Chapitre 2
Le soleil se levait lentement derrière les montagnes lorsque le Chevalier Sans Nom quitta les ruines fumantes du royaume.
Derrière lui, le château du tyran n'était plus qu'un amas de pierres noircies. Une épaisse fumée s'élevait encore dans le ciel, comme si le royaume lui-même pleurait la fin de son souverain.
Le cheval avançait à un rythme tranquille, tirant le chariot chargé de trois lourds sacs d'or.
Le chevalier ne regarda pas une seule fois en arrière.
Pendant des années, il avait été l'épée du roi.
Son chien de guerre.
Son bourreau.
Le tyran l'avait recueilli alors qu'il n'était qu'un jeune homme sans souvenirs et sans nom. En échange d'un toit et de nourriture, il lui avait ordonné de combattre, de tuer et d'obéir.
Et il avait obéi.
Encore et encore.
Des villages brûlés.
Des rebelles exécutés.
Des innocents sacrifiés pour satisfaire la folie d'un roi avide de pouvoir.
Chaque vie prise avait laissé une cicatrice invisible dans son cœur.
Mais aujourd'hui…
Tout était terminé.
Le roi était mort.
Le château avait disparu.
Les chaînes qui le retenaient prisonnier depuis tant d'années avaient enfin été brisées.
Le vent souffla sur son visage.
Pour la première fois depuis longtemps, il se sentait… libre.
Il serra doucement les rênes.
— Je ne suis plus le chien de personne…
Sa voix était grave, presque étrangère à ses propres oreilles.
— Je n'obéirai plus à qui que ce soit.
Il leva les yeux vers l'horizon.
Devant lui s'étendaient des plaines infinies, des forêts inconnues et des montagnes lointaines.
L'inconnu.
Son dernier voyage commençait enfin.
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Une heure plus tard, il atteignit l'extrémité de la ville.
Les maisons étaient en ruines. Les rues étaient désertes.
La pauvreté et la famine avaient dévoré cet endroit depuis longtemps.
Le chevalier descendit de sa monture.
Il regarda les trois sacs d'or.
Une fortune.
L'argent que le roi avait volé à son peuple pendant des années.
Il resta silencieux quelques instants.
Puis il prit les trois sacs et les déposa au milieu de la route.
Le tintement des pièces résonna.
Il n'avait aucune utilité pour cet or.
Il n'avait besoin ni de richesse ni de pouvoir.
Il remonta sur son cheval.
Sans se retourner, il quitta la ville.
Le soleil éclairait son dos tandis qu'il s'éloignait.
Ce jour-là…
Le Chevalier Sans Nom était enfin devenu un homme libre.
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Quelques heures plus tard…
Les habitants sortirent peu à peu de leurs maisons.
Ils avaient entendu l'explosion du château durant la nuit.
La peur les empêchait encore de comprendre ce qui s'était passé.
Puis un enfant aperçut les sacs.
— De l'or !
En quelques instants, la nouvelle se répandit.
Les habitants accoururent.
Des dizaines de personnes entourèrent les sacs.
Ils les ouvrirent.
Leurs yeux s'écarquillèrent.
Des montagnes de pièces d'or.
Jamais ils n'avaient vu une telle richesse.
Un vieil homme tomba à genoux.
— C'est impossible…
Une femme éclata en sanglots.
— Nous sommes sauvés…
Mais rapidement…
La cupidité s'installa.
— Cet or m'appartient !
— Non ! Je l'ai vu en premier !
— Écartez-vous !
Des cris éclatèrent.
Puis des coups.
Des hommes se poussèrent.
Des femmes se disputèrent.
Certains se jetèrent sur les sacs comme des bêtes affamées.
L'or, qui aurait pu sauver cette ville, devenait déjà une nouvelle source de malheur.
Au loin, personne ne remarqua la silhouette du chevalier qui disparaissait sur la route.
Il n'avait jamais attendu de remerciements.
Il avait simplement laissé le peuple décider de son propre destin.
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Pendant ce temps…
Les ruines du château étaient silencieuses.
La fumée s'élevait encore entre les pierres brisées.
Des corps gisaient partout.
Le sang avait noirci.
Un homme vêtu d'un long manteau noir marchait lentement parmi les décombres.
Son visage était caché sous une capuche.
Il observa un cadavre.
Puis un autre.
Et encore un autre.
Ses bottes s'arrêtèrent devant ce qu'il restait de la salle du trône.
Les corps du roi et de la princesse étaient toujours là.
L'homme resta silencieux un long moment.
Puis il soupira.
— C'est vraiment horrible à voir… Je me demande qui a pu faire une chose pareille ?
Le vent souffla soudainement.
Une deuxième présence apparut derrière lui.
Un autre homme mystérieux.
Il portait un long manteau gris et ses yeux brillaient d'une étrange lueur.
Il observa les ruines avec indifférence.
— Cette ville est déjà à l'abandon, dit-il calmement. Le roi n'était qu'un fou avide d'argent… et tout est déjà en ruine ici. Vaut mieux partir d'ici.
Le premier homme se retourna.
— Tu ne trouves pas cela étrange ?
— Quoi donc ?
Il désigna les cadavres.
— Regarde autour de toi.
Le silence régna.
— Celui qui a fait ça…
Sa voix se fit plus grave.
— …ne doit pas être humain.
Le second homme plissa les yeux.
Les corps avaient tous été tués d'un seul coup.
Aucune hésitation.
Aucune lutte.
Une précision effrayante.
Même le roi avait été exécuté d'un seul mouvement.
Comme si la mort elle-même avait traversé cette salle.
Le deuxième homme resta silencieux quelques instants.
Puis il demanda :
— Que comptes-tu faire ?
Le premier leva les yeux vers le ciel.
— Le trouver.
Le vent se leva de nouveau.
— Une personne capable d'accomplir un tel massacre ne peut pas simplement disparaître.
Le second homme soupira.
— Tu es toujours aussi curieux.
Le premier homme esquissa un léger sourire.
— Peut-être.
Puis son regard se fit sérieux.
— Mais j'ai un mauvais pressentiment.
Un long silence s'installa.
Enfin, le second homme hocha la tête.
— Alors trouvons-le.
Les deux hommes se tournèrent vers la route qui quittait le royaume.
Au loin…
Très loin…
Une silhouette solitaire avançait vers l'inconnu.
Le Chevalier Sans Nom.
Le premier homme murmura :
— Qui es-tu… ?
Une bourrasque traversa les ruines.
Et les deux mystérieux individus disparurent sans laisser de traces.
Ainsi…
Sans le savoir…
Le dernier voyage du Chevalier Sans Nom venait d'attirer les regards de personnes bien plus dangereuses qu'il ne pouvait l'imaginer.