Chapitre 3
En trébuchant, je me rattrape à la vieille, première chose que je peux tenir.
— Fais gaffe, petite, je suis pas un poteau.
Je me confonds à nouveau en excuses, de vraies excuses, elles sont bien nécessaires, pauvre vieille, j’ai failli l’embarquer avec moi dans ma chute. Elle me traîne à moitié, la vieille, dans le couloir. On va jusqu’au fond, 4F, mon nouvel appartement, pour les prochaines années d’internat, peut-être plus que les 4 promises par la faculté, mais ça va dépendre de si je réussi ou non. La vieille sort un trousseau de clefs, en détache deux, m’en tend une et insère la deuxième dans la serrure et la tourne. La porte s’ouvre. La vieille se retourne et commence à repartir, me laissant seule dans ce lieu inconnu. J’ai beaucoup de questions en tête à lui poser, tout se bouscule. J’en pose une, au hasard, n’arrivant pas à ordonner mes pensées.
— Mamie ! Il ne manque pas l’appartement B ?
Elle s’arrête et me regarde.
— Si, petite, le 4B est bien là, regarde, dit-elle en pointant du doigt une porte, où il est indiqué « 4B »;
— Mais en bas, la sonnette du 4B n’existe pas ! Comment ça se fait ?
— Pose pas de questions, petite, tu risquerais d’avoir des réponses, éluda-t-elle.
Un peu interloquée, je rentre dans mon appartement, pour faire un état des lieux visuel rapide avant qu’elle ne redescende et que je puisse lui poser des questions ou émettre des réserves si celles-ci me viennent spontanément à l’esprit. Ah oui, l’interrupteur sur lequel j’appuie comme un chimpanzé depuis tout à l’heure, un simple va-et-vient, n’a pas l’air de fonctionner. Je me retourne.
— Mamie !
Elle a déjà disparue. Bon tant pis, je sais où est la loge, je vais me faire une liste de points que j’aurai relevé et de questions à poser et j’irai la voir. J’explore mon nouveau domaine. Une chambre, une salle de bain qui n’est pas dans la chambre et un cabinet de toilette qui n’est pas dans la salle de bain, et un salon, au centre de tout cela. Ça me va. Une fenêtre au niveau de la cuisine, tout ce qu’on souhaite quand on aime cuisiner. Et j’aime pas. Je suis plutôt du genre plats préparés, chips et sandwiches sur le pouce. Tout est meublé, tant mieux, j’aurais eu du mal à acheter tout le nécessaire avec mes indemnités d’externe, et il y a bien plus que le strict nécessaire. J’ai tout le nécessaire de maison fourni, et même un lave-linge ! Je n’aurai pas besoin de chercher une laverie automatique et perdre un temps incroyable là-bas, surtout qu’en externe j’étais déjà à court de temps, alors pour cette première année d’internat, je crois que je vais devoir faire un crédit sur du temps… Si cela était seulement possible !! Allez, un peu de courage Albracca ! Prends possession de TON nouvel endroit, tout va bien se passer !
Je prends donc mon courage à bras-le-corps, sors de l’appartement, reprends l’ascenseur et entame la descente. Il faut que j’aille chercher mes affaires dans la voiture pour m’installer. Je passe devant la loge de la concierge, mais celle-ci est fermée, aucun son n’en sort. Je vais à ma voiture, prends ma valise et les affaires qui me restent, et retourne à mon appartement. Je ne laisse que mes livres de médecine dans la voiture, vu le poids, je ferais bien quelques allez-retours pour ne pas me casser le dos et abîmer mes livres. Une sacrée fortune que j’ai mise dedans ! Mais il faut bien cela pour étudier. Dans le vestibule de l’immeuble, je ne trouve pas d’ouverture automatique. Je cherche vainement pendant de longues minutes, sans succès. Je vais pas rester bloquée et devoir appeler la vieille quand même, si ?
J’ai un éclair de génie. J’attrape la poignée, et je tire; Ça s’ouvre. Merde, pourquoi j’y ai pas pensé plus tôt, c’était tellement simple que je me fais honte à moi-même… Je veux faire de la psychiatrie mais je ne suis même pas capable de trouver comme ouvrir une porte en simplement la tirant vers moi. Pathétique. Enfin, je refais le chemin, pour la deuxième fois, en direction de mon appartement. En passant devant le 4B, je vérifie ce que j’avais vu. Il n’y a pas de numéro à l’endroit de la porte, pas d’indications. J’ai une furieuse envie de pousser cette porte, vérifier si elle est bien réelle, ce qu’il y a derrière. Voyons, Albracca, on dirait une patiente ! Reprends-toi, ça commence à aller mal alors que tu n’as pas étudié un seul cas pratique ! Qu’est-ce que ça va être dans quelques semaines !