Chapitre 4
Bon, voilà, je suis installée. Après avoir fait mon lit, j’ai installé ce qui me tient le plus à cœur, mon doudou. Une peluche délavée, vieillissante, en « forme » de lapin, mais tellement réconfortante ! Un plaid dans le canapé du salon, un plaid encore dans la chambre, du pilou-pilou dans la salle de bain, je commence à y voir plus clair et à réussir à me projeter un peu mieux dans ma nouvelle vie. L’appartement commence un peu à me ressembler. Un peu de tout et un peu partout. Une sorte de bazar ordonné où je me sens chez moi.
Machinalement, j’ouvre le frigo. Au moment où je le fais, je me fustige, quelle bêtasse, je viens d’arriver, évidemment qu’il est vide. Je regarde par acquis de conscience, on ne sait jamais.
Il est plein.
Je crois halluciner. Le frigo est déjà plein de bonne victuailles prêtes à être cuisinées. J’aime toujours pas cuisiner. Mais vu la quantité que je viens de trouver dans le réfrigérateur, je crois que je ne vais pas avoir le choix. Je sors mon plus beau torchon et ma plus belle serviette de table, et je m’y attelle, à contrecœur, mais contente d’avoir un truc à grignoter sans avoir à sortir de chez moi. Quand on me connaît, on le sait, je suis plutôt casanière et sortir de chez moi, autre que pour le boulot et les études, bruh, non merci !
Après avoir fait mes repas de la semaine, j’essaie d’optimiser mon temps comme je peux, je ressort à nouveau pour aller chercher toute ma littérature dans la voiture. Ça me prend deux voyages entiers. La porte de la concierge et toujours fermée, toujours sans bruits aucun. Le 4B me donne toujours envie de rentrer dans l’appartement et de fouiner. Cette envie est presque irrésistible. Je crois que seule la convenance et la croyance que mes parents ont élevé une enfant bien éduquée me retiennent de forcer la porte. Que dirais les voisins s’ils me voyaient, le jour de mon arrivée, tenter de forcer une serrure ? L’expulsion ne se ferait guère attendre, et je ne pourrais que leur donner raison !
Je me fais violence et passe devant cette porte sans m’arrêter, en courant je dirais presque, comme si je pouvais en portant mes livres à bout bras. J’ai enfin fini de transbahuter mes livres, je souffle comme un phoque et m’écroule dans le canapé. Le plaid me donne chaud… Trop chaud. Je le vire du canapé. Bon, il va falloir que je prenne ma douche et que je commence à réviser pour la rentrée.
Une fois la fameuse douche prise, je m’attable et commence à trier mes livres. Je papillonne de livre en livre, des souvenirs jaillissant au fil des pages. Des anecdotes surgissent au coin de mon esprit et ne font que m’enfoncer encore plus dans mes souvenirs et, d’un coup, on frappe.
« Toc Toc »
Cela me surprends, vraiment. Je ne suis arrivé qu’il y a quelques heures, et déjà on vient me déranger. Bon, de toute façon, ils savent que je suis là, et si je les ignore, je ne pourrais pas compter sur de bonnes relations entre voisins… J’ouvre.
AU SECOURS !!! JE SUIS ENVAHIE !!!!!! Oui, pour utiliser autant de points d’exclamations, ma santé mentale doit fortement être en déclin, mais le peu d’événements qui se sont passés aujourd’hui commencent déjà à me perturber légèrement.
— Bonjour ! Nous sommes les voisins du 4A et 4C ! me disent-ils.
Et une pléthore de personnes entrèrent à ce moment. Enfants, adultes entrent chez moi, des plats dans les mains, en les déposant un peu partout, et papotant à leur aise, mais loin du confort légèrement solitaire que je m’étais déjà imaginé. Du bruit, de l’agitation, évidemment le rêve de tout étudiant, il ne manque plus qu’une bonne beuverie et on se serait crus dans ces séries américaines pour les adolescents prépubères qui idéalisent le lycée et l’université.
Quand je commence à comprendre ce qu’il se passe dans MA cuisine, je panique.
JE SUIS FICHUE !!!