Chapitre 5
Le jour d'après je suis reparti en expédition, j'avais presque gaspillé toute la nourriture que j'avais trouvé la veille pour distraire ce monstre. Pour rien au final.
Cette fois je suis parti vers le sud. Je connaissais bien la zone et je savais que c'était la moins dangereuse parmi toutes celles accessibles depuis ma base.
Mais c'était aussi celle que je connaissais le mieux et celle que j'avais le plus explorée. Je devrai aller plus loin cette fois-ci pour trouver quelque chose de potable.
Au fur et à mesure que j'avançais, je voyais que les bâtiments étaient en bien meilleur état que ceux du centre ville. Ça ne m'étonne pas, le sud de la ville a toujours été très calme et peu peuplé, même avant l'infection. Donc c'est normal que ce soit tranquille, il y a eu moins d'habitants qui ont muté dans cette zone.
Plus j'avançais, plus j'appréciais l'endroit.
J'hésitais même à déménager ici. Mais ce serait trop compliqué. Il faudrait trouver une zone habitable et l'aménager. Puis il faudrait que j'amène tout ce qui m'est précieux de ma base à ici, les armes, les munitions, les couvertures et d'autres encore.
…
Après avoir marché une dizaine de minutes, l'esprit pensif, j'ai remarqué des traces, les mêmes traces que j'avais trouvé hier. Et même un camp encore chaud, ou du moins ce qui en restait. Ce qui voulait dire que les survivants d'hier sont encore en vie. D'après les empreintes et l'emplacement du camp, je pouvais facilement en déduire leur destination.
Le camp du général Dusk. Le camp de réfugiés le plus sûr de la zone sud.
Maintenant que j'ai deviné là où ils allaient, je me suis dit que ce serait une bonne idée de les rejoindre. La zone autour du camp était relativement sûr et sûrement pleine de ressources. Le camp est bien équipé pour l'instant, ils n'auraient aucun intérêt à aller fouiller les environs pour le moment.
Plus je suivais les empreintes, plus elles étaient nettes. Cela voulait dire que j'étais sur la bonne voie. Les minutes passèrent et les empreintes s'affinaient de plus en plus, je remarquais parfois qu'elles tournaient brusquement sur les côtés avant de revenir à leur trajectoire d'origine.
Il n'était pas difficile de savoir pourquoi, ils se cachaient. De quel monstre ? Je n'en savait rien, je n'en ai encore croisé aucun depuis le début de la journée. Et ça commençait sérieusement à m'inquiéter.
Puis environ cinq minutes après, une fois que j'eus passé une allée, à gauche, ils étaient là, les survivants que je cherchais. Ils étaient quatre, deux parents, un jeune homme et un enfant.
La mère avait les cheveux blonds, coupés assez court avec les yeux bleus, et une chemise et une robe en assez mauvais état. Le père lui, était brun avec les cheveux plaqués en arrière, des yeux brun avec un bouc, et une tenue similaire à la mienne mais piteux état. Ensuite le jeune homme, il avait les cheveux châtains coupés très courts avec une barbe, des yeux bleus et un ensemble de sport, étrangement en bon état. Et enfin l'enfant, il avait les cheveux brun foncé, presque noirs, avec lui aussi les yeux bleus, et un gilet et un short eux aussi en bon état.
Je suis arrivé sans me cacher et j'ai parlé assez fort pour qu'ils puissent tous m'entendre de là où ils sont.
"Vous ne devriez pas vous poser au milieu de la rue, c'est risqué si un monstre arrive avant que vous puissiez bouger."
A mes mots, ils se sont tous tournés vers moi, d'un air effrayé, jusqu'à ce qu'ils comprennent que j'étais un humain.
"Qui êtes vous ? Que voulez vous ?"
"Je suis là pour vous aider."
Même si ils voyaient que j'étais un humain, ils restaient tout de même craintif et c'est pour ça que le père qui s'est mis devant les autres et aussi pour ça qu'il était le seul à parler. On voyait qu'il voulait les protéger.
"Nous aider ? A quoi ?"
"A vous conduire au camp de réfugiés, vous vous rendez à celui de Dusk, n'est-ce pas ?"
"Et pourquoi voulez vous nous aider ? Qu'attendez vous de nous ?"
"Je n'attends rien de vous, je dois juste me rendre là bas, et j'ai pensé que vous y emmener serait plus sûr. Vous êtes épuisés et vous transportez un enfant, ça doit être dur."
"Donc, vous ne nous ferez aucun mal et n'attendez rien en retour ?"
"C'est ça."
Quand ils ont enfin compris que je ne leur voulais aucun mal, ils se détendirent et se regardèrent d'un air rassuré. Ils savaient maintenant qu'ils avaient enfin une chance de tous y arriver en un seul morceau.
"Êtes vous prêts à partir maintenant ? Ce serait plus pratique pour arriver avant que la nuit tombe."
Le père hocha la tête, et je les traversai. Une fois devant eux je me retournai et leur ai dit :
"Alors allons-y."
…
Nous marchions tranquillement, personne n'osait parler, jusqu'à ce que la mère brisa le silence et me demanda :
"Êtes vous un soldats ?"
"J'en étais un avant, mais aujourd'hui je suis un solitaire"
"Solitaire ? Çà veut dire que vous vivez seul ?
J'ai hoché la tête, et vis de l'étonnement sur leurs visages. C'est compréhensible, pour eux qui se disaient que survivre une journée était une bénédiction, voir quelqu'un comme moi qui a volontairement choisi de rester seul était un véritable choc.
"Alors vous…"
Avant même qu'elle ait eu le temps de finir, on entendit loin derrière nous un hurlement. Sans aucun doute celui d'un humain. Puis il s'est rapidement arrêté après un bruit sourd. A ce moment là, eux comme moi avions compris qu'il s'agissait d'un monstre.
"Tout le monde, à couvert derrière les poubelles !"
Moins de dix secondes après mon avertissement, nous étions tous recroquevillés derrière un tas d'ordures.
"S'il n'y a ne serait-ce qu'un bruit, nous sommes tous mort."
En entendant mes paroles, le père couvrit la bouche de l'enfant avec sa main. Et nous sommes rester aussi silencieux que possible.
Derrière nous, un bruit d'abord indistinct déchira le silence, des pas lourds, espacés, accompagnés du frottement poisseux d'une masse qu'on traînait sur le sol. La chose était gigantesque. Sa respiration, rauque, caverneuse, s'élevait comme un râle menaçant qui me glaça le sang.
J'avais déjà connu la terreur la veille face à cette abomination rampante, mais cette fois, l'angoisse était d'un tout autre niveau, je tremblais alors même que je me savais personnellement à l'abri. C'était une sensation inédite, brutale, totalement déstabilisante.
À cet instant précis, la moindre seconde devint un supplice. Tout m'écrasait, le souffle rauque qui se rapprochait, le bruit d'une substance qui rampait dans son sillage, l'écho lourd de ses pas qui martelait la terre, et le bruit sourd de mon propre cœur qui battait à tout rompre contre mes côtes.
Une minute s'écoula, peut-être deux, une éternité suspendue au moindre souffle. Puis, le martèlement lourd de ses pas commença enfin à s'arrêter, s'éloignant lentement sur une autre route, différente de la notre.
L'air, jusqu'alors bloqué dans ma poitrine, s'échappa dans un long soupir. En me tournant vers la petite famille, je vis la peur s'effacer enfin de leurs traits. Une vague de soulagement balaya la terreur sur leurs visages, désormais apaisés et profondément rassurés.
Nous sommes sortis de notre cachette et avons repris notre chemin, dans un silence pesant et angoissant.