Chapitre 11
Le trente et unième jour, Jin découvrit qu’on pouvait demander du travail avec beaucoup d’assurance tout en refusant de dire ce qu’on avait fait avant.
Baek Seol arriva au Pavillon du Sentier Vide avant que le soleil ait franchi les crêtes. Bok remontait du puits avec deux seaux, et Sook inspectait les jarres de riz avec la mine de quelqu’un qui espérait encore en trouver le fond plus bas. La jeune femme portait les mêmes vêtements que la veille, propres mais usés aux manches, et la même bande de tissu autour du poignet droit. Elle n’avait qu’un petit sac de voyage.
— Vous n’avez pas d’autres affaires ? demanda Bok en posant ses seaux.
— Non.
— C’est pratique. Chez nous, les gens commencent généralement par posséder des choses avant de les perdre.
Seol regarda le bâtiment principal et ses tuiles dépareillées, puis la cour striée de rainures pour l’eau de pluie. Son regard s’arrêta sur le râtelier : deux bâtons, une lance émoussée et l’épée de bois de la démonstration.
— C’est ici que vous enseignez ?
— Ici et dans la cour, répondit Jin. Quand il pleut trop, dans la salle commune.
— Combien de disciples avez-vous ?
Jin hésita assez longtemps pour que Bok vienne à son secours.
— Ça dépend comment vous comptez.
— Je compte les personnes.
— Alors nous en avons moins que si vous comptiez les bonnes intentions.
Sook apparut sur le seuil de la cuisine, son registre ouvert.
— Nous avons surtout une dette de trois cents taels, quatre cents pièces de cuivre en réserve et douze personnes attendues pour un cours à prix libre. Si vous cherchez un bon salaire, vous vous êtes trompée de montagne.
— Je n’ai pas demandé de bon salaire, répondit Seol.
— C’est déjà ça. Vous savez cuisiner ?
— Assez pour manger.
— Nettoyer ?
— Oui.
— Réparer une toiture ?
Seol leva les yeux vers les tuiles.
— Pas convenablement.
— Au moins, vous ne prétendez pas tout savoir.
Jin aurait préféré mener cet interrogatoire autour d’un thé, mais Sook avait déjà posé son registre sur la table de la cour et examinait la visiteuse comme une livraison de riz où il manquerait peut-être des sacs.
— Vous avez parlé d’enseigner les armes, reprit Jin. Avant de parler d’engagement, j’aimerais voir ce que vous pouvez transmettre.
Seol posa son sac contre le mur.
— Donnez-moi une épée d’entraînement.
Bok alla chercher celle de la veille et la lui tendit par la poignée. Elle la prit de la main gauche et en éprouva l’équilibre de quelques mouvements du poignet, sans prendre de garde.
— Elle est trop lourde vers la pointe.
— Nous l’avons fabriquée nous-mêmes, dit Jin.
— Ça se voit.
— Elle est solide.
— Ce n’est pas la même chose.
Bok s’apprêtait à défendre son ouvrage ; un regard de Sook l’arrêta. Il l’avait taillée dans une pièce de bois récupérée pour remplacer l’une des vieilles épées du pavillon, fendue près de la garde, et personne ici n’en connaissait les bonnes proportions.
Seol gagna le centre de la cour, là où les rainures dessinaient des lignes irrégulières entre les pierres, et choisit un endroit assez dégagé pour ne toucher ni le râtelier ni les jarres.
— Vous vouliez voir ce que je sais faire ?
— Montrez-nous.
Elle inspira normalement. Pas de poitrine gonflée, aucune de ces manifestations de puissance que les conteurs prêtent aux grands maîtres. Son pied droit glissa un peu en arrière, sa main gauche abaissa la pointe, et Jin crut d’abord qu’elle cherchait simplement une position plus confortable.
Puis elle avança.
Il attendait une coupe rapide, quelques enchaînements faits pour impressionner un débutant. Ce qui le frappa, c’est qu’il ne voyait aucun geste en trop. Seol n’allait pas vite et ne cherchait pas à en donner l’air ; son corps suivait l’arme de si près que Jin n’aurait pas su dire à quel moment la coupe avait commencé.
Trois déplacements, trois attaques différentes, chacune arrêtée à une distance qu’il aurait jurée impossible à mesurer sans adversaire. La pointe ne tremblait pas. Ses épaules restaient basses et son souffle gardait le même rythme, même quand elle changeait brusquement de direction.
Jin ne reconnaissait aucune technique. Il n’aurait d’ailleurs pas su distinguer une méthode célèbre d’un exercice bien exécuté : l’examinatrice de l’Alliance lui avait surtout montré l’étendue de ce qu’il ignorait. Mais il avait assez travaillé sa propre coupe pour savoir que ce qu’il voyait le dépassait de très loin. Lui devait réfléchir à chaque transition ; chez Seol, la suivante semblait prête avant la fin de la précédente. Son épaule à lui annonçait l’attaque ; celle de Seol ne bougeait qu’au dernier moment utile. Et quand elle s’arrêtait, l’épée s’arrêtait là où elle l’avait décidé, sans correction.
Bok s’était rapproché.
— Elle est vraiment meilleure que vous, murmura-t-il.
— J’avais remarqué.
— Je vérifiais qu’on regardait la même chose.
Au quatrième déplacement, Seol pivota sur son pied arrière, traça une coupe descendante et ramena aussitôt l’arme devant elle, dans une garde d’où elle pouvait repartir n’importe où.
Son visage se contracta.
Sa main droite, restée le long de son flanc, s’était refermée d’instinct ; elle la plaqua contre son vêtement. Puis elle modifia légèrement sa position, comme pour contourner quelque chose que son corps ne faisait plus.
La cinquième coupe fut plus lente. La sixième ne vint pas.
Seol abaissa l’épée, la garda un moment contre sa cuisse et revint vers eux en expirant.
— Voilà.
Bok attendit la suite.
— C’est tout ?
— Vous vouliez une démonstration.
— Je pensais qu’au moins quelque chose se briserait.
— Vous pouvez casser l’épée vous-même. Ce sera plus rapide.
Le coin des lèvres de Sook bougea. Jin, lui, regardait toujours l’arme. À l’office de l’Alliance, il avait vu ce qu’un pratiquant pouvait faire avec son qi : renforcer un coup, faire reculer un poteau sur son socle. Seol n’avait rien montré de tel, et pourtant ses gestes contenaient quelque chose qu’il ne possédait pas.
— Vous n’avez pas utilisé votre qi, remarqua-t-il.
— Pas pour cet exercice.
— Pourquoi ?
— Vous vouliez juger mon maniement de l’épée. Si je compense chaque erreur avec du qi, vous ne saurez pas si je maîtrise l’arme ou si je dépense seulement beaucoup d’énergie pour la déplacer.
Jin n’avait jamais vu les choses sous cet angle. Quand une coupe ne lui plaisait pas, il envoyait plus de qi dans son bras. L’examinatrice de l’Alliance l’avait pourtant averti que son qi arrivait avant son tranchant ; il n’avait pas encore compris tout ce que cela voulait dire.
— Vous pourriez m’enseigner ça ?
Seol regarda l’épée.
— Si vous acceptez de recommencer depuis le début.
— Je n’ai pas vraiment dépassé le début.
— Alors nous gagnerons du temps.
***
Le premier cours commença à la troisième heure de la matinée.
Sur les douze habitants inscrits, onze se présentèrent. Le douzième, un apprenti charpentier, avait envoyé son petit frère dire qu’une commande urgente le retenait à l’atelier et qu’il viendrait la prochaine fois, si son maître le laissait partir.
Jin fut plus soulagé qu’il ne l’aurait avoué. Onze élèves, c’était déjà beaucoup plus de monde qu’il n’en avait prévu en préparant ses exercices, surtout des élèves qui n’avaient ni le même âge, ni le même corps, ni les mêmes raisons d’être là : deux porteurs habitués aux lourdes charges, la couturière à l’épaule douloureuse, trois apprentis venus en bande, une marchande qui avait vu la démonstration avec sa fille, le vieil homme au tabouret pliant, et trois autres habitants que Jin ne connaissait que de vue.
Les deux enfants de la veille avaient suivi leurs parents. Sook les installa à l’écart et leur confia les gobelets d’eau : une cour pleine de débutants produirait bien assez d’accidents sans y ajouter des spectateurs pressés de les imiter.
Jin demanda deux rangs. Aussitôt, les plus grands se mirent devant, les amis refusèrent d’être séparés, et le vieil homme posa son tabouret à l’endroit exact qui rendait le second rang impossible.
Bok tenta de réorganiser le groupe.
— Ceux qui voient Jin restent derrière. Ceux qui ne le voient pas passent devant.
— Je ne le vois pas quand vous êtes devant lui, répondit la marchande.
— C’est parce que je vous explique où vous placer.
— Alors placez-vous ailleurs.
Après plusieurs échanges, chacun finit par voir à peu près la zone d’entraînement.
Jin salua, puis annonça ce qu’il comptait faire. Il ne formerait pas des combattants en une matinée, et ne promettait à personne de traverser les rivières d’un bond comme les maîtres des récits. Il voulait leur apprendre à garder leur équilibre, à respirer sous l’effort, à reconnaître une mauvaise posture et à tomber sans se blesser.
Tout le monde approuva. Un apprenti demanda aussitôt quand on commencerait les coups de pied.
— Quand vous saurez rester debout.
Le garçon regarda ses jambes, visiblement convaincu de remplir déjà la condition.
Jin montra une posture simple, pieds écartés, genoux fléchis, et demanda de la tenir en respirant régulièrement. En passant entre les rangs, il découvrit que ses explications, si claires dans sa tête, produisaient des résultats surprenants. Quand il disait de baisser les épaules, certains courbaient le dos. Quand il disait de fléchir les genoux, d’autres se penchaient en avant. Et la consigne de répartir le poids entre les deux jambes produisit chez un porteur un mouvement si étrange que Jin lui demanda de revenir à sa position de départ.
— Vous avez dit de ne pas mettre tout mon poids sur une jambe, protesta l’homme.
— Oui. Pas de le retirer des deux en même temps.
— Je n’essayais pas.
— Alors je ne comprends pas ce que vous essayiez de faire.
Le porteur non plus, manifestement.
Au bout d’un quart d’heure, Jin avait corrigé dix fois la même erreur, et plusieurs participants sentaient déjà leurs cuisses brûler. Lui-même avait appris ces positions à force de répétitions ; il découvrait qu’exécuter un mouvement et l’expliquer à un corps qui ne l’a jamais fait étaient deux métiers différents.
Seol regardait depuis le bord de la cour. Comme convenu, elle n’était pas intervenue. Mais quand la couturière essaya encore d’abaisser son épaule douloureuse en crispant tout son bras, elle s’approcha.
— Puis-je ? demanda-t-elle à Jin.
Il acquiesça.
Sans toucher l’épaule, Seol demanda à la couturière de lever lentement les mains comme si elle tenait un morceau de tissu.
— Gardez ce tissu tendu sans tirer dessus. Vos bras peuvent bouger, mais vos épaules ne les suivent pas.
La femme essaya, s’arrêta quand la gêne revint, recommença plus petit.
— Comme ça ?
— Mieux. Ne forcez pas davantage aujourd’hui. Une garde sert à vous protéger, pas à vous faire mal.
Jin avait décrit la position à atteindre ; Seol avait trouvé un geste que la couturière faisait déjà tous les jours. La différence se voyait : la femme tint la posture plusieurs respirations sans se crisper.
Seol se tourna vers le porteur.
— Quand vous soulevez un panier lourd, sur quelle jambe prenez-vous appui ?
— Les deux.
— Montrez-moi.
Il fit mine de saisir une charge, abaissa les hanches et plaça ses pieds pour pouvoir se relever sans perdre l’équilibre.
— Gardez ça.
Le porteur regarda ses jambes, surpris.
— Mais je fais ça tous les jours.
— Justement. Votre corps connaît déjà cet appui. Il faut seulement le garder quand vous n’avez pas de panier.
Bok éclata de rire.
— On aurait dû commencer par leur donner quelque chose à porter.
— Essayez, répondit Seol. Mais je doute qu’ils soient venus travailler gratuitement.
L’exercice suivant passa beaucoup mieux. Certains corrigeaient même seuls leur posture quand ils sentaient leur poids filer vers l’avant. Jin en éprouva une vraie satisfaction, et en même temps une gêne qu’il n’arrivait pas à chasser : Seol avait réglé en deux phrases ce qu’il expliquait depuis un quart d’heure.
À la pause, il la rejoignit.
— Vous avez déjà enseigné.
Ce n’était pas une question.
— Oui.
— À des débutants ?
— À différents niveaux.
Il attendit la suite. Seol se contenta de vérifier que la couturière ne reprenait pas ses exercices pendant la pause.
— Dans une école martiale ?
— J’ai reçu une formation.
— Ce n’est pas tout à fait ce que je demandais.
— C’est ce que je peux vous dire.
Il aurait pu insister. Elle ne semblait ni vexée ni en train d’inventer une histoire ; elle posait une limite, et c’était à lui de la respecter ou non. Il la respecta, pour le moment.
***
La seconde partie du cours portait sur les chutes. Jin avait sorti deux nattes épaisses et prévu de commencer par les mouvements les plus simples, ceux qui répartissent l’impact sans exposer la tête ni les articulations. Seol regarda les nattes avec une réserve manifeste.
— Vous allez les faire tomber ?
— Pas tout de suite. D’abord, je leur montre comment se protéger.
— Sur ces nattes ?
— Nous n’en avons pas d’autres.
Elle s’accroupit et appuya la paume sur l’une d’elles jusqu’à sentir le sol dessous.
— Elles suffisent pour certains exercices, pas pour des projections. Et je ne ferais pas travailler tout le monde de la même manière.
Jin fronça les sourcils.
— Je n’ai pas prévu de projections.
— Tant mieux. Mais votre premier exercice reste difficile pour quelqu’un qui n’a jamais appris à descendre au sol.
Elle n’avait pas tort, il le savait. Mais c’était lui qui avait préparé la séance, et il ne voulait pas que le responsable du pavillon ait l’air d’attendre l’avis d’une inconnue avant chaque exercice.
— Je peux adapter les mouvements.
— Alors commencez par là.
Le calme de la réponse l’agaça plus qu’une contradiction.
Il expliqua comment protéger la tête et montra une chute arrière depuis une position basse, en amortissant avec les bras sans frapper le sol des coudes. Quelques participants applaudirent par politesse, ce qui le gêna, puis les premiers volontaires essayèrent.
Les deux porteurs se laissèrent descendre sans mal. Un apprenti, lui, se raidit au dernier moment et retomba de travers, et le vieil homme déclara qu’il préférait garder ses os dans leur disposition actuelle.
Jin arrêta l’exercice pour corriger le garçon.
— Il faut relâcher votre corps avant de toucher le sol.
— Mais si je me relâche, je tombe.
— C’est le but.
— Je préférerais tomber moins.
Bok, qui surveillait les nattes, approuva gravement.
— C’est une opinion raisonnable.
Seol s’avança.
— Vous devriez arrêter cet exercice pour l’instant.
Jin se redressa.
— Pourquoi ?
— Ils ne savent pas encore contrôler leur descente. Vous leur demandez la fin d’un mouvement dont ils n’ont pas appris le début.
— C’est une chute élémentaire.
— Pour vous.
Elle l’avait dit sans dureté, mais plusieurs élèves avaient entendu. Jin sentit leurs regards aller d’elle à lui, et sa gêne tourna un instant à l’irritation.
— C’est comme ça que j’ai appris.
— Votre instructeur connaissait peut-être vos capacités avant de vous faire tomber.
Le silence s’installa. Bok se découvrit un intérêt soudain pour les nattes ; près de la porte, Sook leva les yeux de son registre.
Jin inspira lentement. Il comprenait l’argument. Ce qu’il digérait mal, c’était le moment choisi, et la facilité avec laquelle elle défaisait ses décisions devant tout le monde.
— Vous avez une autre méthode ?
— Oui.
— Montrez-la.
Seol fit former de petits groupes et commença en position assise : dos arrondi sans crisper la nuque, menton rentré, contact avec le sol accompagné progressivement. Ceux qui peinaient restèrent assis ou travaillèrent seulement la façon de se relever ; les autres répétèrent lentement avant de passer accroupis.
C’était moins spectaculaire que ce que Jin avait imaginé, et cela marchait. L’apprenti qui s’était raidi contrôla sa descente au bout de quelques essais. Le vieil homme accepta de faire quelques mouvements depuis son tabouret, à condition de ne pas tomber.
Jin regarda jusqu’au bout. Il aurait voulu défendre sa méthode, ne serait-ce que pour montrer qu’il avait réfléchi, mais les progrès des élèves lui coupaient l’argument. Seol avait vu ce qui bloquait chacun et changé l’ordre des choses en conséquence.
À la fin, les participants saluèrent les deux instructeurs avec une gratitude sincère. La couturière promit de revenir, les porteurs demandèrent s’ils pouvaient s’exercer chez eux, et les apprentis voulurent connaître la date de la prochaine séance.
La boîte reçut vingt et une pièces de cuivre. Sook les compta deux fois.
— C’est plus que ce que j’attendais pour un premier cours.
— Vous attendiez combien ? demanda Bok.
— Rien. Avec vous, c’est généralement une prévision raisonnable.
Les élèves redescendirent peu à peu, laissant des nattes froissées, quelques gobelets vides et une cour soudain beaucoup plus grande.
Jin rangea le matériel sans rien dire. Seol l’aida un moment avant de remarquer son silence.
— Vous êtes contrarié.
— Non.
— Vous avez rangé trois fois la même natte.
Il baissa les yeux. C’était bien celle qu’il venait de déplacer deux fois. Il la posa contre le mur.
— Vous auriez pu me prévenir avant d’intervenir devant les élèves.
— Je vous ai prévenu.
— Vous m’avez dit d’arrêter.
— Parce que votre exercice ne convenait pas à tout le monde.
— Vous auriez pu le dire autrement.
Elle regarda la cour, les nattes, les objets oubliés.
— Oui. J’aurais pu.
Jin s’attendait à tout sauf à ça, et il ne trouva rien à opposer.
— Je ne cherchais pas à vous humilier, reprit-elle. C’est vous qui avez organisé ce cours, accueilli ces gens et pris la responsabilité de leur sécurité. Je comprends qu’une inconnue qui modifie votre enseignement devant eux, ça ne vous plaise pas.
— Alors pourquoi l’avoir fait ?
— Parce que l’apprenti venait de mal tomber, et que le suivant allait refaire la même erreur.
Il détourna les yeux. Là-dessus, il n’avait rien à répondre.
— Vous pensez que je suis un mauvais instructeur ?
Seol prit le temps de chercher une réponse juste plutôt qu’une phrase pour le rassurer.
— Je pense que vous êtes un pratiquant débutant qui enseigne ce qu’il sait à des gens qui en savent encore moins. Ça ne fait pas de vous un mauvais instructeur. Ça veut dire que vous devez apprendre à enseigner pendant que vous continuez à apprendre.
— Dit comme ça, ça paraît facile.
— Je n’ai jamais dit que ça l’était.
Elle roula une natte correctement et la posa avec les autres.
— Vous avez une qualité, Jin. Quand quelqu’un ne comprend pas, vous ne le traitez pas comme un idiot. Vous cherchez une autre façon d’expliquer, même quand vous ne la trouvez pas.
— Vous avez remarqué ça ?
— J’ai regardé votre cours.
— Vous avez surtout remarqué mes erreurs.
— Les erreurs se corrigent mieux quand on connaît les qualités de celui qui les fait.
Bok revenait du puits. Il s’arrêta près d’eux.
— Si vous avez fini de vous féliciter, Sook voudrait savoir si notre nouvelle instructrice mange gratuitement ce soir.