Chapitre 194
Chapitre 194 – En quelques secondes
Les participants n’étaient pas les seuls surpris par le contenu de la Deuxième Épreuve.
L’arène était plongée dans un silence de mort, chaque regard, écarquillé par la surprise, restait fixé sur l’écran géant divisé en quatre parties égales, montrant chaque zone.
Isolde agrippait ses accoudoirs si fort que des fissures s’y propageaient comme des toiles d’araignée, ses yeux violets rivés sur Cassius avec inquiétude.
À ses côtés, Lucian et Lilien étaient devenus silencieux, leurs visages prenant en cet instant une expression identique à celle de leur père : froide et impassible.
Les nobles, dans leur propre loge, plissèrent les yeux en découvrant la nature de l’épreuve. Ils savaient, mieux que quiconque, à quel point la Deuxième Épreuve était ardue.
L’Académie leur avait donné exactement trois minutes pour éliminer neuf personnes dans chaque zone.
Trois minutes, c’était bien trop court pour quoi que ce soit. Ce n’était pas assez de temps pour permettre un compromis, pour nouer des alliances, ou même pour qu’un plan stratégique digne de ce nom puisse germer dans leurs esprits.
L’Académie ne leur laissait aucun répit pour réfléchir. En réalité, il était clair que leur objectif n’était pas d’observer leur capacité de réflexion dans de telles situations.
Ce n’était pas là le but de la Deuxième Épreuve.
Tout ce qu’ils voulaient voir, c’était ce que cette jeune génération — celle qu’ils considéraient comme la Génération Dorée — ferait lorsque le temps les presserait et que l’action serait exigée.
Ils s’attendaient tous à une forme de lutte : des batailles chaotiques dans toutes les zones, entraînant des morts inutiles et l’élimination de talents pourtant dignes d’intégrer l’Académie.
Ils étaient tous préparés à assister à de tels événements.
Cependant, ce qui se produisit dans les secondes qui suivirent fut quelque chose que personne dans tout le Royaume ne s’attendait à voir.
Et ce fut une scène qu’ils n’oublieraient jamais pour le restant de leurs jours.
En fait, ces enregistrements allaient entrer dans les annales de l’Académie Elysia, couronnant le début de la plus grande génération qu’elle ait jamais connue.
Car, dès l’instant où le chronomètre fut lancé, les Élus surent qu’il était inutile de s’en prendre les uns aux autres.
C’était insensé.
Et peu importait à quel point leur ego et leur arrogance étaient démesurés, ils savaient les mettre de côté pour prendre la décision la plus sage.
Ainsi, dans la Zone des Montagnes Rocheuses...
Klaus, rapide et insaisissable comme le vent, agit le premier en utilisant sa Deuxième Compétence. Il visa avec son arc un groupe de trois hommes regroupés, sur le point d’attaquer.
Ils l’aperçurent et rugirent, mais il était trop tard pour réagir alors qu’il décochait une flèche de vent intensément condensée. La flèche siffla dans l’air et, en un battement de cœur, atteignit sa cible.
Elle se divisa alors en trois parties égales et transperça les trois hommes.
Ils poussèrent des cris de douleur, se débattant aveuglément avec leurs Aspects, provoquant des effets et des lueurs qui firent trembler la Zone de Sécurité.
Ils n’étaient pas encore tout à fait morts et semblaient même se rétablir. Cependant, Love porta le coup de grâce impitoyable en alimentant les résidus de vent laissés par Klaus avec des dizaines de runes de flammes.
Un feu bleu détona, et les trois hommes brûlèrent jusqu’à la mort, se tordant au sol.
Au même moment, Theophane sourit à un homme grand et musclé sur le point de frapper Sarah au visage, le faisant instinctivement se figer, frappé par sa beauté.
Cette pause fut tout ce dont Esmeray eut besoin. Elle jaillit de sa position et monta l’homme comme un chat, saisissant sa tête d’une main rayonnante de puissance spirituelle, avant de la faire exploser.
Pourtant, aucune explosion n’était visible, car c’était l’âme même de l’homme qui s’était réduite en cendres.
Il s’effondra, les yeux révulsés, fixant toujours Theophane, dont le sourire ne s’était jamais effacé.
Klaus Handoff tua une autre femme en envoyant une flèche droit dans son œil droit, faisant éclater son cerveau de l’intérieur.
Deux personnes déclarèrent instantanément forfait, voyant le sang et la mort s’accumuler si rapidement. Elles disparurent aussitôt, emmenées par l’Académie.
Il n’en restait que deux. Et ils furent tués par une bête imposante — un tigre blanc aux marques cramoisies sur tout le corps.
La bête mystique et étrange rassembla les têtes de ses proies et les engloutit en même temps. Puis, elle secoua violemment la tête et arracha les têtes.
Le sang jaillit comme une fontaine, la teignant de rouge. Les marques sur son corps brillèrent. La bête but le sang de ses victimes avec un plaisir évident avant de reprendre forme humaine.
Un homme à la peau blanche, aux cheveux cramoisis pareils à une crinière de tigre, et aux yeux jaunes fendus, bestiaux. Sa bouche dégoulinait de sang, de chair et d’organes.
Sur ce, les neuf personnes des Montagnes Rocheuses étaient soit mortes, soit avaient déclaré forfait.
Les six restants étaient : Klaus Handoff, Love de Bayard, Theophane Celeste, Esmeray Hood, Sarah, et enfin... Tiger Woods.
Dans la Zone de la Mer Gelée, Raven et Jonathan ne bougèrent même pas de leurs places malgré le début de l’épreuve. Ils continuaient de se fixer avec une hostilité manifeste.
Les femmes, cette fois, firent tout le travail, ou plutôt... Keisha fit tout. Ou peut-être pas tout à fait Keisha.
« Laisse-moi faire. » murmura Shakei à Keisha dès le début de l’épreuve. La jeune fille innocente accepta avec un doux sourire, pensant qu’il était temps pour elle de se rendre utile.
À son consentement, en un instant, toute sa présence changea radicalement, passant de l’innocence, de la timidité et de la peur à une femme d’autorité. Son corps se transmuta. Il n’était plus fait de chair et d’os.
Désormais, son corps était fait de glace et de brume.
Elle ouvrit les yeux, révélant une lumière jaune perçante dans son œil droit au milieu d’une mer de brume. Ils étaient froids et anciens, détenant un savoir et une puissance impossibles pour une jeune fille de dix-huit ans.
Keisha — ou plus précisément, Shakei — leva la main, puis la serra fermement en un poing.
En un battement de cœur, neuf personnes furent figées dans un givre noir, instantanément mortes, leurs cœurs gelés. Pour finir, Natalia les brisa toutes comme du verre, ses yeux dénués de sentiment.
En trente secondes, neuf personnes moururent.
Les seuls restants étaient : Jonathan de Grace, Raven Hood, Keisha Silver, Natalia Glassscion, William Castria, et enfin une femme flottant dans les airs — assise sur un crâne, portant un chapeau de sorcière et un masque blanc sur le visage.
Elle se nommait Nafissatou. Et elle gloussait.
« Oh mon Dieu~ »
Dans la Forêt Jaune, avant même qu’Emrys ne puisse agir, un participant utilisant un Aspect de type Espace scella l’espace autour des neuf personnes qu’il considérait comme les plus faibles, les immobilisant sur place.
Puis, sans pitié, il envoya des lames spatiales invisibles vers chacun d’eux, dans l’intention de les décapiter promptement.
Cependant, Meadow et Omm faisaient partie des neuf scellés.
Leurs yeux s’écarquillèrent sous le choc en sentant la mort approcher rapidement.
Mais avant que l’un ou l’autre ne soit blessé, l’attaque visant Meadow fut facilement interceptée par la main d’Emrys, crépitante de foudre, tandis que celle destinée à Omm fut déviée par l’épée de flammes noires de Jeanne, qui se tenait devant lui.
Emrys et Jeanne fixèrent froidement l’homme qui souriait avec une arrogance évidente. Il était petit, à la peau jaunâtre pâle. Ses yeux étaient des fentes horizontales, comme ceux d’un crapaud, et son crâne était entièrement chauve, couvert de tatouages.
Il avait l’air ridicule. Mais la puissance qui émanait de lui était stupéfiante.
Emrys ressentit instantanément un fort dégoût pour cet homme.
Mais alors, sans s’occuper de lui, Jeanne et Emrys attaquèrent.
Jeanne trancha de son épée vers une femme à proximité qui s’était uriné dessus, la brûlant de ses flammes noires.
Emrys se contenta de faire claquer un doigt vers un homme figé par la peur, envoyant la foudre dans son cerveau et le faisant perdre connaissance.
Ainsi, huit personnes étaient mortes et la dernière avait déclaré forfait.
Et ce, en une minute et six secondes.
Les seuls restants étaient : Emrys Stormblessed, Jeanne Safara, Omm, Meadow, et enfin... Omar Ibn Omar.
Au même moment, dans la Zone des Dunes Noires, six personnes restaient.
Les neuf participants avaient tous déclaré forfait, grâce au sang que Cassius leur avait injecté lors des poignées de main qu’il leur avait données lorsqu’ils avaient remis leurs artefacts plus tôt.
Aucun d’eux n’avait senti son sang s’infiltrer profondément en eux à ce moment-là, atteignant directement leurs cœurs, attendant d’être activé par lui.
Et tout cela grâce à Anesthesia, qui avait complètement fasciné leurs esprits, leur faisant oublier tout sauf elle.
Ainsi, avec la menace combinée d’une mort atroce par asphyxie et le doux sourire d’Anesthesia leur demandant de déclarer forfait... ils obéirent tous, réalisant enfin qu’ils avaient non seulement perdu leurs artefacts et objets précieux, mais qu’ils avaient été manipulés depuis le tout début.
Le tout en quarante-cinq secondes.
Ainsi, six personnes restaient : Cassius, Anesthesia, Océane, Jurkil Julaibib, Diaila, et enfin Layla Bint Aicha.
Sur ce, la Deuxième Épreuve prit fin — les premiers à finir furent ceux de la Mer Gelée, puis les Dunes Noires, les Montagnes Rocheuses, et enfin la Forêt Jaune.
L’épreuve s’était terminée d’une manière que personne n’avait anticipée.
C’était comme si tous les génies avaient pris des dispositions préalables pour éliminer les plus faibles d’entre eux.
Les étudiants de l’Académie observaient avec des frissons cachés sur tout le corps, regardant ceux qui seraient bientôt leurs cadets.
Pourtant, la plupart d’entre eux étaient gênés de l’admettre — surtout les deuxièmes années — qu’ils n’auraient probablement pas survécu s’ils avaient été dans la même épreuve.
Les professeurs étaient désormais pleinement concentrés, leurs yeux brillant d’une lueur étrange à la vue d’une telle efficacité.
Après avoir laissé quelques secondes de plus aux gens pour se ressaisir, la voix du présentateur tonna une fois de plus pour que tous puissent l’entendre.
<C’est phénoménal !> dit la voix, exprimant ce que tout le monde pensait. <Nous nous attendions à un chaos absolu. Au lieu de cela, vous nous avez montré la différence entre ceux qui sont véritablement doués et ceux qui sont simplement forts selon les standards du monde. Pour cela, nous avons l’honneur de partager la formidable nouvelle que les vingt-quatre personnes encore en vie à travers les quatre zones sont officiellement admises à l’Académie Elysia.>
Des rugissements éclatèrent instantanément.
Dans la ville de Desde, Maryam se permit enfin de s’asseoir, mais son émotion était si forte que ses genoux cédèrent et elle s’effondra sur le sol.
Elle regarda l’écran avec des yeux embués, tremblante, ses lèvres incapables de cesser de trembler. Elle regarda son fils, qui avait enfin réussi à entrer à l’Académie, et n’arrivait pas à y croire.
Son fils ? Elle ? Une roturière qui savait à peine lire et écrire... avec un enfant dans la plus grande des Académies ?
« Gloire au Seigneur ! » loua-t-elle dans sa tête.
Elle se tourna pour regarder son mari et trouva Ali, grand et musclé, au sol, fixant la télévision d’un air absent.
Il pleurait. Et souriait.
À voix basse, il ne cessait de marmonner quelque chose :
« Loué soit Dieu ! Loué soit Dieu ! »
Il était si submergé qu’il baissa la tête en signe de prosternation, remerciant son Seigneur.
Bientôt, Maryam le rejoignit, l’enlaça, pleura avec lui et pria avec lui, heureuse pour leur fils, tout en étant... profondément inquiète pour lui.
Ils avaient été témoins de la proximité de la mort à laquelle il avait échappé quelques instants plus tôt, et ne pouvaient s’empêcher de souhaiter qu’il soit de retour à la maison avec eux.
Maintenant, tout ce qu’ils pouvaient faire était de prier pour lui. Et ils prièrent.
De la même manière, la mère de Diaila était submergée de joie.
C’était la première fois que quelqu’un de sa famille réussissait à entrer à l’Académie Elysia, bien qu’ils soient nobles.
Et cette personne était sa propre fille. Cependant, Diary savait bien que ce n’était pas grâce à sa propre force.
Alors elle regarda Jurkil Julaibib, debout à côté de Diaila avec son expression paresseuse, et réalisa que tout — même l’avenir de sa fille — dépendait de cet étrange jeune homme.
Et ce que le jeune homme voulait avait été rendu clair pour tout le monde.
Il la voulait, elle.
À cette réalisation, le cœur de Diary manqua un battement involontaire. Elle tourna la tête vers son mari et vit son visage rouge.
Il bouillonnait de rage, la regardant avec des yeux pleins de mépris.
« Tu connais les conséquences si tu oses jamais envisager cette idée. » dit-il immédiatement, comme s’il pouvait lire dans ses pensées. « Tu le sais bien, Diary. Tu le sais bien ! »
Diary ne dit rien au début. Au lieu de cela, elle lui sourit faiblement, ses yeux marron brillant d’une lueur inconnue.
Une lueur qui, selon elle, les guiderait enfin et ferait d’eux plus qu’une simple famille de rang trois sous la coupe de la famille Safara.
Une lueur...
Elle se tourna et regarda Jurkil Julaibib.
...qui ne demandait rien d’autre qu’un petit sacrifice.
« Ah... vouloir une vieille femme comme moi... pourquoi ? Juste pourquoi ? Maintenant... ah, Jurkil Julaibib, juste... qui es-tu ? »
Beaucoup d’autres comme eux furent heureux et commencèrent à se préparer à célébrer l’admission de leurs enfants.
Cependant, les nobles ne laissèrent échapper aucun soupir de soulagement ni aucun sourire de joie.
Pour eux, il était acquis que leurs enfants entreraient à l’Académie. Ce qui les préoccupait davantage était le classement de la Première Année.
Et c’est alors que la Troisième et dernière Épreuve arriva. Et en y repensant, Morenna regretta immédiatement la façon dont elle l’avait conçue.
À cause de la manière dont elle s’y était prise, elle avait handicapé son propre petit-fils. Son préféré.
« Mon ange... » Elle serra les dents et écouta.
Tous écoutèrent.
<Vous avez réussi à être admis à l’Académie. Il est maintenant temps de décider du classement.>
« OHHHHHHH !!!! » rugit l’arène, encore plus impatiente.
<Un petit conseil : le classement est la chose la plus importante à l’Académie. Tout en dépend. Et quand je dis tout... je veux dire tout.>
<Quant à la Troisième Épreuve, elle aura lieu sur le Terrain d’Essai de la Vraie Entrée, situé sous l’endroit où vous vous tenez actuellement.>
<Les règles sont simples. Il y a vingt-quatre portes, une pour chaque participant, au sommet du Mont Hivetop. Chaque porte ne peut être ouverte que par une Clé spécifique. Votre propre Clé.>
<Le problème est que votre Clé n’est pas en votre possession. Elle est actuellement détenue par un autre participant. De même, vous détenez la Clé de quelqu’un d’autre.>
<Pour réussir l’épreuve, vous devez obtenir votre Clé, atteindre votre porte et l’ouvrir.>
« Oh Reine au-dessus de nous... » Les yeux de Cassius s’écarquillèrent.
<Le premier participant à le faire gagnera le titre de Palatin. Les classements restants seront déterminés par l’ordre dans lequel les portes seront ouvertes.>
À ce moment-là, Anesthesia regarda Cassius et eut un sourire en coin.
« Tu es foutu, Cassius. »
Et en effet...
<Quant à Cassius Desdemona, qui a choisi de porter le fardeau d’Océane Terre, il aura besoin de deux Clés. Par conséquent, deux Clés appartenant à d’autres lui seront également confiées.>
Isolde, les Jambar, les Desdemona et tous ceux qui le soutenaient se levèrent de leurs sièges, sous le choc.
<Un dernier détail. Chaque participant saura exactement qui possède sa Clé. Ainsi...>
[...Cassius...] dit Ananke avec inquiétude, en regardant Cassius, qui était resté complètement silencieux.
<...que la Troisième et Dernière Épreuve commence.>
—Fin du Chapitre 194—