Chapitre 30
L'immense cavité s'étendait à perte de vue sous les profondeurs du monde.
Un silence absolu régnait.
Le Chevalier Sans Nom demeurait immobile, une main posée sur la garde de l'Épée des Justes, toujours enveloppée dans son épais tissu.
À ses côtés, Aveline tenait fermement la lanterne qu'ils avaient réussi à préserver malgré leur chute.
Sa faible lumière révélait à peine une partie de cette gigantesque salle souterraine.
Des murs de pierre encerclaient les lieux, percés d'innombrables galeries qui disparaissaient dans l'obscurité.
Certaines étaient assez larges pour laisser passer une calèche.
D'autres n'étaient guère plus grandes qu'un homme.
Aucune ne semblait avoir été empruntée depuis des siècles.
Un vent glacial circulait lentement entre les tunnels.
Aveline leva les yeux.
L'ouverture par laquelle ils étaient tombés se trouvait désormais si haut qu'elle n'était plus qu'un minuscule cercle de lumière.
— Nous ne pourrons jamais remonter...
murmura-t-elle.
Le Chevalier observa silencieusement les parois.
Elles étaient beaucoup trop lisses pour être escaladées.
Ils n'avaient plus qu'une seule possibilité.
Avancer.
Aveline inspira profondément.
— Cet endroit...
Elle hésita.
— Il ne semble pas naturel...
Le Chevalier acquiesça d'un léger mouvement de tête.
Il avait ressenti la même chose dès leur arrivée.
Quelqu'un...
Ou quelque chose...
Avait construit ce gigantesque réseau souterrain.
Pendant ce temps...
Dans le royaume en ruines d'Ylanor...
Rashan se tenait une nouvelle fois devant les vestiges du château royal.
Les tours effondrées dominaient encore les ruines.
Les murs noircis semblaient porter les cicatrices d'une bataille inimaginable.
Le vent traversait les cours désertes.
Rashan marcha lentement jusqu'au petit cimetière improvisé.
Sous un vieil arbre reposaient deux tombes.
L'une appartenait au roi Aldren.
L'autre à la princesse Eliane.
Aucune statue.
Aucun monument.
Seulement deux pierres dressées.
Rashan baissa légèrement la tête.
— Je ne pouvais pas vous laisser sous les décombres...
Sa voix résonna doucement.
— Vous étiez des souverains imparfaits...
Mais chaque mort mérite une sépulture.
Après quelques instants de silence, il retourna vers le château.
Il lui restait encore beaucoup trop de questions sans réponse.
Dans l'ancienne salle du trône...
Une épaisse couche de cendres recouvrait le sol.
Le trône royal avait presque entièrement fondu sous une chaleur inimaginable.
Au centre de la pièce s'ouvrait un immense cratère.
Rashan s'agenouilla.
Il écarta lentement les cendres.
Des fragments d'armures apparurent.
Il les observa attentivement.
L'armure appartenait à la Garde Royale.
Pourtant...
Chaque morceau avait été tranché net.
Comme si une seule attaque avait suffi.
Rashan fronça les sourcils.
— Aucune armée ordinaire n'est capable d'une telle chose...
Il poursuivit ses recherches pendant de longues heures.
Mais il ne trouva presque rien.
Puis...
Ses doigts rencontrèrent un petit objet métallique.
Il le sortit délicatement des cendres.
Un pendentif d'argent.
Le blason de la famille royale y était encore gravé.
La chaîne était brisée.
Rashan le glissa soigneusement dans sa sacoche.
— Peut-être qu'il m'aidera à comprendre les derniers instants du royaume...
Son regard se posa sur les ruines du trône.
— Si seulement ces pierres pouvaient parler...
Au même moment...
Sous la terre...
Le Chevalier Sans Nom et Aveline s'enfonçaient lentement dans l'un des tunnels.
Le bruit de leurs pas résonnait à l'infini.
À mesure qu'ils progressaient, les parois changeaient d'apparence.
La roche brute laissait place à une pierre soigneusement taillée.
D'immenses colonnes apparaissaient désormais de chaque côté du passage.
Elles étaient couvertes d'antiques gravures.
Aveline leva la lanterne.
— Je n'ai jamais vu une écriture pareille...
Le Chevalier observa les symboles.
Le temps les avait presque entièrement effacés.
Impossible de les comprendre.
Soudain...
Un étrange bruit retentit au loin.
Un lent frottement de pierre.
Aveline s'immobilisa aussitôt.
— Vous avez entendu... ?
Le Chevalier s'était déjà arrêté.
Tous deux restèrent parfaitement silencieux.
Quelques longues secondes passèrent.
Puis...
Le bruit disparut.
Pendant ce temps...
Nymera poursuivait elle aussi son voyage.
Elle venait d'arriver à l'entrée d'une étrange forêt.
Les arbres, immenses, possédaient une écorce d'un blanc presque irréel.
Alors qu'elle s'apprêtait à entrer...
Son ancien grimoire se mit soudain à vibrer dans son sac.
Elle s'arrêta.
Le livre trembla une seconde fois.
Puis il s'ouvrit tout seul.
Les pages tournèrent rapidement.
Encore.
Encore.
Jusqu'à s'arrêter sur une page totalement blanche.
Peu à peu...
Des lettres noires apparurent comme écrites par une main invisible.
« Le chemin sous la terre s'est éveillé. »
Nymera resta figée.
— Quoi... ?
D'autres mots apparurent.
« Les portes oubliées s'ouvrent une nouvelle fois. »
Un frisson parcourut tout son corps.
Puis...
Les phrases disparurent.
Les pages redevinrent blanches.
Nymera referma lentement le grimoire.
— Le monde souterrain...
Qu'est-ce que cela signifie... ?
Sans le savoir...
Sa route se rapprochait peu à peu de celle du Chevalier Sans Nom.
Dans les profondeurs...
Le Chevalier s'arrêta brusquement.
Aveline faillit le percuter.
— Qu'y a-t-il ?
Devant eux...
Le tunnel débouchait sur une immense salle circulaire.
Des centaines de portes de pierre entouraient la pièce.
Chacune portait un symbole différent.
Certaines représentaient des épées.
D'autres des couronnes.
Et d'autres encore des créatures inconnues aux innombrables yeux.
Au centre de la salle se dressait un gigantesque monument de pierre.
Le temps avait fissuré sa surface.
Pourtant...
Une seule inscription demeurait parfaitement lisible.
Le Chevalier s'approcha lentement.
Ses yeux gris pâle se fixèrent sur les mots gravés.
**« Seuls ceux qui portent le poids de la justice peuvent ouvrir le dernier chemin. »**
Le silence envahit la salle.
Ni le Chevalier ni Aveline ne comprenaient la véritable signification de cette phrase.
Mais...
Quelque part dans l'obscurité...
Une présence venait de s'éveiller.
Deux yeux rouge écarlate s'ouvrirent lentement.
Ils les observaient.
Sans faire le moindre bruit.