Chapitre 31
Un silence pesant enveloppait l'immense cité souterraine.
La salle circulaire demeurait immobile.
Les centaines de portes de pierre semblaient observer les deux voyageurs, tandis que la faible lumière de la lanterne d'Aveline projetait d'étranges ombres sur les anciennes gravures.
Puis...
Une légère secousse.
Les colonnes vibrèrent.
Quelques grains de poussière tombèrent du plafond.
Aveline sursauta.
— Qu'est-ce que... ?
Elle leva instinctivement la lanterne.
Le Chevalier Sans Nom posa immédiatement une main sur la garde de l'Épée des Justes.
La secousse ne dura qu'un instant.
Puis le silence revint.
Un silence encore plus lourd qu'auparavant.
Au plus profond des ténèbres...
Là où aucune lumière n'était parvenue depuis des siècles...
Quelque chose ouvrit lentement les yeux.
Une immense silhouette demeurait enchaînée au cœur d'une salle oubliée.
D'épais liens de pierre gravés d'antiques sceaux retenaient encore son corps.
Sa respiration résonnait comme un vent ancien.
Puis une voix grave, presque irréelle, traversa les profondeurs.
— Je sens... une âme...
Un long silence suivit.
Comme si cette présence fouillait un souvenir enfoui depuis des siècles.
Puis elle murmura de nouveau :
— Cela... me rappelle quelqu'un...
La voix disparut.
Mais les chaînes vibrèrent faiblement.
Dans la salle circulaire...
Aveline frissonna.
Elle avait eu l'impression d'entendre une voix.
Ou peut-être était-ce simplement son imagination.
— Vous avez... entendu quelque chose ?
Le Chevalier resta silencieux.
Son regard balayait lentement les centaines de portes.
Quelque chose vivait ici.
Il en était désormais certain.
Mais cette présence n'avait montré aucune hostilité.
Pas encore.
Après quelques instants, il s'avança.
Aveline le suivit sans discuter.
Ils examinèrent plusieurs portes.
Toutes étaient fermées.
Certaines portaient des symboles représentant des royaumes oubliés.
D'autres montraient des créatures inconnues.
L'une d'elles représentait une immense silhouette entourée de chaînes.
Aveline s'arrêta devant cette gravure.
— Qui pouvait bien construire un endroit pareil... ?
Le Chevalier ne répondit pas.
Ils continuèrent leur progression à travers un nouveau couloir.
Le tunnel descendait toujours plus profondément.
L'air devenait plus froid.
Plus lourd.
Pourtant...
Aucune sortie n'était visible.
Ils n'avaient d'autre choix que d'avancer.
Pendant ce temps...
Au royaume détruit d'Ylanor...
Le soleil commençait à disparaître derrière les ruines.
Rashan rentrait lentement dans la petite cabane où il avait installé un refuge provisoire.
Son manteau était couvert de poussière.
Il posa sa sacoche sur la vieille table.
La fatigue marquait son visage.
À cet instant...
On frappa doucement à la porte.
— Entrez.
La porte s'ouvrit.
Une femme d'une cinquantaine d'années entra avec un léger sourire.
Elle portait un simple panier en osier.
Ses vêtements étaient usés par les années.
Malgré tout, son regard respirait la bonté.
— Monsieur Rashan...
Le repas est prêt.
Rashan inclina légèrement la tête.
— Merci.
La femme posa une marmite fumante sur la table.
L'odeur d'une simple soupe aux légumes remplit la pièce.
Elle sourit timidement.
— Je n'ai pas grand-chose à offrir...
Mais vous avez aidé les survivants.
Vous avez enterré nos morts.
Vous nous avez traités avec respect.
Sa voix trembla légèrement.
— Cela faisait longtemps que personne ne s'était soucié de nous.
Rashan demeura silencieux quelques instants.
Puis il répondit calmement :
— J'ai simplement fait ce qui était juste.
La femme baissa les yeux.
— Peu de gens pensent encore ainsi...
Avant de quitter la cabane, elle ajouta :
— Reposez-vous un peu.
Vous portez déjà un trop lourd fardeau.
Puis elle referma doucement la porte.
Rashan resta seul.
Son regard se posa sur la carte d'Ylanor.
Les villages détruits.
Le château réduit en cendres.
Les survivants dispersés.
Il murmura lentement :
— Que deviendra ce royaume... ?
La question resta sans réponse.
Pendant ce temps...
À plusieurs jours de voyage de là...
Une caravane avançait sur une route commerciale.
Nymera dormait paisiblement à l'arrière d'une calèche.
Depuis deux jours, le vieux marchand lui avait proposé de voyager avec eux.
Elle avait accepté avec reconnaissance.
Soudain...
— Hé hé...
Un rire étouffé.
Puis un bruit de caisse déplacée.
Nymera ouvrit brutalement les yeux.
Elle se redressa aussitôt.
Son cœur manqua un battement.
Le vieux marchand se trouvait tout près d'elle.
Son acolyte riait derrière lui.
Nymera baissa immédiatement les yeux.
Le haut de sa robe avait été déboutonné.
Une partie de son épaule était découverte.
Son visage devint rouge de colère.
Elle recula vivement.
D'une main tremblante, elle reboutonna rapidement sa robe.
Le marchand éclata de rire.
— Enfin réveillée ?
Son compagnon ricana à son tour.
— Tu dors vraiment profondément.
Nymera les fixa avec une colère qu'elle n'avait encore jamais montrée.
— Qu'est-ce que vous avez fait... ?
Le vieux marchand haussa les épaules.
— Tu es bien jolie.
On voulait juste regarder.
Son acolyte éclata d'un rire grossier.
Nymera serra les poings.
Une profonde déception envahit son cœur.
Elle avait cru avoir rencontré des gens honnêtes.
Elle s'était trompée.
Son regard changea.
Il n'y avait plus de peur.
Seulement de la colère.
Elle attrapa fermement son bâton.
Le vieux marchand remarqua immédiatement son geste.
Son sourire disparut.
— Allons...
Ne fais pas cette tête.
C'était juste une plaisanterie.
Nymera ne répondit pas.
Elle descendit lentement de la calèche sans quitter les deux hommes des yeux.
Le vent souleva ses longs cheveux rouges.
Elle recula de plusieurs pas.
Sa confiance venait d'être brisée.
Et, pour la première fois depuis son départ, elle comprit que le monde extérieur pouvait être bien plus cruel que tout ce qu'elle avait imaginé.
Au loin...
Le soleil disparaissait derrière les montagnes.
Une nouvelle épreuve venait de commencer.