Chapitre 32
Le vieux chemin commercial était plongé dans un silence inquiétant.
Quelques heures plus tôt, une caravane y avançait encore tranquillement.
À présent...
Le spectacle était digne d'un cauchemar.
La calèche était renversée sur le côté.
Les caisses de marchandises étaient éventrées, leur contenu dispersé dans l'herbe.
Des traces de lutte couvraient le sol.
Le vieux marchand gisait quelques mètres plus loin.
Ses yeux étaient grands ouverts.
Son visage était figé dans une expression de terreur.
Son acolyte reposait contre un arbre, sans vie lui aussi.
Aucune blessure ne semblait avoir été causée par une arme ordinaire.
Comme si une force invisible avait mis fin à leur existence.
Autour d'eux...
Le silence était absolu.
Pas un oiseau.
Pas un insecte.
Seulement le vent.
Et une seule absence attirait l'attention.
Nymera avait disparu.
Nul ne savait où elle était.
Avait-elle fui ?
Avait-elle été enlevée ?
Ou était-elle responsable de ce massacre ?
Personne ne pouvait encore répondre à cette question.
Pendant ce temps...
Sous la terre...
Le Chevalier Sans Nom poursuivait sa marche.
Sa silhouette disparaissait presque dans les ténèbres.
L'Épée des Justes demeurait attachée dans son dos, soigneusement enveloppée dans son long tissu.
Aveline avançait juste derrière lui.
Sa lanterne éclairait faiblement le tunnel.
Puis...
Un bruit.
Un léger grondement.
Comme quelque chose qui rampait au loin.
Les deux voyageurs s'arrêtèrent.
Le bruit résonna une nouvelle fois.
Plus proche.
Aveline inspira profondément.
Elle tentait de conserver son calme.
Mais une goutte de sueur glissa lentement le long de son front.
Elle serra davantage la poignée de sa lanterne.
— Cet endroit...
murmura-t-elle.
— Je n'aime vraiment pas cet endroit...
Le Chevalier, lui, demeurait parfaitement immobile.
Son regard restait fixé vers les profondeurs du tunnel.
Aucune inquiétude.
Aucune hésitation.
Son visage semblait aussi froid que la pierre.
Comme si les phénomènes étranges faisaient partie de son quotidien.
Comme s'il avait déjà affronté bien pire.
Après quelques secondes...
Il reprit simplement sa marche.
Ses pas résonnaient lentement contre les anciennes dalles.
Aveline prit une profonde inspiration.
Puis elle le suivit.
À mesure qu'ils avançaient...
Les murs devenaient plus anciens encore.
De gigantesques statues apparaissaient dans les alcôves.
Leurs visages avaient été volontairement détruits.
Comme si quelqu'un avait voulu effacer jusqu'à leur existence.
Puis...
Le bruit recommença.
Cette fois...
Un murmure semblait l'accompagner.
Impossible d'en distinguer les paroles.
Aveline sentit un frisson parcourir tout son corps.
— Vous...
Vous l'entendez aussi... ?
Le Chevalier ne répondit pas.
Mais sa main se posa lentement sur la garde de son épée.
Dans les profondeurs...
Elle ressemble davantage encore...
Un long silence.
Puis...
— Cela fait si longtemps...
Ses yeux rouge écarlate brillèrent dans l'obscurité.
Mais les chaînes sacrées refusèrent de céder.
L'entité demeura prisonnière.
Pour le moment.
Pendant ce temps...
Au palais impérial d'Erevhal...
La chambre de l'Empereur était silencieuse.
Les rideaux demeuraient tirés.
Seule la lumière des chandelles éclairait la pièce.
L'Empereur reposait toujours dans son lit.
Son souffle était faible.
À son chevet...
L'Impératrice Eryndra travaillait sans relâche.
Une montagne de rapports recouvrait son bureau.
Demandes des gouverneurs.
Rapports militaires.
Plaintes des nobles.
Elle les lisait un à un malgré la fatigue.
Depuis des semaines...
Elle dormait à peine.
Elle refusait de quitter l'Empereur.
Soudain...
La porte s'ouvrit avec fracas.
Le baron Edrik Veyn entra sans demander la permission.
Son regard était glacial.
— Cela suffit !
Sa voix résonna dans toute la pièce.
L'Impératrice leva lentement les yeux.
— Baron Veyn...
Le noble la coupa immédiatement.
— Une femme comme vous n'a pas le droit d'être ici !
Il pointa un doigt accusateur vers elle.
— Sortez immédiatement, sale étrangère !
Un silence tomba dans la pièce.
Eryndra se leva lentement.
Ses mains tremblaient légèrement.
Puis...
Elle frappa la table de la paume.
Le bruit fit sursauter les serviteurs.
Son regard se durcit.
— Je ne vous permets pas de me traiter de cette façon.
Sa voix était ferme.
— Je mérite au moins le respect, Baron Veyn.
Le baron éclata d'un rire méprisant.
— Du respect ?
Il s'approcha.
— Je ne vous reconnais même pas comme Impératrice.
Son regard devint encore plus froid.
— Et croyez-moi...
Une grande partie de l'Empire pense exactement comme moi.
Il détourna les yeux avec dégoût.
— Cessez donc de croire que tout le monde vous admire.
Puis il lança d'une voix glaciale :
— Allez mourir loin d'ici.
Sans attendre de réponse...
Il fit demi-tour.
La porte claqua violemment derrière lui.
Le silence retomba.
Les serviteurs baissèrent la tête.
Personne n'osa prononcer un mot.
Eryndra demeurait immobile.
Ses mains tremblaient.
Ses yeux s'embuèrent lentement.
Elle tenta de reprendre son souffle.
Puis...
Une goutte rouge tomba sur les documents.
Du sang.
Son nez venait de se mettre à saigner.
Elle porta instinctivement une main à son visage.
Sa vision devint floue.
Les piles de dossiers semblaient tourner autour d'elle.
Ses jambes cédèrent.
Les serviteurs poussèrent un cri.
— Votre Majesté !
Eryndra s'effondra lourdement sur le sol.
Son corps demeura immobile.
Dans le lit voisin...
L'Empereur ne bougea toujours pas.
Comme si le destin de l'Empire reposait désormais sur un fil prêt à se rompre.