Chapitre 29
Chapitre 29 – Isolde & Cassius [1]
« N-Nous allons emprunter le portail de téléportation, Jeune Maître ! » bégaya Océane, inclinant la tête si brusquement qu’on entendit son dos craquer, le visage empourpré.
« Oh, que Vorn prenne mon âme, comment est-ce possible ? »
Elle n’arrivait pas à y croire. Elle avait désespérément tenté de ne pas se laisser affecter depuis deux jours, mais c’était un effort vain. Son jeune maître était devenu ridiculement beau, ses yeux si captivants qu’elle se sentait prête à s’y perdre.
« Pourquoi tant de sérieux ? » Cassius laissa échapper un petit rire, enfilant une paire de boucles d’oreilles violettes — un cadeau de Dorian — avant de se diriger droit vers ses gants. « Je te dis toujours de te détendre, Océane. Je ne pense pas être si effrayant que ça. »
Il fit une pause et tourna lentement la tête vers elle. Elle avait retrouvé son calme, et il pencha légèrement la tête. « Ou le suis-je ? »
Océane remua la langue dans sa bouche, ravalant tout ce qui lui brûlait les lèvres. Tout ce qu’elle voulait dire était inapproprié. Le genre de chose qui lui vaudrait d’être tuée par ses sœurs.
« Ou même par sa nouvelle épouse. »
C’était une chose de penser à son jeune maître d’une manière qui lui donnait envie de s’isoler un instant. C’en était une autre de le montrer.
La première la ferait passer pour étrange. La seconde l’enverrait dans une chambre obscure, aux côtés d’ombres ricanantes, pour une séance de discipline.
Alors, elle se reprit et sourit aussi poliment qu’elle le put, dissimulant la tempête intérieure. « Vous ne l’êtes pas, Jeune Maître. »
C’était un mensonge. Il était effrayant. Juste pas de la manière dont les monstres le sont.
« Ce qui est pire encore », grommela-t-elle. « Mais je ne peux le nier, Dame Isolde a de la chance. »
Elle pinça les lèvres, observant Cassius dans son costume blanc immaculé. Royal. Plus princier que le Prince du Royaume lui-même.
Ses cheveux blancs étaient coupés court, révélant davantage ces yeux fascinants — le genre de regard qui faisait battre son cœur contre sa poitrine comme celui d’une jument en quête d’un étalon.
Son corps était plus athlétique désormais. Des épaules plus larges. Une mâchoire plus saillante. Des bras plus dessinés et un dos plus imposant. Tout cela donnait l’impression que ses vêtements avaient été taillés par une déesse lubrique.
« Je suis prêt », déclara Cassius en saisissant la canne appuyée contre le mur.
Océane cligna des yeux, chassant le brouillard de son esprit.
La première chose qu’elle vit fut le sourire entendu de son jeune maître et sa canne.
La canne était blanche, striée de violet, et son pommeau représentait un serpent se mordant la queue.
« Dis-moi, Océane », traîna-t-il en comblant la distance entre eux d’un pas lent, la canne frappant doucement le sol. « Suis-je assez beau pour Isolde, à ton avis ? »
Il était désormais à quelques centimètres d’elle, son visage surplombant légèrement le sien, son parfum la frappant comme un coup direct.
Musc blanc et bois de cèdre.
« ...oui », répondit-elle après quelques secondes, utilisant discrètement son Aspect pour durcir son expression. « Dame Isolde est, sans aucun doute, une femme chanceuse, Jeune Maître. »
Il y avait quelque chose de caché sous sa voix.
Cassius rit. « Ah, tu devrais lui dire toi-même alors. Maintenant, allons-y. Nous avons assez perdu de temps. »
Il passa devant elle, se dirigeant vers la porte en s’appuyant sur sa canne. C’était un spectacle à voir. Océane prit quelques inspirations pour se stabiliser, puis fit volte-face et le suivit rapidement.
« Le Jeune Maître est vraiment différent maintenant. »
Tous deux sortirent de la maison et trouvèrent la calèche qui attendait pour les conduire au Centre de Téléportation de la ville de Desde, d’où ils seraient envoyés directement à la Cité des Tempêtes.
Là-bas, des membres de la Maison Amaris les attendraient pour les mener au Manoir Amaris.
Et ainsi, la route fut prise.
L’intérieur de la calèche était confortable. Cassius décida de dormir durant le trajet, intérieurement épuisé par l’entraînement, sachant qu’il aurait besoin de tout le repos possible pour ce qui l’attendait.
Car il n’allait pas seulement rencontrer Isolde. Il allait aussi rencontrer l’Héritière Élue, Anesthesia, et le Personnage Principal, Emrys.
C’était le Premier Événement du Jeu.
Le premier et le dernier événement auquel le Cassius original avait jamais participé, car peu après, Isolde l’avait tué. Non seulement à cause de ce que sa famille avait fait, mais à cause de son incompétence devant sa sœur et son ami d’enfance, l’humiliant au passage.
« Mais on ne peut pas entièrement le blâmer, n’est-ce pas ? Il ne savait rien. Et toi, Isolde, tu l’as rendu encore plus faible avec tes manigances. Alors il a agi exactement comme il l’a toujours fait. »
Gâté.
Et ce genre de comportement ne fonctionnait généralement pas avec les Personnages Principaux. La fin était assez évidente.
Cassius repassa l’événement en boucle dans son esprit, jusqu’à ce que ses pensées dérivent vers le royaume des rêves.
La prochaine fois qu’il ouvrirait les yeux, ce serait devant la délégation Amaris, en route pour sa première rencontre avec Isolde.
« J’ai hâte. »
...
Le voyage fut sans encombre, les deux familles ayant tout géré à l’avance pour écarter tout problème potentiel.
Cassius et Océane rencontrèrent les membres des Amaris, vêtus de vêtements noirs de style oriental avec des rayures violettes en forme de notes de musique.
Leurs visages étaient entièrement couverts, à l’exception de leurs yeux, leur donnant une apparence étrange mais intrigante. Ils étaient appelés les Yinfu, un groupe spécial de la Famille Amaris.
Seule leur chef parla, et elle ne daigna pas prononcer plus d’un mot.
Océane trouva cela impoli, ses sourcils se fronçant dans une désapprobation visible. Cassius écarta la remarque d’un geste et les suivit avec un léger sourire, montant dans une autre calèche.
Personne ne parla à l’intérieur. Cassius en fut soulagé.
Il était sincèrement nerveux, sur le point de rencontrer la seule fille pour laquelle il était aussi obsédé que pour sa propre famille.
La seule fille qu’il ne pouvait se résoudre à tuer. La seule fille dont il avait fabriqué des posters de ses propres mains pour les accrocher à ses murs. La seule fille pour laquelle il avait tenté d’innombrables fois de trouver un chemin détourné, juste pour éviter de toucher un seul de ses cheveux.
Isolde ne savait vraiment pas... mais il y avait quelqu’un qui n’avait vu qu’elle, dans un monde où tout le monde l’ignorait au profit de sa sœur.
Quelqu’un qui l’aimait, se souciait d’elle et acceptait tout d’elle à bras ouverts.
Pourtant, elle voulait tuer cette même personne.
Cassius ne put réprimer un rire soudain. Les membres des Yinfu le dévisagèrent. Il n’y prêta pas attention.
[Et si elle essaie vraiment de te tuer ?] demanda soudainement Ananke.
« Elle essaiera, c’est certain. »
[Que feras-tu ?]
« Je ne peux pas me laisser tuer, n’est-ce pas ? »
Il sourit et ferma les yeux. Ananke ne dit rien, choisissant d’attendre et de voir comment les choses allaient se dérouler.
S’il y avait une chose qu’elle savait sur son Béni, c’était qu’il ne serait jamais pris au dépourvu par quelque chose qu’il savait venir.
Ils voyagèrent donc dans un silence confortable, les membres des Yinfu observant Cassius ouvertement avec des yeux méfiants.
Quelques minutes plus tard, le Manoir Amaris apparut au loin à travers la foule, et une musique douce commença à flotter autour d’eux.
...
[Tu es nerveux, n’est-ce pas ?]
« Reine, apprenez à rester silencieuse dans les moments délicats, je vous prie. »
Cassius siffla intérieurement, debout devant une large et lourde porte noire. Le sceau d’une note de musique y était inscrit dans un violet aveuglant.
Une silhouette se tenait à l’avant. Il était petit et trapu, mais portait la prestance digne d’un noble aguerri. C’était le majordome de la Maison Amaris, qui les regardait avec un sourire accueillant.
Océane et même les membres des Yinfu baissèrent la tête en signe de respect pour son rang.
Tout le monde, sauf Cassius.
Non par arrogance, simplement parce que ses yeux avaient été attirés ailleurs par quelque chose de bien plus captivant.
À quelques pas derrière le majordome se tenait une femme.
Inaperçue. Invisible. Sa présence se fondait si naturellement dans l’espace environnant qu’elle faisait presque partie de l’architecture.
Grande, des cheveux noirs relevés en chignon avec une épingle en forme de note de musique. Des yeux violets luisants, qui s’écarquillèrent dès l’instant où elle remarqua que les yeux rouges de Cassius étaient déjà fixés sur elle.
En la regardant, Cassius eut cette étrange impression de contempler du verre. Non pas à cause de sa fragilité, mais à cause de la létalité, de la vivacité qui l’entourait, de la promesse silencieuse que s’approcher de trop près vous coûterait quelque chose.
Une promesse de douleur. Une promesse de mort.
Et à cet instant, le Dernier-Né des Desdemona sentit son cœur accélérer.
Alors, tandis que tous les autres ignoraient instinctivement la femme, Cassius inclina la tête vers sa future épouse et entrouvrit les lèvres.
« Désolé de vous avoir fait attendre. »
Le cœur d’Isolde manqua un battement, ses yeux s’écarquillant.
DING !
[Vous avez reçu une Quête du Destin.]
—Fin du Chapitre 29—