Chapitre 10
Bien loin du paisible village où séjournait le Chevalier Sans Nom...
Au cœur du plus vaste empire du continent...
Se dressait la capitale de l'Empire d'Erevhal.
D'immenses murailles protégeaient la cité impériale, où des milliers d'habitants animaient chaque rue. Au centre de la capitale s'élevait le palais impérial, un édifice majestueux de pierre blanche dominé par de hautes tours.
Pourtant...
Derrière cette grandeur se cachait une inquiétude qui gagnait peu à peu tout l'Empire.
L'Empereur était gravement malade.
Depuis plusieurs semaines, il demeurait alité, incapable de gouverner.
En attendant son rétablissement, c'était son épouse, **l'Impératrice Eryndra**, qui administrait les affaires de l'État.
---
Dans la grande salle du Conseil...
Les ministres s'étaient déjà réunis.
Mais au lieu de travailler...
Ils se disputaient bruyamment.
— Nous ne pouvons plus attendre !
— Si Sa Majesté ne se rétablit pas rapidement, l'Empire sombrera dans le chaos !
— L'Impératrice manque d'expérience !
— C'est une femme, comment pourrait-elle diriger un empire aussi vaste ?
Les voix résonnaient sous le haut plafond.
Personne n'écoutait personne.
Les accusations fusaient de toutes parts.
De l'autre côté de la porte...
L'Impératrice Eryndra était immobile.
Ses mains étaient croisées devant elle.
Elle entendait chaque mot.
Chaque critique.
Chaque doute.
Son regard se baissa légèrement.
Mais son visage demeura parfaitement calme.
Après quelques secondes...
Les gardes ouvrirent les lourdes portes.
Grondement...
Toute la salle se tut.
Les ministres se retournèrent vers elle.
Leurs regards étaient lourds.
Certains affichaient du mépris.
D'autres de la méfiance.
Quelques-uns semblaient simplement attendre qu'elle commette une erreur.
L'Impératrice ne répondit à aucun de ces regards.
Elle entra d'un pas lent et digne.
Sa longue robe impériale glissait silencieusement sur le sol de marbre.
Ses cheveux d'un noir profond étaient relevés avec élégance.
Son expression restait sereine.
Elle arriva devant le grand siège impérial.
Le trône destiné aux réunions de l'Empereur.
Pendant une seconde...
Elle hésita.
Puis elle s'assit.
Le silence régnait désormais dans toute la salle.
Un homme finit par s'avancer.
Le baron Edrik Veyn.
Vieil aristocrate à la barbe grisonnante, connu pour son tempérament autoritaire.
Il s'inclina brièvement.
— Votre Majesté.
Puis il releva aussitôt la tête.
— Le royaume d'Ylanor est sans nouvelles depuis trois jours.
Quelques murmures parcoururent la salle.
Le baron poursuivit d'une voix forte.
— Le roi d'Ylanor nous doit le tribut impérial depuis maintenant cinq mois !
Il frappa violemment la table.
— Et voilà maintenant trois jours que nous n'avons plus aucune nouvelle de lui !
Sa voix monta encore.
— L'Empire d'Erevhal n'est pas un cirque !
Plusieurs ministres hochèrent la tête.
— Exactement !
— C'est inacceptable !
— Nous devons agir !
L'Impératrice écouta chacun d'eux sans les interrompre.
Lorsqu'ils eurent terminé...
Elle prit enfin la parole.
Sa voix était douce.
Mais suffisamment ferme pour faire taire toute la salle.
— D'accord.
Les ministres cessèrent immédiatement de parler.
— Envoyons un émissaire.
Elle croisa les mains devant elle.
— Il partira demain à l'aube en direction du royaume d'Ylanor.
Le baron Edrik resta silencieux.
Il semblait satisfait.
L'Impératrice poursuivit calmement.
— La séance est levée.
Sans ajouter un mot, elle se leva.
Elle descendit les marches du trône.
Tous les ministres s'inclinèrent à son passage.
Puis elle quitta la salle.
---
Le couloir du palais était silencieux.
Les rayons du soleil couchant traversaient les immenses fenêtres.
L'Impératrice Eryndra marchait seule.
Une fois suffisamment éloignée des gardes...
Elle poussa un long soupir.
Son calme avait disparu.
Le poids de l'Empire reposait désormais sur ses épaules.
Et chaque journée semblait plus difficile que la précédente.
Sans ralentir le pas, elle prit la direction des appartements impériaux.
Devant une grande porte sculptée, deux gardes s'inclinèrent.
— Votre Majesté.
Elle acquiesça doucement.
Puis entra.
Au fond de la chambre...
L'Empereur reposait sur son lit.
Son visage était pâle.
Sa respiration faible.
Autour de lui, plusieurs médecins murmuraient à voix basse.
L'Impératrice s'approcha lentement.
Elle prit délicatement la main de son époux.
Elle ne dit rien.
Le silence parlait à sa place.
Pendant ce temps...
À plusieurs centaines de kilomètres de là...
Dans la taverne du petit village...
Le calme n'avait duré qu'un instant.
La jeune femme aux longs cheveux blonds ondulés fixait toujours l'homme qui lui faisait face.
Ses yeux verts brillaient de colère.
— Tu ne comprends donc jamais quand on te dit non ?
Sa voix résonna dans toute la salle.
L'homme esquissa un sourire satisfait.
L'alcool avait rougi son visage.
Mais son regard demeurait insistant.
La jeune femme poussa un soupir d'agacement.
Puis...
Sans prévenir...
Elle lança son poing en direction du visage de l'homme.
Plusieurs clients sursautèrent.
Mais avant que son coup ne puisse atteindre sa cible...
Clac !
L'homme attrapa brutalement son poignet.
La jeune femme fronça aussitôt les sourcils.
Il serra davantage.
Un sourire obscène se dessina lentement sur son visage.
— Tu vois...
Sa voix était basse.
— C'est justement ce caractère qui me plaît.
Autour d'eux...
Toute la taverne retenait son souffle.
Même le patron cessa d'essuyer ses verres.
Et, toujours assis au comptoir, le Chevalier Sans Nom observait silencieusement la scène derrière la visière de son casque.
La soirée était loin d'être terminée.