Chapitre 2
— Qu’est-ce qui m’arrive ? Sa voix cassée se réverbère contre les verres du dôme.
Une puissante lumière altère sa vision.
Un homme se tient à l’extérieur du verre, à quelques mètres d’elle.
— Vous voulez quoi de moi ? Vous allez m’assassiner ?
Il lui dit tout simplement :
— Non.
Elle est pâle, les lèvres tremblantes. Bien sûr, elle ne le croit pas.
Elle ne le reconnaît pas.
Il m’a enlevée ?
Après un silence, elle déglutit :
— Alors, pourquoi suis-je ici ?
— Vous n’avez pas besoin de le savoir.
Incapable de répondre, elle le fixe. Il porte une chemise blanche et un pantalon foncé. Il a une posture bien droite, un regard posé, il a l’air calme.
— Ça fausserait les données.
Il répond simplement, froidement.
Il ne voit même pas le problème ?
Elle reste à le fixer, bouche entrouverte, attendant une réponse, mais il semble regarder quelque chose d’autre à travers le verre du dôme.
Il a les cheveux noirs grisonnants, les tempes plus grises encore. L’a-t-elle déjà rencontré ?
— Vous êtes ici pour servir un protocole. Des résultats pourraient changer notre système, le faire évoluer. Les conséquences d’une erreur pourraient altérer les données, ce qui est inexcusable vu l’importance du projet.
Dans un geste lent, il lève la main et ajuste ses lunettes, le verre réfléchissant légèrement.
Elle cherche son regard, mais elle n’aperçoit pas ses yeux.
— Je vous demanderais donc d’être la plus coopérative possible.
Elle le fixe sans comprendre. Son corps se tasse et elle réalise qu’elle est à genoux sur quelque chose de confortable.
Sous ses mains, un drap en coton qu’elle agrippe entre ses doigts.
Il semble attendre qu’elle parle, mais elle ne le fait pas.
— Pour la bonne conformité du protocole et pour subvenir à vos besoins, je vous ramènerai régulièrement des vivres. Il vous faudra les consommer scrupuleusement, j’y veillerai.
Il modifie sa position statique, déverrouille une double porte en verre du dôme. Un souffle la surprend : chute de pression dans la pièce.
Je suis dans une chambre hermétique.
La double porte se referme automatiquement et une montée progressive la fait frissonner. La pression est restaurée.
Elle guette le moindre indice de danger ou des réponses qu’il ne lui donne pas.
Il se déplace près du bureau en bois d’acajou, où il récupère un plateau.
Il lui présente une assiette en carton, une bouteille d’eau, un verre en carton, des couverts en plastique. En guise de repas, une gelée transparente et brillante. Elle ondule doucement, soumise au déplacement du plateau.
L’homme a un visage étroit, des joues légèrement creusées, des yeux gris ou verts cachés derrière ses lunettes.
Est-ce qu’il… ?
Elle refuse le plateau.
Une énergie soudaine lui fait tourner les talons. Il remet le plateau à sa place. Il semble que ce refus le motive.
— Bien. Si vous n’avez pas faim, c’est que vous êtes en forme pour commencer les premiers tests de l’étape H0.
D’un air interdit, elle finit par parler :
— De quoi ? Je ne suis pas censée manger scrupuleusement… cette nourriture ?
— Nous avons besoin de vérifier des éléments plus importants, qui nous serviront de point de départ. D’abord, un test de mémoire : comment sont vos repères temporels ? Avez-vous un quelconque souvenir de moi ?
— Vous m’avez tenu la porte, admet-elle, la mâchoire serrée.
— Effectivement.
Il fouille les poches de sa grande chemise blanche scientifique et en sort un carnet rouge usé. Il réfléchit, puis, avec une vitalité retrouvée, se dirige de nouveau vers le bureau et s’active à la recherche de quelque chose.
Un stylo.
Il note.
— Vous m’avez enlevée ? Pourquoi ? Pour le… H0 ?
Il continue à écrire, répond sans se déconcentrer, avec une voix plus monotone.
Il connaît son sujet.
On aurait dit qu’il avait retenu un texte par cœur.
Vous êtes la sœur de Céleste Delorme, l’artiste poète.
Vous êtes manager ; vous organisez pour elle ses contrats, rendez-vous, négociations, organisation.
Votre nom : Lou Delorme, 22 ans.
Taille : 1,63 m. Poids : 72 kg, non stable.
Comme vous vous alimentez de façon déséquilibrée, vous prenez divers compléments alimentaires. Si vous aviez été plus vigilante, vous auriez remarqué qu’ils sont peu efficaces.
Vos cheveux sont de couleur naturelle brun foncé, non colorés artificiellement. Couleur héréditaire très commune dans notre région.
Vous ne portez pas de vêtements coûteux ou de bijoux de joaillerie.
C’est étonnant, vu le luxe que peut se permettre votre famille.
Vos grands-parents sont les fondateurs de l’entreprise PRÉSENCE et ont fait fortune en répondant parfaitement à un besoin sociétal, grâce à la vente de leurs contrats.
Lou sent la chaleur lui monter au visage.
Sa façon de parler… comme une avalanche d’informations qui la broie.
Cette intimité mise à nu par un inconnu, des détails qui évoquent sans sentiment sa vie.
Une colère froide monte dans sa gorge.
— J’ai pris le soin de vous laisser des vêtements propres, du linge pour votre hygiène quotidienne. Aussi du dentifrice, du gel douche, des serviettes hygiéniques sur votre lit. Veuillez prendre en compte ces éléments et les utiliser comme des outils de travail.
— Serviettes hygiéniques ? Vous vous foutez de moi ?
— Vous préféreriez plutôt une…
— Vous faites ça pourquoi ? Vous êtes encore un fanatique de ma sœur ? La belle Céleste. C’est ça ? Vous voulez faire du chantage, m’échanger contre elle ?
— Votre sœur est effectivement très particulière, dit-il.
Elle le fixe. Il cligne rapidement des yeux, puis détourne le regard vers ses notes et écrit quelque chose dans son carnet rouge.
— La Belle Céleste, la belle Delorme… son nom d’artiste, marmonne-t-il.
— Alors vous attendez quoi ? Il aurait été préférable de l’enlever directement, à moins que vous ne vous soyez trompé de personne ? Et m’échanger contre elle, prendre un peu de temps en sa compagnie ?
Il cesse soudainement d’écrire. Il déteste le sous-entendu.
— Évidemment non. Que pensez-vous ? Vos sous-entendus hypothétiques sur « mes intentions sexuelles » ne nous font que perdre du temps inutilement.
— Comme si vous étiez une exception, peut-être ? Ça ne dérange absolument pas ses… fans hardcore, ceux qui partagent des vidéos truquées sur les réseaux, qui promettent des contrats privés… des ventes illégales de vidéos pornographiques sur ma sœur…
Il touche ses lunettes dans un petit silence. Il s’installe. Une pause trop longue.
— Je suis au courant. Évidemment que non. Non, mon protocole ne s’alimente pas de données inutiles de cette bassesse.
— Alors quoi ? Vous vous êtes trompé de personne, c’est ça ?
Il a l’air déstabilisé. Il décide de retenir ses mots et reprend avec patience.
— Je vous propose de commencer doucement les tests. À partir de maintenant, ça sera plus simple si vous vous laissez faire.
— Qu’est-ce que vous voulez me faire ?
Elle agrippe plus fortement le drap entre ses doigts.
— Avez-vous remarqué, sur votre cheville ?
Elle regarde. Un bracelet ligature finement sa peau. Une chaînette de plusieurs mètres est fixée à un anneau doré au sol.
— Elle sert à surveiller vos constantes. Elles seront mises à jour régulièrement. Elle est aussi équipée d’un petit boîtier, ici — il pointe du doigt —, qui prendra automatiquement du sang à des heures propices pour optimiser les résultats.
Elle vous maintient également à l’intérieur du dôme.
Vous pouvez désormais le considérer comme votre espace personnel.
Espace personnel, carrément !
— Je vous demanderai de ne jamais sortir. Si vous en avez un moyen, cette petite chaîne aura pour fonction de vous garder sur place.
Lou se redresse trop vite. Son cœur s’accélère, elle reprend d’une voix cassée.
— Mes constantes ? Mon sang ? Pourquoi pas aussi mes…
— Effectivement, le protocole H l’exige. Des analyses doivent être effectuées régulièrement pour évaluer votre état de santé et votre avancée, réussie ou non, de l’intégration du protocole H.
— Que faites-vous de mon sang ?
Il écrit dans son carnet et répond de façon distraite :
— Il sert à faire des analyses…
La voix manque de conviction.
Il ne dit pas la vérité.
— Si vous collaborez à mes recherches, ça facilitera l’ensemble des étapes. Je pourrai alors vous accorder plus de privilèges, plus de confort. Je compte sur votre collaboration pour que tout se passe pour le mieux.
Dans votre intérêt, à vous.
Elle reste bouche bée devant ses sous-entendus.
Des menaces ? Il compte la tuer ?
Il continue d’écrire quelque idée qui semble lui venir en tête.
Voyant qu’il ne répond plus, elle observe autour d’elle.
Ses yeux saturés de lumière mettent un moment à s’adapter. Lou a toujours habité dans un petit environnement sombre, un espace personnel sans fenêtre. Cette nouvelle réalité l’aveugle : une vision blanchie, des taches vertes et d’autres choses. Elle peine à comprendre, car les contours de ce qu’elle aperçoit sont effacés.
Pendant que lui semble occupé à prendre des notes, ses yeux s’habituent lentement.
Doucement, ses pupilles se contractent. La lumière devient gérable à nouveau.
Elle voit de la végétation, beaucoup de plantes à l’extérieur de la paroi de verre qui l’entoure, des plantes partout, denses.
La coupole où Lou se tient agenouillée est un dôme de verre. Son ossature est constituée de fer noir massif, solidement renforcée par une multitude de boulons. Les multiples jambages de fer courent jusqu’au sommet du dôme, formant une clé de voûte, un croisement qui répartit le poids équitablement.
Elle ressemble à une grande araignée.
L’ensemble supporte des panneaux de verre de forme incurvée.
Elle scrute attentivement la végétation de nouveau. Elle est dense, inaccessible, et pourtant très près d’elle. Il y a des variétés qu’elle connaît, d’immenses monsteras. Leurs grandes feuilles découpées et comme perforées donnent l’impression de venir d’une autre époque. Certaines variétés sont plus petites, voire minuscules à côté de celles-ci.
Il y a beaucoup d’autres variétés, mais Lou ne les connaît pas.
Elles sont magnifiques, en pleine santé, dans un espace chargé de végétation, mais comme baigné de soleil.
Au sol, de la terre, des branchages, des enchevêtrements de branches, de racines, d’humus d’une couleur presque noire.
Il y a un chemin qui contraste nettement par sa couleur : du gravier blanc qui mène jusqu’à l’entrée du dôme. Il s’arrête pour devenir une plateforme en bois.
C’est un petit pont positionné au-dessus d’un canal d’eau. Cette source contourne le dôme, puis elle se divise en plusieurs branches. Elles repartent et rayonnent vers la végétation, puis se perdent sous la masse feuillue.
Vue du ciel, cette formation de canaux d’eau doit ressembler à la construction d’une boussole : le dôme au centre et les rayonnements partant du centre vers huit directions différentes.
Elle lève les yeux vers le ciel. De nouveau éblouie, elle entrouvre les yeux et patiente.
La voûte végétale s’arrête avant une autre cloison de verre, mais bien plus haut cette fois. Un double dôme ? Non, une serre.
— Vous analysez votre environnement, un réflexe de survie, c’est bien. Ce que vous observez s’appelle le Conservatoire, c’est un refuge de variétés végétales. Pour les sauvegarder. Des éléments à la fois simples et complexes ont besoin d’être organisés ici. Dans l’unique but de préserver la santé en les nourrissant, tout est calculé avec précision.
Lou, maintenant plus calme, fascinée par ce spectacle rare, murmure doucement :
— Azote, phosphore, potassium…
— Oui… la trinité des fertilisants, trois macronutriments essentiels au développement végétal. Je suis impressionné. Bien qu’elles exigent des besoins plus vastes que cela, je constate que vous avez un certain intérêt… pour des savoirs devenus inutiles dans notre société. Il semblerait que vous ayez une culture plus approfondie que la moyenne, due à votre éducation. C’est intéressant.
Elle le surveille. Il détourne les yeux, retourne à son bureau et note dans son carnet ce qu’il semble avoir compris.
Personne ne regarde personne sans raison, c’est la règle.
— C’est intéressant, car si…
Il commence sa phrase et ne la finit pas. Il est dans ses pensées. Puis il reprend.
— Que savez-vous d’autre ?
— Ce sont des monsteras, une variété immense que je n’ai jamais vue. Que faites-vous ici ?
— C’est ici, au dôme, que nous allons travailler sur notre but commun : la réussite du protocole H.
Il n’y a rien de plus important pour nous tous, et vous êtes le sujet de ce protocole. Félicitations. Je ne peux pas entrer dans les détails. Vous serez la meilleure version de vous-même. Cette étude de recherche pourrait changer notre société.
Elle le fixe, laisse passer quelques secondes et demande d’une voix faible :
— Quels sont les buts de ces recherches ?
— Mme Delorme, je ne peux vous en dire davantage, cela fausserait les résultats. Je vous l’ai déjà dit.
Elle arrête de serrer le drap sous ses doigts. Elle est déstabilisée par la situation.
Perdue, elle cherche quoi dire.
— Comment avez-vous réussi à avoir des plantes comme celles-ci ?
— Elles sont d’une variété ancienne, j’en ai hérité. Elles sont les témoins des années passées… D’autres sujets comme vous sont passés ici, ils font désormais partie de ce jardin… J’espère que je peux compter sur votre soutien.
Elle écarquille les yeux et le fixe sans comprendre.
D’une voix blanche, elle parvient à répondre :
— Je…
Mais les mots restent interrompus dans sa gorge.
Elle ne sait pas ce qu’il sous-entend. De quoi parle-t-il ?
Il voit sa détresse et reprend d’un ton calme. Comme le professeur qu’il est, il explique patiemment, comme si elle était son élève.
— Elles sont comme vous, Mme Delorme. Prenez exemple sur ces plantes qui vous entourent. Elles n’ont pas choisi d’être ici, mais elles aussi, elles collaborent avec moi.
J’analyse les causes en observant leur structure, le réseau de nervures de leurs feuilles, leur coloration, leurs déformations et leurs excroissances irrégulières.
J’adapte les variables. J’ajuste les macronutriments dans l’eau d’irrigation.
Je maintiens un climat constant, je traite les écarts de température grâce à un système d’aération. Je pulvérise un brouillard artificiel pour humidifier l’air et maintenir une hygrométrie adaptée aux saisons.
La moindre anomalie est supprimée par mon environnement contrôlé. Un sacrifice que je fais, Mme Delorme, pour que ces conditions exigeantes conduisent à un résultat d’exception.
Conséquence : elles se transforment. Une croissance harmonieuse, un feuillage luxuriant.
Elles réagissent comme si elles étaient devenues des hybrides, des combinaisons génétiques.
Mon Intégration les transforme en chimères végétales, la meilleure version d’elles-mêmes.
Tout est cause et conséquence, Mme Delorme.
Collaborez avec moi et soyez la meilleure version de vous-même.
Acceptez l’Intégration.
À l’écoute de ce monologue, la vision de Lou se brouille. Tout en fixant le professeur, elle perd ses forces et vient se plaquer contre le mur de verre derrière elle.
Il… Il va me tuer. Il va me faire dévorer par ses maudites plantes.
Il remarque immédiatement sa panique.
— Je pensais que vous me comprendriez mieux en langage végétal, Mme Delorme. Vous êtes trop pâle pour continuer. Je vais vous demander de manger ma préparation, elle est pleine de nutriments bénéfiques après le stress accumulé. Il faut vous restaurer.
Il retourne près du bureau, récupère encore une fois le plateau et le dépose devant elle, au sol. Il sort une boîte en plastique de médicaments de sa poche, la secoue, l’ouvre et dépose un comprimé sur le plateau.
— Prends ton cheval… laisse échapper Lou.
— Exactement.
C’est un slogan pour ces médicaments qui passe partout sur les réseaux. C’est parce qu’ils ont la forme d’une tête de cheval. Le comprimé est comme sculpté dans de la pierre blanche. La forme est simple, mais on y voit suffisamment les muscles saillants de l’animal. Plus de vitalité, plus de force, comme un cheval. Lou les connaît très bien, elle en prend déjà.
— Vous saviez que j’en prenais ?
— Je sais toujours tout, Mme Delorme, mais pour votre défense, nous en prenons tous, c’est la norme. Prenez et mangez maintenant, s’il vous plaît. Cela vous restaurera et vous remettra en bonne condition.
Il verse l’eau de la bouteille dans le gobelet en carton et le lui tend avec le médicament.
Elle hésite puis le prend d’un geste moins lourd. Elle se sent vidée, ses jambes se relâchent elles aussi. Elle boit lentement et avale le comprimé avec. Le goût acide lui reste un peu sur la langue.
Il lui tend le reste du plateau, avec les couverts en plastique et la gelée transparente. La gelée se balance doucement. Lou, la bouche crispée, fait la grimace. Elle enfonce la cuillère ; la gelée se déforme sous la pression.
— C’est meilleur que ça en a l’air, objecte-t-il.
Il est susceptible ? Intéressant.
— Vous allez me regarder manger encore longtemps ?
Pas de réponse. Une pause trop longue, puis il se détourne légèrement.
— Veuillez manger scrupuleusement, nous passerons à la suite après votre repas.
Il ne la regarde plus. Il semble regarder quelque chose dehors. Pendant ce temps, Lou mange. Il semblerait qu’il ait eu raison : la gelée est plutôt bonne, avec un goût de fruit rouge.
— Pendant que vous mangez, je tiens à mettre au clair quelques règles sanitaires. Pour vos besoins, ici, il y a un bidet de commodité. Il vous servira aussi pour vous laver et pour vos besoins élémentaires.
Elle suit son regard et découvre cette mini-baignoire en porcelaine, puis plisse le nez.
Dégoûtant.
— Je ne veux pas que vous tombiez malade ici. Prenez soin de votre environnement ici. Je vous fournirai également du savon, créé par mes soins. Un produit inoffensif pour les plantes environnantes. L’eau sale alimente une station où elle est traitée, puis alimente la couronne d’eau que vous voyez ici, autour du dôme.
Elle suit la direction de ses yeux. Il parle du canal d’eau qui circule autour du dôme. L’eau rayonne dans plusieurs directions.
Elles servent donc à alimenter la flore ?
Il observe toujours les masses de feuillage ondulant. Il a un sourire aux lèvres. Il est très fier de lui et ne remarque pas le contraste, un décalage entre lui et sa passion et elle qui est terrifiée.
Il continue à lui parler, mais elle ne l’entend plus vraiment. Il patiente sans la brusquer, puis agit. Il enfile des gants, prend un appareil et le fixe au bras de Lou en veillant à la toucher le moins possible. Il analyse le rythme cardiaque. Note les résultats.
Il dit quelque chose à ce sujet, ne finit pas sa phrase.
— Je vois que je peux compter sur vous. Chaque jour, je passerai, nous ferons de nouveaux tests, je vous emmènerai tout ce dont vous avez besoin.
Il est temps pour vous de vous reposer. Vous allez devoir vous habituer au rythme du dôme. Le système d’irrigation va se déclencher dans quelques minutes. Le son peut être un peu surprenant au début, mais vous vous y habituerez. C’est comme si elle semblait respirer. Et vous verrez, vous saurez que les bruits et les cliquetis sont le signe d’un organisme fonctionnel. Écoutez l’eau circuler autour de vous, c’est la vie, le rythme du Conservatoire, et son cœur est son dôme.