Chapitre 397
Chapitre 397 – Si la mort ne m’a pas arrêtée, aucun mortel n’y parviendra
Morenna ne perdit pas une seconde de plus. Après son bref mais tendu échange avec Hel Hood, elle prit directement la direction du Musée, après en avoir informé Dantes.
Elle arriva en un instant, vêtue d’une splendide robe rouge digne de son rang. Sa puissance était telle qu’une si courte distance ne pouvait la retenir davantage.
Une fois sur place, la Reine aperçut son petit-fils, trois autres jeunes gens et quelques vieillards rassemblés.
Des gardes se tenaient également non loin.
Elle ignora tout le monde et ne regarda que Cassius, qui lui parut encore plus saisissant que lors de leur dernière rencontre : plus rayonnant, avec des yeux perçants et pourtant étrangement doux.
Le cœur de Morenna fondit presque aussitôt. Elle s’approcha et le serra tendrement dans ses bras, sans se soucier le moins du monde des témoins.
« Mon ange, à ce stade, tu pourrais bien accepter ce titre, tu ne crois pas ? » murmura-t-elle. Cassius lui adressa un sourire en coin.
« J’ai renoncé à lutter depuis longtemps, Mamie. »
« Hahaha ! » Elle rit en lui ébouriffant les cheveux. « Tu vas bien ? » demanda-t-elle en levant la tête vers le Conseil des Anciens, qui se tenait tout près, mal à l’aise. « J’espère que personne n’a osé te malmener ? »
Cassius sourit et jeta un coup d’œil aux anciens. « Ça dépend de ce que tu appelles malmener, Mamie. »
« Nous saluons la Reine », dirent d’une même voix les anciens, les trois étudiants et tous les gardes présents, en s’inclinant. « Bienvenue dans le Domaine de Hushsight ! »
« Relevez-vous », dit Morenna sans intérêt, les yeux rivés sur la vieille femme aux yeux bleus. « Est-ce vous qui avez menacé la vie de mon petit-fils ? »
« Quoi ? » s’exclama la Troisième Ancienne en tournant brusquement la tête vers Cassius, qui la regarda innocemment, comme s’il ne comprenait absolument pas pourquoi elle le dévisageait ainsi.
Les lèvres de l’ancienne tressaillirent, tandis que l’irritation montait rapidement. Son aversion pour Cassius atteignait des sommets inquiétants.
« Je vous ai posé une question », répéta Morenna, ramenant l’attention de l’ancienne sur elle.
Les autres anciens observaient la scène, le visage fermé. Cette journée s’éternisait déjà beaucoup trop. Leur Artefact légendaire avait été volé, ainsi que plusieurs autres objets. Et voilà qu’on les traînait maintenant devant un Appel de Justice.
La journée ne faisait qu’empirer, et ils n’avaient surtout pas besoin que la Reine ajoute encore au désastre.
Mais Morenna n’était pas idiote. Elle était Reine, certes, mais surtout une Hood. Elle avait autrefois gravi à la force des ongles les échelons du pouvoir dans ce Royaume, après être arrivée en simple étrangère d’un autre continent.
Elle avait épousé un membre de la famille Royale et était devenue Reine par la seule force de sa volonté.
Morenna Hood savait exactement quand et comment agir. Alors, lorsque la Troisième Ancienne tenta de nier avoir menacé son petit-fils, elle se contenta de sourire avec assurance et d’acquiescer.
« Très bien, dit la Reine. Allons-y, alors. La Prison des Immortels a été prévenue. Le Siège de Chevalier de garde aujourd’hui est Widow, de la Déesse. Elle nous attend avec la Grande Prêtresse. »
« Oui », répondit le Premier Ancien.
Morenna adressa un bref signe de tête à Meadow, William et Diaila. Diaila, quant à elle, était totalement subjuguée par la beauté et la présence de la Reine.
Quelque chose chez elle donnait à Diaila l’impression d’être comprise, profondément, comme Cassius n’avait pas cillé devant ses pensées les plus sombres.
Hood… Desdemona… songea Diaila, un frisson noir la parcourant. Maintenant que je suis devenue comme ça, je le sens clairement. Ils sont comme moi. Ou pires.
Son regard se voila, et le rouge de ses yeux s’embrasa davantage.
Morenna remarqua l’expression de Diaila d’un seul coup d’œil. Cassius aussi.
« Tu as quelqu’un d’instable dans ton groupe », murmura la Reine à son petit-fils, tandis qu’ils prenaient les devants, les autres leur emboîtant le pas.
« Je sais. »
« C’est volontaire ? »
« Oui. Elle m’intrigue. »
Morenna sourit. « Le sang ne ment jamais. » Elle lui prit la main, un sourire narquois aux lèvres. « Et si tu voyageais avec moi ? »
« Comment ça ? »
« Entre les vivants et les morts, entre ce monde et le Royaume des Morts de Vorn, il existe un petit royaume appelé l’Entre-Monde. Un royaume de fantômes, de spectres errants et d’âmes perdues, expliqua-t-elle. Je peux y entrer et le traverser directement. Tu veux essayer ? »
« Et le monde souterrain ? J’en ai tant entendu parler. C’est différent ? »
« Oh, le monde souterrain s’étend bien plus profondément », répondit la Reine en montrant le sol. « C’est là que finissent les âmes corrompues et les damnés. Il est impossible d’y entrer, sauf par la mort ou dans des circonstances très particulières. Pourquoi tu demandes, mon cher ? »
« Comme ça, par curiosité », répondit Cassius avec un sourire. « Et oui, j’adorerais voyager comme toi. »
« Très bien, mon cher », répondit Morenna en resserrant sa prise sur sa main, tandis que l’essence tourbillonnait autour d’elle. « Prépare-toi, d’accord ? »
« O— ! »
En un instant, ils disparurent tous les deux.
Les témoins les regardèrent d’un air las, puis pressèrent le pas, sachant bien qu’ils ne pouvaient faire attendre la Reine.
« Quelle journée de merde », marmonna le Premier Ancien.
Et c’est ainsi que Cassius prit la route de la Prison des Immortels.
…
Tandis que Cassius semait le chaos autour de lui, son épouse, Isolde Amaris, venait d’achever sa transformation.
Isolde se tenait toujours dans la Terre Fracturée de Rang cinq, mais il ne restait plus rien autour d’elle, hormis une obscurité vide.
Le lieu avait été entièrement vidé. Tout ce qu’il contenait avait été consumé pour alimenter sa transformation.
L’aînée des Amaris était désormais plus grande que jamais. Sa peau était marquée par endroits de mystérieux tatouages noirs, capables de fendre le crâne des êtres les plus faibles d’un simple regard.
Ses cheveux noirs avaient encore foncé, et ses yeux violets étaient saisissants, presque hypnotiques. Ses pupilles, toutefois, avaient changé : celle de gauche avait pris la forme d’un « X », tandis que celle de droite était restée ronde.
Pourtant, malgré cette transformation qui avait fait d’elle un être entièrement nouveau, ses cicatrices étaient toujours là. Elles couvraient son corps de marques assez frappantes pour inspirer une peur véritable.
Elle se tenait droite, respirant à un rythme régulier et s’efforçant de se calmer.
Elle se souvenait encore de tout ce qu’elle avait traversé : son départ de l’Académie, son dernier appel avec Cassius, l’attaque de Hound et, enfin, son arrivée ici.
Puis, après une journée entière à combattre les morts-vivants, elle était morte.
La sensation de son corps qui se refroidissait, de son âme glissant vers la Porte de la Mort… tout cela restait douloureusement vif dans son esprit.
Et Isolde savait sans l’ombre d’un doute qu’elle aurait complètement sombré sans une volonté endurcie par de mystérieux souvenirs confus et par la promesse qu’elle avait faite à Cassius.
Même la mort ne l’empêcherait pas de l’épouser.
Et si la mort elle-même n’avait pas pu l’arrêter, quelques assassins qui l’attendaient dehors n’avaient aucune chance.
« Haaa… » Isolde expira en fermant les yeux, et s’efforça de calmer son cœur.
Au bout d’un instant, elle les rouvrit et fit apparaître son écran de statut, désireuse de mieux comprendre ce qu’elle était devenue.
Un panneau scintilla devant elle.
[Nom : Isolde Amaris]
[Âge : supposée avoir 21 ans.]
[Race : véritable Soulblade des Damnés.]
[Titres : Tueuse silencieuse, Fille de la Mère des Assassins, Rescapée (titre débloqué après avoir retrouvé des fragments de souvenirs).]
[Bénédiction : Voyageuse entre les royaumes (Volonté du monde souterrain — Patron)]
[Aspect : Guide silencieuse des mondes (Aspect évolué)]
[Compétences : Effacement du son (Première Compétence) ; Monde perturbé (Seconde Compétence)]
[Compétence ultime : Existence oubliée.]
[Attributs : FOR : 301 ; AGI : 301 ; CONS : 301 ; PER : 301 ; CHA : 302 ; Essence du son et des Damnés : 250.]
Isolde étudia son statut et se retrouva avec bien plus de questions qu’elle n’était prête à l’admettre.
Elle n’était pas humaine : c’était une Soulblade. C’était déjà une nouvelle profondément troublante. Mais en plus, comment pouvait-elle être à la fois une Soulblade et la fille de la Mère des Assassins, la déesse même que sa secte vénérait ?
Comment était-ce seulement possible ? Quel lien les unissait ?
La Mère des Assassins était-elle la même femme qu’elle avait entrevue avec Cassius en utilisant le Ticket de vision, après l’Événement Royal ?
Il se passait trop de choses à la fois, et Isolde se sentait complètement désorientée.
Plus troublant encore, elle était revenue d’entre les morts avec de nouveaux souvenirs. Ceux d’une époque paisible, dans un monde paisible, où un homme se tenait à ses côtés.
Qui était cet homme ? Elle l’ignorait. Mais la seule pensée de lui lui faisait mal, et ces souvenirs s’accompagnaient d’un désir aigu, lancinant.
Il y avait tant de choses à démêler, sans compter qu’elle était désormais Bénie. Non pas par un dieu ou une déesse, cette fois, mais par un lieu bien réel.
Par le monde souterrain lui-même.
« Je ne savais même pas que c’était possible », dit Isolde en expirant.
Elle leva la tête et fit remonter le visage de Cassius du fond de son être.
Une fois qu’elle l’eut retrouvé, elle esquissa un sourire. Sa beauté atteignait désormais un degré presque stupéfiant.
Elle se rapprochait de celle de Theophane. Peut-être même la dépassait-elle, à sa manière, unique et damnée.
« Encore une fois, se dit-elle. Survis encore une fois, et tu pourras retourner auprès de lui. »
Forte de cette pensée, Isolde se dirigea vers la sortie de la Terre Fracturée.
Elle l’atteignit rapidement et la franchit sans hésiter.
Dès qu’elle en sortit, Isolde Amaris se retrouva à l’extérieur. L’air chargé de sang faisait onduler ses longs cheveux noirs. Un groupe d’assassins l’entourait, armes dégainées, et lui faisait face, tandis qu’une femme aux orbites vides se tenait devant elle.
L’intention meurtrière jaillit aussitôt.
Dès qu’elle sentit sa présence, la femme sans yeux afficha un sourire dément, du sang coulant de ses orbites vides.
« Ah… Isolde… Olympias… tu es revenue. Enfin, tu es revenue. » Elle s’enlaça, tremblante d’une extase malsaine. « Enfin ! Enfin ! Je peux enfin attirer Cassius à moi grâce à ton corps ! »
Hound se redressa, un sourire menaçant aux lèvres, débordant d’excitation.
Isolde fixa la femme sans yeux. Ses iris passèrent du violet au noir pur, tandis que l’essence bouillonnait autour d’elle et en elle.
Des dagues apparurent dans ses mains et…
[La Mère des Assassins sourit à sa fille.]
« … qu’est-ce que tu viens de dire à propos de mon mari ? »
— Fin du chapitre 397 —