Chapitre 5
La soirée s’est éternisée chez moi. Mes voisins avaient apporté tout le nécessaire pour faire un apéritif dînatoire, un dîner, un souper et même recommencer le lendemain. Ils sont repartis, joyeux, heureux d’avoir fait ma connaissance, sans comprendre pourquoi ils étaient si heureux de me connaître. J’avoue ne pas avoir pu en placer une pendant toute cette soirée. Ils m’ont posé des questions, sans écouter les réponses. J’ai posé des questions également, sans pouvoir écouter les réponses.
Ils sont partis, je vais pouvoir me reposer enfin de cet emménagement. Je ferme la porte sur le dernier non-invité et clos la porte à clef. ENFIN. J’arrange le tapis de l’entrée, malmené par tant de passage et mon regard dérive sur le salon, alors que mon esprit pas du tout. Ce dernier peine à comprendre l’extraordinaire désordre qui règne à présent dans mon salon. Il va me falloir beaucoup de temps pour trouver le courage de ranger. Je m’aperçois que toute la maison est dans le même état.
Merde, on verra ça demain. Je m’endors, je m’écroule, je m’affale dans le lit et disparais brutalement, brusquement mais sûrement dans les bras de ce connard de Morphée. J’ai l’impression de devenir de plus en plus vulgaire quand la fatigue m’envahit. On verra ça demain.
Le lendemain, je me réveille. Waouh, bonne nouvelle pour moi, je suis en vie, sinon je ne me serais pas réveillé. Logique imperturbable. À la vue du chantier qui m’attend, je prends une décision. Je sors la plus grosse poubelle que je trouve, un petit 100 litres, et je fourre tout ce que je trouve qui ne m’appartient pas dedans. De la nourriture, des plats, des couverts, tout y passe. Il y a même des objets dont je ne connais pas l’utilité, à part les deux caleçons sales que je fourre immédiatement dans la poubelle sans me poser de questions. En fait si, je m’en pose, mais je ne peux pas les dire ici. Que font deux caleçons sans leurs propriétaire chez moi ????
Je sors la poubelle, ça m’énerve. Tant d’effort pour un tel gâchis. J’ai du mal à passer la porte avec un sac tellement rempli. Je passe la porte, je trébuche. Une lettre B est posée sur le sol devant mon paillasson. Un B, exactement identique au F du 4F qu’il y a côté de ma porte, mais cette fois-ci, c’est un B, pas un F. Mais c’est le même. Il doit peut-être provenir du 4B que je ne trouvais pas ? Bon je le ramasse et je vais le déposer à la concierge quand j’aurais benné mon sac de déchets.
Une fois devant la porte de la concierge et avoir de nouveau vaincu la porte du vestibule, je frappe. d’abord délicatement, puis avec insistance. La porte s’ouvre. Je cherche la concierge des yeux, elle n’est pas là. J’ai tapé si fort que la porte s’est ouverte d’elle même ? Peu probable, mais bon, dans le doute, autant faire comme si je n’avais rien fait en jouant la carte de l’innocence. Au pire j’aurais de nouveau un bonbon énigmatique !
J’entre et je cherche la vieille.
— Mamie ? je crie.
— Petite, je fais du thé dans la cuisine, t’en veux un ? j’entends me répondre.
— Non merci, Mamie, je viens juste déposer quelque chose.
Et j’entre dans la cuisine, où je la vois s’affairer autour de sa gazinière. La vieille rempli deux tasses d’un breuvage coloré mais que je n’arrive pas à identifier autrement que parce qu’elle l’a appelé « thé » elle-même. Elle me met d’autorité une tasse dans les mains et commence à me sermonner sur la soirée dernière, soirée subie. J’ai beau lui expliquer que tout ce beau monde s’est invité chez moi, de manière impromptue et inopinée, elle ne veut rien savoir et continue sa litanie. J’ai le temps de laisser mon thé refroidir et de le boire qu’elle fini à peine de me sermonner et elle commence à me faire les gros yeux. J’ai le droit à des gâteaux aujourd’hui, mais pas de bonbons. Je me lance.
— Mamie, j’ai trouvé ça devant ma porte, vous pensez que c’est un locataire qui aurait pu le perdre ? dis-je en déposant le B qui est comme mon F mais en B devant elle.
Elle le prend, le manipule, le tourne et retourne. Elle le frotte, crache dessus et refrotte pour le faire briller, et me le redonne. Le B brille un peu trop à mon goût, il doit rester des traces de vieilles non effacées sur le B.
— Ça ne vient ni du premier, ni du deuxième, ni du troisième étage, petite, me répond-elle, t’as pensé à regarder sur ton palier ?
Je me sens gourde, mais une gourde vide. Ou pleine de vide. J’ai oublié d’y penser. Je suis passé devant sans y faire attention, et, en y repensant, sans subir cette envie irrépressible de pénétrer dans le 4B. Je dois rentrer dedans un de ces quatre, sinon ça va me rendre chèvre.
— Ah, maintenant que vous le dites, mamie, je n’y ai pas pensé.
— Penses-y, répond-elle.
Elle enlève la tasse vide de mes mains et commence à la nettoyer vigoureusement. Je comprends rapidement au bout de quelques minutes que je me fais congédier. Sale vieille qui ne me dis pas au revoir. Pour me venger, je prends un morceau de gâteau pou manger sur le chemin du quatrième. Elle a dû le sentir, car quand je pose la main dessus, elle renifle bruyamment. Je garde le morceau et m’enfuis prestement.