Chapitre 11
Le silence s'était abattu sur la taverne.
Plus personne ne riait.
Les chopes restaient immobiles sur les tables.
Tous les regards étaient tournés vers la jeune femme et l'homme qui lui tenait le poignet.
Le sourire obscène de ce dernier ne disparaissait pas.
Au contraire.
Il resserra encore un peu sa prise.
— Tu vois ? dit-il avec arrogance. Tu fais la fière devant tout le monde, mais au fond, tu finiras bien par accepter.
La jeune femme le fixa avec un profond dégoût.
Ses yeux verts étaient glacials.
— Lâche-moi.
Sa voix était calme.
Mais chaque mot semblait chargé de colère.
L'homme éclata de rire.
— Non.
Il tira légèrement sur son bras pour la rapprocher de lui.
— Tu devrais plutôt me remercier. Je suis le seul homme ici prêt à s'occuper de toi.
Quelques clients baissèrent les yeux.
Personne n'intervenait.
Certains avaient peur de provoquer une bagarre.
D'autres connaissaient le caractère violent de l'homme.
Le patron de la taverne serra discrètement les poings derrière son comptoir.
Il poussa un soupir.
— Garron... Ça suffit.
L'homme tourna brièvement la tête.
— Occupe-toi de tes chopes, le vieux.
Le patron grimaça.
Il savait que si une bagarre éclatait dans sa taverne, une partie du mobilier finirait en morceaux.
La jeune femme tenta de retirer son bras.
En vain.
L'homme était bien plus robuste qu'elle.
Il souriait toujours.
— Tu te débats comme un chat sauvage.
Son haleine empestait l'alcool.
La jeune femme détourna légèrement la tête avec dégoût.
— Tu me répugnes.
Le sourire de Garron disparut.
Son visage se crispa.
— Qu'est-ce que tu viens de dire ?
— Tu m'as très bien entendue.
Les veines apparurent sur le front de l'homme.
Sa patience venait d'atteindre ses limites.
Il leva lentement son autre main.
Comme s'il allait la gifler.
Au même instant...
Une voix calme retentit derrière lui.
— Lâche-la.
La voix n'était ni forte.
Ni menaçante.
Mais elle était si froide que plusieurs clients sentirent un frisson leur parcourir le dos.
Garron tourna lentement la tête.
Au comptoir...
Le Chevalier Sans Nom venait de reposer sa chope.
Il était toujours assis.
Son casque cachait entièrement son visage.
Il n'avait même pas posé la main sur son épée.
Le silence était absolu.
Garron éclata soudain de rire.
— Toi ?
Il observa l'armure usée du chevalier.
— Tu comptes me donner des ordres ?
Aucune réponse.
Le Chevalier Sans Nom restait immobile.
— Je t'ai parlé !
Toujours rien.
Cette absence de réaction agaçait davantage Garron que des insultes.
Il relâcha brutalement le poignet de la jeune femme.
Puis il se dirigea vers le comptoir.
Les lourds pas de l'homme résonnaient dans toute la taverne.
Il s'arrêta juste devant le chevalier.
— Écoute-moi bien.
Il posa brutalement une main sur l'épaule de l'inconnu.
— Ici, ce n'est pas toi qui—
Avant qu'il ne puisse terminer sa phrase...
Le Chevalier Sans Nom leva simplement les yeux.
À travers la fente de son casque...
Son regard rencontra celui de Garron.
Pendant une fraction de seconde...
Le temps sembla s'arrêter.
Le sourire de Garron disparut.
Son souffle se coupa.
Ce regard...
Il n'y avait ni haine.
Ni colère.
Seulement un vide immense.
Un regard qu'un homme ne pouvait obtenir qu'après avoir vu mourir d'innombrables personnes.
La main de Garron trembla.
Il eut soudain l'impression d'être observé par un prédateur.
Le patron remarqua immédiatement son changement d'expression.
Les autres clients aussi.
Garron recula instinctivement d'un pas.
Puis, comme pour cacher sa peur, il serra les poings.
— T-tu...
Il déglutit.
— Tu crois vraiment me faire peur ?
Le Chevalier Sans Nom se leva lentement.
Sa grande silhouette dominait désormais Garron d'une bonne tête.
L'armure grinça doucement.
Personne n'osait respirer.
Même les ivrognes avaient retrouvé toute leur lucidité.
Le chevalier parla d'une voix calme.
— Je ne cherche pas à te faire peur.
Il marqua une courte pause.
— Je te demande simplement de la laisser tranquille.
Le silence retomba.
Garron sentit une goutte de sueur glisser le long de sa tempe.
Il tenta de soutenir le regard du chevalier.
Mais il en était incapable.
Il détourna les yeux.
La jeune femme observait la scène avec surprise.
Elle ne connaissait pas cet homme.
Et pourtant...
Il venait d'intervenir sans la moindre hésitation.
Le patron, lui, retenait son souffle.
Il avait l'impression que le moindre geste pouvait transformer la taverne en champ de bataille.
À l'extérieur, le vent soufflait doucement contre les volets.
À l'intérieur...
Le temps semblait s'être figé.
Deux hommes se faisaient face.
L'un n'avait que sa colère.
L'autre portait le silence de centaines de batailles.
Et, pour la première fois depuis longtemps...