Chapitre 7
Une fois ma blessure rapidement nettoyée et bandée du mieux possible, la mère s'approcha de moi, les yeux encore humides d'émotion. Elle me prit les mains et me submergea d'une vague de remerciements répétés, la voix tremblante d'une gratitude infinie pour avoir sauvé son fils.
Le père, lui aussi, me gratifia d'un regard lourd de respect qui en disait long. Après ce moment intense qui venait de resserrer nos liens de manière indéfectible, nous reprenions le peu de nourriture qui nous restait et la finissait aussi vite que possible avant de reprendre la route.
Nous avions déjà perdu beaucoup de temps à cause de ce piège et ma blessure, il était donc hors de question de s'éterniser ici alors que le soleil commençait déjà à ce coucher.
J'ai tenté de me redresser en m'appuyant sur les ruines environnantes, mais dès l'instant où mon poids reposa sur ma jambe blessée, une onde de choc fulgurante me traversa tout le bas du corps. C'était une douleur cuisante, à la fois vive et sourde, qui monta le long de ma chair avec la violence d'une brûlure. L'impact fut si soudain et si déchirant que mes forces m'abandonnèrent d'un coup, me faisant vaciller et me faisant presque perdre l'équilibre au milieu du chemin.
En voyant ma faiblesse apparente, Nathan n'hésita pas et vint me soutenir, plaçant mon bras sur son épaule et d'adaptant au faible rythme avec lequel je me déplaçais.
…
Le reste du trajet s'est déroulé sans encombre. Tom s'était endormi das les bras de sa mère, Nathan continuait de m'aider à marcher et c'était le père qui marchait devant. Je lui avait déjà montrer un chemin plus rapide et plus sûr, qu'il suivait avec un grand sérieux.
Après quelques minutes de marche supplémentaires, nous y étions enfin arrivés. Le bout du tunnel se profilait sous nos yeux. Au loin, je vis un grand immeuble fortifié, entouré de tentes et de véhicules camouflés. Bien sûr, je savais pertinemment que le véritable camp ne se trouvait pas en surface, sinon ils auraient tous péri depuis bien longtemps. Comme moi, ils avaient aménagé les sous-sols du building.
En nous voyant approcher, trois soldats se sont rués vers nous. Les deux premiers ont emmener les parents et les enfants en direction des autres réfugiés, et le troisième a remplacé Nathan pour m'aider à atteindre la base.
Ils savaient déjà qui j’étais, car je suis déjà venu ici une fois pour ramener un réfugié qui s'était perdu. C'est pour ça qu'il ne m'a pas emmené avec les autres civils comme la famille.
Au lieu de ça, il m'accompagna vers l'une des tentes où deux soldats se tenaient devant. C'était l'infirmerie, je pouvais déjà voir les brancards et les médecins travailler à l'intérieur. Mais au lieu de m'accompagner à l'intérieur, le soldat s'arrêta devant les soldats, avant de me relâcher et de repartir à son poste.
Quand il m'a lâché, j'ai été forcer de me maintenant debout tout seul. Mais à l'instant où j'ai posé le pied à terre, la douleur est instantanément revenue, me faisant grincer des dents et m'obligeant à me tenir à un des piler de la tente à proximité.
Même si je comprenais que ce n'était pas sa mission de me maintenir debout, j'ai quand même trouvé ça déplacé de me laisser me débrouiller tout seul alors qu'il voyait très bien que je peinais à rester debout.
Mais avant que je ne puisse me plaindre, un des deux soldats est venu me voir.
"Salut Yoo, ça fait longtemps. T'es pas en grande forme à ce que je vois."
Ce soldat, je le connaissais bien. Il n'appelait Niro. On avait faire notre service militaire ensemble il y a des années. On s'entendait bien avant que je ne choisisse de quitter le service pour m'occuper de ma sœur et mère. Et on s'était recroisé il y a environ une semaine, quand j'ai ramené ce réfugié.
"Et oui, comme tu vois, le monde entier s'acharne sur la gueule."
Je lui montrai tout de même une certaine forme de sympathie. Nous n'avions jamais été très proches lui et moi, mais cela me faisait tout de même plaisir de le revoir.
Avant que Niro ne puisse répondre, le soldat derrière lui, un major, l’interrompit brusquement.
"Cessez les bavardages tous les deux. Niro, reprends ton poste au lieu de t'amuser. Et toi, va à l'infirmerie, tu vas devoir y rester un moment avant d'être à nouveau sur pied."
"Mais…"
"Il n'y a pas de "mais". Tu as beau être un solitaire, tu as beau penser que tu es mieux tout seul, aujourd'hui tu es blessé. Dès l'instant où tu as franchi cette zone dans cet état, tu es devenu un civil que mes hommes et moi avons le devoir absolu de protéger. Je ne laisserai personne mourir dans ce camp, peu importe tes états d'âme. Est-ce que c'est clair ?"
Sur le coup, j'ai été étonné du comportement du major, il pouvait paraître strict et désagréable, mais en réalité ses paroles démontraient un sens du devoir à toute épreuve et une grande autorité acquise au cours de nombreuses années d'expérience.
Sans un mot, je me soumettais à ses ordres et Niro est venu m'aider à marcher jusqu'à l'intérieur de la tente.
Après qu'il m'ai aidé à m'asseoir sur un des lits, il me salua poliment et reparti avant même que je puisse le lui rendre.
Je demandai une trousse de soin, mais personne ne vint pour me la donner. Au lieu de ça, deux médecins sont venus à ma rencontre, un homme et une femme. Avant que je ne puisse dire quoi que ce soit, la femme prit les traitements que j'avais demandé et commença à m'administrer les premiers soins pendant que l'homme resta à côté sans rien dire, à prendre des notes.
Elle commença par retirer délicatement le bout de bois, puis défit les bandages que le père m'avait posés à la va-vite. Sans perdre une seconde, elle attrapa un flacon de désinfectant et en versa une quantité généreuse directement au cœur de ma chair à vif. La réaction fut immédiate, une brûlure atomique m'envahit le corps. Je m'agrippai instantanément aux rebords du lit de toutes mes forces, les jointures blanchis par l'effort, et je serrai les dents de toutes mes forces en essayant de étouffer mes gémissements de douleur. Ses gestes étaient d'un professionnalisme irréprochable, méthodiques et précis, mais ce traitement de choc ne dura que cinq longues minutes qui me semblèrent durer une éternité.
Le calvaire prit enfin fin lorsqu'elle appliqua un pommade apaisante et sortit des bandes propres. Avec une douceur remarquable, elle enroula soigneusement les bandages autour de ma jambe, enveloppant la plaie d'une fraîcheur salvatrice qui vint enfin calmer les élancements et apaiser la douleur.
Après ça la femme partit soigner d'autres patients, et l'homme rangea ses notes et sortit de la tente.
Mais avant que je ne puisse enfin me reposer, un soldat rentra dans la tente et se dirigea vers moi. Je l'ai tout de suite reconnu, c'était le colonel qui nous avait remotivé le jour où tout à commencé à dégénérer. J'ai cru apercevoir une pointe de joie dans son regard quand il m'a vu.
"Bonjour caporal Yoo Han, c'est un plaisir de vous revoir."
Il me salua chaleureusement et j'ai tout de suite su que c'était sincère, j'esquissais alors un léger sourire avant de lui répondre poliment :
"Bonjour colonel, c'est aussi un plaisir de vous revoir."