Chapitre 27
Chapitre 27 – Serpent de l'Adaptabilité [2]
Le matin se leva. Ce fut une matinée où Cassius passa outre sa réticence à la douleur pour atteindre un objectif très précis.
Il s'agissait de parvenir enfin à une maîtrise confortable du combat à deux armes — une épée dans une main, un bâton-fourreau dans l'autre — sans cette maladresse omniprésente qui s'insinuait dans chacun de ses mouvements comme une peau en décomposition.
La difficulté était hors norme. Mais Cassius n'osait tenter l'expérience que pour tester son nouveau Don inné.
Et sa tentative s'accompagna d'une compréhension de la véritable nature du Serpent de l'Adaptabilité.
Au moment où il commença à s'entraîner au combat à deux armes — bloquant, déviant et esquivant les attaques de Lucian — quelque chose apparut au-dessus de sa tête alors qu'il échouait lamentablement à utiliser sa main gauche, se laissant totalement vulnérable à un coup de poing perçant droit dans l'épaule.
La douleur explosa au point d'impact. Cassius sentit ses os craquer et s'enfoncer. Il jura, le sang affluant dans sa bouche, son dos heurtant violemment le sol.
Pourtant, même à travers la douleur, les spasmes et l'angoisse de tenir son épaule disloquée avec son autre main, Cassius leva la tête et fixa la chose semblable à un halo qui flottait à quelques centimètres au-dessus de lui.
Ce n'était pas un halo.
C'était un serpent.
Immaculé, d'une blancheur éblouissante, comme formé par le concept même de pureté. Des yeux cramoisis, dont les pupilles pulsaient comme quelque chose de vivant.
Le serpent se recroquevillait sur lui-même — essayant de mordre sa propre queue, tentant de former une boucle complète — sans toutefois y parvenir tout à fait.
Personne ne semblait le voir, hormis Cassius. Et son cœur manqua d'exploser lorsque le serpent siffla, ses yeux rouges se verrouillant sur les siens tandis que d'étranges mots résonnaient en lui.
« Règle 1 : Goûte à l'échec et reviens malgré tout, même si tu dois ramper comme un ver. »
Étrangement, il comprit les mots immédiatement, instinctivement même. Il regarda son épaule pendante, puis Lucian qui se tenait là avec son sourire agaçant.
« Allez, Dernier-Né. Tu es devenu plus joli et plus athlétique du jour au lendemain. » lança Lucian, bien que sa curiosité transparaisse clairement. « Un secret ? Très bien. Mais tu ferais mieux d'être plus fort aussi. De beaux yeux ne te sauveront pas des monstres et de tes pairs à l'Académie. »
Lilien ne dit rien, l'observant avec plus d'attention que d'habitude, comme si elle n'arrivait pas à croire ce qu'elle voyait.
Cassius ne se souciait de rien de tout cela. Son Don inné lui avait donné la première règle. Il pouvait voir le serpent lutter pour fermer la boucle, la queue encore hors de portée, à mi-chemin seulement.
« Donc je ne m'adapte qu'une fois la boucle formée. Exactement comme le disait la description. »
La façon d'y parvenir était de suivre les règles.
Goûter à l'échec. Revenir malgré tout.
« Maintenant, je dois me relever et me battre avec une épaule cassée. »
Cassius sourit à cette réalisation, la peur et l'anticipation bouillonnant sans repos en lui. Puis il serra les dents — si fort qu'un craquement résonna sur le terrain d'entraînement — attrapa son épaule disloquée avec son autre main et la força à reprendre sa place.
Il hurla, les yeux embués de larmes, et se mordit les lèvres jusqu'au sang.
Lucian et Lilien sursautèrent légèrement, pris au dépourvu par ce geste soudain.
Le temps qu'ils reprennent leurs esprits, Cassius était déjà debout, chancelant, tremblant, le bâton-fourreau dans la main gauche et l'épée dans la droite.
Il regarda ses aînés et découvrit ses dents rougies par le sang. « Par les yeux de la Reine, je vous jure que je n'oublierai pas ça. » souffla-t-il en prenant sa garde avec une grimace.
Le serpent pâle siffla de plaisir et la boucle se referma un peu plus. Il en restait moins de la moitié désormais.
Puis la deuxième règle arriva, le serpent sifflant avec encore plus d'empressement.
« Règle 2 : Ne répète jamais la même erreur jusqu'à ce que tu comprennes chaque partie de ce que tu as cherché à goûter. »
Le serpent s'immobilisa. Mais Cassius pouvait déjà deviner la troisième règle... ou plutôt, la culmination de la première et de la seconde.
Règle 3... la boucle se ferme et il s'adapte enfin.
« Oh là là. » Il rit et se jeta à nouveau sur ses aînés, rappelant activement ses dernières erreurs afin de ne pas les répéter.
C'était plus difficile qu'il ne l'avait prévu. Bien plus difficile. Et l'ironie voulait qu'en essayant d'éviter une erreur, il en commettait une autre.
Il perdit à nouveau, sa cheville tordue par un coup de pied impitoyable de Lucian, et se retrouva au sol.
La douleur l'étourdit, des étoiles sombres remplaçant le monde réel un instant. Son corps accusa le coup, une vague d'épuisement soudain l'envahissant.
Il resta là, respirant superficiellement, ses aînés se tenant au-dessus de lui.
« Tu as encore perdu, Dernier-Né. » Lucian s'accroupit, souriant. « Ça devient embarrassant. »
« Ah... ah... » Cassius ne pouvait même pas former de mots, trop concentré pour maintenir sa respiration. Un instant, l'idée d'abandonner effleura son esprit.
À cet instant précis, une sensation inconfortable l'envahit. Il fit rouler ses yeux dans leurs orbites et regarda le Serpent de l'Adaptabilité... observant les petits progrès qu'il avait accomplis commencer lentement à se défaire.
« Oh, bon sang. »
Le serpent connaissait immédiatement ses intentions d'abandon et agissait en conséquence. Il devait continuer à se relever, il le comprit instantanément. S'il s'arrêtait par peur ou par désir d'attendre une victoire assurée, chaque centimètre de progrès accompli s'effacerait.
Cette réalisation le fit frissonner involontairement de peur et d'appréhension.
Peur de ce qu'il devrait endurer pour s'adapter. Appréhension de savoir s'il pourrait réellement le supporter et continuer à se relever.
Il ne pouvait rien faire contre la peur à cet instant. Mais l'appréhension ? Il pouvait y répondre.
Il serra les dents, regarda ses deux aînés et sourit avec une provocation évidente pour chasser l'appréhension.
« N-Nous n'avons pas fini, bande de bâtards. »
Il tenta de se pousser pour se lever, mais il était bien naïf de penser qu'un Desdemona attendrait qu'il soit correctement sur ses pieds.
Morgan l'aurait accepté. Dorian n'aurait même pas pris la peine de se battre contre lui.
Mais les jumeaux...
Ils étaient impitoyables.
Il avait à peine posé ses paumes sur le sol que Lucian et Lilien lui giflèrent simultanément les deux côtés du visage, un craquement retentissant résonnant dans le terrain d'entraînement.
Les yeux de Cassius s'écarquillèrent sous le choc. Puis il perdit connaissance, son cerveau ballotté dans son crâne comme une balle.
« Quel idiot. » ricana Lucian, riant plus fort en voyant Cassius écumer sur le sol. « La prochaine fois, attaque sans prévenir, Dernier-Né ! »
Lilien secoua la tête devant son jumeau, les lèvres tremblantes. Elle sortit lentement son téléphone runique et commença à photographier son petit frère avec un large sourire.
« Ma collection s'agrandit ! » pensa-t-elle avec excitation.
C'était la veille de la rencontre officielle avec Isolde. Et Cassius avait échoué à sa première tentative d'adaptation, totalement submergé par ses aînés.
Mais les progrès du Serpent de l'Adaptabilité ne disparurent pas. Pas encore. Ils ne s'annuleraient que si Cassius hésitait consciemment et délibérément, abandonnait totalement la tâche ou choisissait d'attendre une victoire assurée.
Il ne l'avait pas fait.
Il attaqua ses aînés à nouveau dès qu'il se réveilla. Et continua jusqu'à ce que le jour arrive enfin.
Le jour de la rencontre avec sa femme.
—Fin du Chapitre 27—