ses pieds reposait son sac de voyage.
Ses recherches étaient terminées.
Il avait fouillé les ruines pendant plusieurs jours.
Interrogé les rares survivants.
Inspecté le château.
Enterré le roi Aldren et la princesse Eliane avec les honneurs qui leur étaient dus.
Pourtant...
Il repartait avec davantage de questions que de réponses.
Il monta lentement en selle.
Avant de partir, il tourna une dernière fois son regard vers l'ancienne capitale.
Les rayons du soleil traversaient les nuages et illuminaient un instant les ruines.
Rashan baissa légèrement la tête.
— Adieu...
murmura-t-il.
— Puisse ton peuple retrouver un jour un foyer.
Le vent emporta ses paroles.
Il donna un léger coup de rênes.
Son cheval se mit au pas.
Sans bruit.
Sans cérémonie.
L'émissaire impérial quitta discrètement le royaume disparu.
Peu à peu...
Les ruines d'Ylanor disparurent derrière les collines.
Un chapitre de l'histoire venait de s'achever.
Mais Rashan savait que cette tragédie ne faisait probablement que marquer le commencement d'un bouleversement bien plus vaste.
---
Pendant ce temps...
À plusieurs jours de marche de là...
Nymera avançait péniblement dans une forêt silencieuse.
Ses vêtements étaient couverts de poussière.
Ses longs cheveux rouges étaient en désordre.
Son souffle devenait de plus en plus irrégulier.
Depuis sa fuite face à Cécelia...
Elle n'avait presque pas trouvé le temps de se reposer.
Finalement...
Elle atteignit un immense chêne.
Elle s'adossa contre son tronc.
Puis glissa lentement jusqu'au sol.
Elle ferma les yeux quelques instants.
— Enfin...
Un peu de repos...
Le chant des oiseaux semblait presque rassurant.
Mais ce calme ne dura pas.
Une étrange sensation parcourut soudain tout son corps.
Comme une brûlure.
Nymera fronça les sourcils.
Elle posa une main contre sa poitrine.
La douleur s'intensifia.
Intriguée, elle baissa les yeux vers le haut de sa robe.
Elle écarta légèrement le tissu.
Son souffle se coupa.
Juste sous sa clavicule apparaissait un étrange symbole noir violacé.
Il ressemblait à une fleur fanée entourée de fines racines.
Le stigmate semblait battre au rythme de son cœur.
À chaque pulsation...
Une faible lueur pourpre parcourait ses contours.
Nymera resta figée.
Puis elle poussa un profond soupir.
— Bon sang...
Il a fallu que ce genre de chose m'arrive...
Elle referma doucement sa robe.
Son visage demeurait sérieux.
— Cette maudite Cécelia...
Ce sort n'était certainement pas sans conséquence.
Elle serra son bâton contre elle.
Renoncer n'était pas une option.
Elle se releva.
Malgré la fatigue.
Malgré la douleur.
Elle reprit son chemin.
Son objectif n'avait pas changé.
Retrouver Nyxar.
Et découvrir pourquoi son ancien ennemi était revenu.
---
Au même moment...
Dans l'Empire d'Erevhal...
La chambre impériale demeurait plongée dans un silence pesant.
Eryndra était assise au bord de son lit.
Depuis son réveil...
Personne n'était venu la voir.
Aucun serviteur.
Aucun ministre.
Aucune nouvelle de l'Empereur.
Elle baissa lentement les yeux.
Puis se leva.
Elle ouvrit une vieille armoire.
Au lieu de choisir l'une de ses somptueuses robes impériales...
Elle prit une robe simple de couleur grise.
Par-dessus, elle enfila une longue cape à capuche.
Devant le miroir...
Plus rien ne rappelait l'Impératrice.
Elle ressemblait désormais à une simple voyageuse.
Sans bruit...
Elle quitta sa chambre.
Les longs couloirs du palais étaient presque déserts.
Quelques gardes passèrent près d'elle sans lui accorder le moindre regard.
La capuche cachait entièrement son visage.
Elle poursuivit sa marche.
Au lieu d'emprunter les grandes salles...
Elle traversa discrètement les couloirs réservés au personnel.
Elle atteignit bientôt les cuisines.
Quelques cuisiniers s'affairaient autour des fourneaux.
L'odeur du pain chaud emplissait la pièce.
Personne ne fit attention à elle.
Au fond de la cuisine...
Une petite porte donnait sur une ruelle.
Cette sortie était uniquement utilisée par les domestiques.
Eryndra l'ouvrit lentement.
Une légère brise lui caressa le visage.
Pour la première fois depuis longtemps...
Elle quittait le palais.
Elle s'avança dans les rues de la capitale.
Autour d'elle...
La vie suivait son cours.
Des marchands installaient leurs étals.
Des enfants couraient entre les maisons.
Des artisans ouvraient leurs ateliers.
Pourtant...
Derrière cette apparente normalité...
Le déclin était visible.
Plusieurs boutiques avaient définitivement fermé.
Certaines maisons étaient abandonnées.
Des familles chargeaient leurs biens sur des charrettes.
Elles quittaient la capitale dans l'espoir de trouver une vie meilleure ailleurs.
D'autres, au contraire...
Restaient.
Par attachement.
Ou simplement parce qu'elles n'avaient nulle part où aller.
Eryndra poursuivit sa marche en silence.
Elle entendait les conversations des habitants.
Certaines parlaient de famine.
D'autres évoquaient les tensions entre les nobles.
Beaucoup craignaient l'avenir.
Après plusieurs minutes...
Elle arriva sur une petite place.
Un vieux banc de pierre faisait face au ciel dégagé.
Elle s'y assit doucement.
Ses mains reposaient sur ses genoux.
Elle leva lentement les yeux.
Les nuages dérivaient paisiblement au-dessus de la capitale.
Pendant quelques instants...
Elle oublia les intrigues politiques.
La maladie de l'Empereur.
Les insultes du Baron Veyn.
Les responsabilités qui pesaient sur ses épaules.
Elle resta simplement là.
À contempler le ciel.
En silence.
Très loin de là...
Sans le savoir...
Le destin du Chevalier Sans Nom, de Nymera, de Rashan et d'Eryndra continuait de converger.
Leurs chemins étaient encore séparés.
Mais le destin semblait déjà tisser un fil invisible entre eux.