Chapitre 12
Chapitre 12 – Le Vilain du Destin
[Destin Absolu : Vilain du Destin.]
Le regard de Cassius était rivé sur le panneau pourpre éclatant. Pour lui, on aurait dit que du sang immatériel en suintait, accentuant l’étrange sensation qui bouillonnait en lui.
« Alors, c’est ce que j’obtiens. » songea-t-il. « C’est mon Destin. Et maintenant que je le connais, je ne peux plus y échapper. »
Il passa sa langue sur ses dents, se redressa et s’assit en tailleur. Ses yeux étaient embrumés par les pensées qui défilaient dans son esprit.
La Déesse ne dit rien, se contentant de le regarder accepter la situation qu’il avait lui-même provoquée.
Quant à elle, elle évaluerait la marche à suivre le moment venu.
« Espérons que ce que j’ai invoqué sur moi-même ne soit pas un risque ruineux. » Elle esquissa un sourire tendu, puis ferma les yeux.
« Je ne peux pas dire que je sois surpris. » continua Cassius, luttant contre un sourire qui menaçait de lui fendre le visage. « Je ne peux rien être d’autre... pas avec le sang qui coule dans mes veines, pas avec ce qu’était Cassius, et pas avec ce que je suis moi-même. »
Noah, dans sa vie passée, avait toujours aimé les Vilains. Pour la plupart des gens, cela aurait pu passer pour un choix fait à contre-courant. Pour se distinguer.
Mais non, c’était bien plus que cela.
Bien plus qu’un simple comportement puéril visant à attirer l’attention de personnes qui ne se souciaient que d’elles-mêmes.
Pourtant, si quelqu’un lui avait demandé pourquoi il aimait les Vilains... Noah, désormais Cassius, n’aurait jamais su répondre. Il en allait de même pour son amour obsessionnel pour les femmes dangereuses.
Ou peut-être le savait-il. Mais cela aurait signifié revivre des souvenirs qu’il n’était pas prêt à affronter à nouveau.
Alors, il verrouilla cette partie de son esprit et laissa son amour pour les vilains et les femmes fatales comme quelque chose d’intrinsèquement ancré en lui.
« J’ai obtenu ce que je voulais. » murmura-t-il intérieurement. « Dans le Jeu, Emrys ne parvenait à trouver ce donjon et à obtenir son Destin Absolu que grâce à Isolde. »
C’était presque risible : la fille qu’il avait délaissée pour une autre lui avait offert l’un des pouvoirs les plus déterminants de l’histoire.
Car dans le jeu [Chosen Ones], chaque Personnage Principal suivait son propre chemin. Son propre Destin.
Un chemin façonné par sa lignée, ses rêves, son caractère. Un chemin qui finirait par entrer en collision avec d’autres, créant des {Événements} — des situations qui changeaient radicalement le Jeu.
C’était précisément ce qui rendait la Fin différente à chaque fois. Les joueurs ne faisaient jamais les mêmes choix, donc les résultats ne s’alignaient jamais non plus.
Le créateur du Jeu avait pris soin de reproduire l’un des aspects fondamentaux de la réalité : le Monde est une Surprise.
Rien n’était gravé dans le marbre.
Et dans un tel environnement, connaître son Destin était primordial. C’était la différence entre surmonter chaque obstacle et chaque revers, ou se laisser engloutir par eux.
Il existait une citation célèbre à ce sujet, tirée du Conte du Fou : « Celui qui connaît sa destination marche en paix ; celui qui l’ignore marche dans le vacarme. »
Et la meilleure façon de connaître sa destination, ou du moins d’en avoir l’illusion, était...
« ...par la Bénédiction du Destin Absolu de [La Dame qui Lit la Fin]. » Cassius caressa son menton, pensif. « Car elle active la Fonction Cachée du Système, vous guidant le long de votre chemin avec des Quêtes et des récompenses, tant que vous ne vous écartez pas de la voie. »
C’était le premier code de triche.
Et dans un jeu où même les Personnages Principaux mouraient comme des pions sans valeur si un seul détail tournait mal, c’était un atout primordial.
Cassius sourit, imaginant brièvement ce qu’il adviendrait d’Emrys maintenant qu’il avait perdu cette opportunité. Mais peu importait. L’homme ne saurait même pas qu’il avait perdu quelque chose.
Et c’était peut-être là le pire.
Secouant la tête, il balaya l’air de la main pour faire disparaître le panneau de notification.
Il prit une profonde inspiration, la poitrine oppressée, les narines frémissantes.
Il se concentra davantage, sentant l’Essence qu’il avait dépensée durant le rituel commencer à se régénérer, puis augmenter de façon exponentielle.
Il sourit, murmura quelques mots, et son statut apparut.
[Nom : Cassius Desdemona]
[Âge : 18 ans]
[Titre : Dernier-Né des Desdemona]
[Béni : Destin Absolu – Dame Ananké]
[Aspect : Héritage – Type Sanguin]
[Emplacement : 0/1]
[FOR : 20 (+6) ; AGI : 20 (+5) ; CONS : 24 (+4) ; PER : 25 (+10) ; CHA : 40 (+5) ; Essence : 50 (+48)]
« Oh, mon Dieu. » s’exclama Cassius, les yeux écarquillés devant le bond de ses attributs, mais surtout, de son Essence.
Dans son excitation, il déchira sa veste blanche et observa la Marque de Droit d’Aînesse sur son torse. La lueur était plus vive maintenant. Bien plus vive. Assez pour rivaliser avec celles des Personnages Principaux.
Ses lèvres s’étirèrent en un large sourire. Puis il rejeta la tête en arrière et laissa échapper un rire si puissant qu’il résonna dans sa poitrine comme des battements de tambour.
« J’ai réussi ! » hurla-t-il en serrant les poings. « Putain, oui ! »
Sa voix forte et ses mots crus firent froncer les beaux sourcils d’argent de la Déesse — dont le vrai nom était Ananké.
« Veux-tu que je te jette hors de ma Porte, Rejeton ? » grimaça-t-elle, irritée par le vacarme.
Elle détestait le bruit. Non, elle le haïssait.
« Oh, Déesse ! » Cassius pivota et se précipita vers elle.
En un instant, il fut à quelques centimètres de son visage.
« Vous avez probablement déversé tellement de votre pouvoir dans cette Bénédiction pour que mon Droit d’Aînesse s’améliore autant. J’ai toujours su que vous m’aimiez. Étiez-vous juste trop timide pour le montrer ? »
« Tu me feras regretter cette décision si tu continues ainsi. » dit-elle d’un ton plat.
« Wow. Laissez donc un homme célébrer sa victoire, voulez-vous ? Cela vous tuerait-il ? »
« Il n’y a aucune raison d’agir de la sorte. Nous avons des choses plus importantes à discuter. »
« J’ai une règle importante... »
Ananké leva les yeux au ciel.
« ...toujours célébrer les petites victoires avant les grandes. » Cassius sourit, son excitation retombant légèrement. « Et croyez-moi, ce n’est pas une petite victoire, Ananké. »
« Appelle-moi Déesse, ou par mon titre. » lança-t-elle avec un regard noir.
Cassius ignora sa plainte, sachant pertinemment qu’elle ne pouvait plus lui faire de mal.
« Et voulez-vous savoir pourquoi ? » reprit-il en se rasseyant en tailleur, les yeux fixés sur les siens.
Piquée par l’agacement mais curieuse malgré elle, Ananké répondit après un instant.
« Ton Aspect. » dit-elle avec certitude.
« Exact. » Il hocha la tête. « Je peux enfin utiliser mon Aspect et obtenir ma Première Compétence. »
Ananké pencha la tête à ces mots. « Première Compétence ? » dit-elle, confuse. « Tu as un Aspect mais aucune compétence ? Comment est-ce... ! »
Elle se tut. Ses yeux s’agrandirent dans une soudaine réalisation.
« Tu... » murmura-t-elle, son cœur s’accélérant étrangement. « Tu possèdes un Aspect Merveilleux ? »
Les mots eux-mêmes firent vaciller la Porte du Destin et du Secret — tel un bateau luttant pour rester à flot dans une mer déchaînée.
Cassius découvrit ses dents dans un sourire carnassier.
« Je ne sais rien des Aspects Merveilleux. Mais... »
Il activa son Aspect avec la totalité de ses 50 points d’Essence.
« ...un Aspect comme le mien a très peu de chances d’exister ailleurs. De cela, j’en suis certain. »
Une lumière rouge-noir brûlante enveloppa tout le corps de Cassius.
Ananké siffla de surprise, puis esquissa un large sourire lorsqu’un sceau apparut au-dessus de lui.
Le Sceau du Serpent qui se dévore, celui des Desdemona.
Non pas un, mais des dizaines, chacun brillant d’une couleur différente, d’une sensation différente.
Elle couvrit sa bouche avec grâce et éclata d’un rire cristallin.
Cassius entrouvrit les lèvres.
« Maintenant, donne à papa quelque chose de bien, mon doux bébé ! »
—Fin du Chapitre 12—