Chapitre 97
Les jours passèrent.
Puis les semaines.
La vie avait repris un rythme beaucoup plus calme.
Chaque matin, Elyan et Soren s’entraînaient.
Chaque après-midi, ils étudiaient, exploraient les environs ou discutaient avec Kaelros.
Et chaque soir, ils se retrouvaient autour d’un repas.
Deux mois s’écoulèrent ainsi.
Azaël observait leur progression sans jamais leur donner l’impression de les surveiller.
Soren avait énormément changé dans sa manière de combattre.
Il ne fonçait plus systématiquement.
Il réfléchissait davantage.
Il savait quand reculer.
Quand attendre.
Quand laisser Elyan préparer une ouverture.
Veyron était devenu une véritable extension de son bras.
Ce matin-là, Soren se tenait au centre de la cour.
Azaël lui faisait face.
— Encore.
Soren serra la poignée de Veyron.
— Depuis combien de temps tu dis ça ?
— Depuis que tu fais la même erreur.
Soren fronça les sourcils.
— Laquelle ?
— Tu attaques toujours après avoir trouvé une ouverture.
— C’est le principe.
— Non.
Azaël esquiva son attaque.
— Le principe, c’est de créer l’ouverture.
Soren recula.
Il réfléchit.
Puis attaqua de nouveau.
Azaël bloqua.
Soren changea immédiatement de direction.
Veyron passa à quelques centimètres de lui.
Azaël esquiva.
— Mieux.
Soren sourit.
— Je commence à comprendre.
— Enfin.
— Tu pourrais être un peu plus encourageant.
— Tu veux que je te félicite chaque fois que tu fais quelque chose de correct ?
— Oui.
— Non.
Soren soupira.
— Dommage.
Azaël sourit légèrement.
— Recommence.
Soren se remit en position.
Cette fois, il attendit.
Il observa Azaël.
Puis il fit un pas.
Azaël ne bougea pas.
Soren avança encore.
Il changea soudainement de direction.
Azaël bloqua son attaque.
Mais Soren avait prévu le mouvement.
Il pivota et plaça Veyron contre l’épaule d’Azaël.
Il s’arrêta immédiatement.
Un silence.
Soren ouvrit de grands yeux.
— Je t’ai eu ?
Azaël regarda la lame.
Puis son fils.
— Oui.
Le sourire de Soren apparut immédiatement.
— Vraiment ?
— Oui.
— J’ai réussi !
Azaël hocha la tête.
— Tu progresses.
Soren baissa son épée.
— Alors un jour…
Il regarda Azaël.
— Je pourrai vraiment te battre ?
Azaël sourit.
— Peut-être.
— Tu crois ?
— Je l’espère.
Soren resta silencieux quelques secondes.
Puis il sourit.
— Alors je vais continuer.
À quelques mètres de là, Elyan referma son grimoire.
— Vous avez terminé ?
Soren se retourna.
— Tu regardais ?
— Depuis le début.
— Et ?
Elyan réfléchit.
— Ton dernier mouvement était bon.
Soren sourit.
— Tu vois ?
— Mais tu aurais perdu si papa avait utilisé sa vraie vitesse.
Soren perdit immédiatement son sourire.
— Tu pouvais pas simplement dire que c’était bien ?
— Non.
Azaël éclata de rire.
— Il a raison.
Soren regarda les deux.
— Vous êtes insupportables.
Elyan se leva.
— À ton tour.
Soren fronça les sourcils.
— Quoi ?
— On s’entraîne ensemble.
Soren sourit.
— Enfin.
Elyan s’avança.
Son grimoire s’ouvrit devant lui.
Plusieurs symboles apparurent autour de ses mains.
Azaël les observa.
Le pouvoir d’Elyan avait énormément évolué.
Il ne se contentait plus de restaurer des plantes.
Il pouvait désormais réparer des objets endommagés, accélérer la croissance de certaines créatures végétales et maintenir plusieurs sorts en même temps.
Mais il devait encore apprendre à ne pas dépasser ses limites.
— Commencez, dit Azaël.
Soren attaqua.
Elyan leva immédiatement une main.
Une racine surgit du sol.
Soren bondit par-dessus.
— Trop prévisible.
Elyan sourit.
Une seconde racine apparut derrière lui.
Soren se retourna juste à temps.
— Hé !
— Tu devais regarder derrière toi.
— Je regardais devant !
— Justement.
Soren détruisit la racine d’un mouvement de Veyron.
Elyan recula.
Une lumière apparut autour de son grimoire.
Soren s’arrêta.
— Qu’est-ce que tu prépares ?
— Tu verras.
— J’aime pas quand tu dis ça.
Un cercle lumineux apparut sous les pieds de Soren.
Il bondit immédiatement.
Le sol se transforma.
Plusieurs racines jaillirent.
Soren atterrit sur l’une d’elles et prit appui dessus.
Il fonça vers Elyan.
Elyan leva la main.
Une barrière apparut.
Veyron la frappa.
La barrière se fissura.
Elyan recula.
Soren sourit.
— Je t’ai presque eu.
— Presque.
Elyan fit disparaître la barrière.
Puis une seconde lumière apparut derrière Soren.
Il se retourna.
Trop tard.
Une racine attrapa son pied.
Soren tomba.
— Hé !
Elyan éclata de rire.
— Tu regardais devant.
Soren se releva.
— Je vais te battre.
— Essaie.
Azaël les regardait depuis quelques mètres.
Il ne disait rien.
Il observait.
Leurs pouvoirs devenaient de plus en plus précis.
Et surtout, ils commençaient à se comprendre instinctivement.
Soren compensait les faiblesses d’Elyan.
Elyan compensait l’impulsivité de Soren.
Ils étaient différents.
Mais ensemble, ils devenaient dangereux.
Même pour un dieu.
Les semaines continuèrent de passer.
Les entraînements devinrent plus difficiles.
Azaël augmentait progressivement le niveau.
Il ne leur expliquait jamais pourquoi.
Il voulait simplement qu’ils soient prêts.
Un matin, il plaça trois cibles devant eux.
— Vous devez les détruire.
Soren regarda les cibles.
— Toutes les trois ?
— Oui.
Elyan ouvrit son grimoire.
— Et si on les détruit trop rapidement ?
Azaël sourit.
— Alors j’en ajouterai.
Soren leva Veyron.
— J’aime bien cette règle.
Elyan soupira.
— Évidemment.
Ils commencèrent.
Soren partit sur la première cible.
Elyan s’occupa de la deuxième.
La troisième resta immobile.
Puis Soren changea brusquement de direction.
Il frappa la troisième.
Elyan avait déjà préparé son sort.
La cible explosa.
Azaël croisa les bras.
— Encore.
Soren souffla.
— Tu n’es jamais satisfait.
— Non.
— Même quand on réussit ?
— Surtout quand vous réussissez.
Elyan sourit.
— Il veut simplement qu’on fasse mieux.
Soren regarda son frère.
— Je sais.
Il se remit en position.
Le soir, les trois étaient assis autour d’une table.
Elyan écrivait dans un carnet.
Soren mangeait.
Azaël les observait.
— Vous avez changé.
Soren releva les yeux.
— C’est bien ?
— Oui.
Elyan posa son stylo.
— Dans quel sens ?
Azaël réfléchit.
— Vous êtes plus autonomes.
Soren sourit.
— Normal.
— Et plus difficiles à entraîner.
— Ça, c’est parce que tu deviens vieux.
Azaël resta silencieux.
Elyan regarda son frère.
— Tu viens vraiment de dire ça à papa ?
Soren réfléchit.
— Oui.
Azaël eut un léger sourire.
— Profite.
Soren fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
— Parce que je te laisserai encore parler comme ça pendant un moment.
Soren ne comprit pas.
Elyan non plus.
Azaël, lui, détourna les yeux.
Il savait exactement pourquoi.
Deux mois avaient passé depuis qu’ils avaient commencé cette nouvelle période d’entraînement.
Et chaque journée rapprochait un peu plus le moment où ils devraient affronter une dernière épreuve.
Azaël n’en parlait pas encore.
Il continuait simplement de les entraîner.
De les observer.
De corriger leurs erreurs.
Et parfois, lorsqu’ils ne regardaient pas…
il posait une main contre son propre torse.
La fatigue était devenue plus présente.
Il ne restait plus autant de temps qu’avant.
Mais il ne regrettait rien.
Il avait choisi ces années.
Il les utiliserait jusqu’au bout.
Un soir, Soren et Elyan étaient assis près du feu.
Soren nettoyait Veyron.
Elyan lisait.
— Elyan.
— Hmm ?
— Tu penses qu’on est assez forts ?
Elyan leva les yeux.
— Pour quoi ?
Soren réfléchit.
— Pour tout.
Elyan resta silencieux.
Puis il referma son livre.
— Non.
Soren haussa un sourcil.
— Non ?
— Je pense qu’on peut encore progresser.
Soren sourit.
— Alors on continue.
Elyan hocha la tête.
— Ensemble.
Azaël, qui les observait depuis l’autre côté de la pièce, sourit légèrement.
— C’est exactement ce que je voulais entendre.
Les deux garçons se tournèrent vers lui.
— Tu nous écoutais ? demanda Soren.
— Oui.
— Espion !
Azaël rit.
— Dormez.
Soren se leva.
— Demain, on recommence.
Elyan prit son grimoire.
— Évidemment.
Ils quittèrent la pièce.
Azaël resta seul devant le feu.
Il regarda ses mains.
Puis ferma les yeux.
Trois ans.
Il ne savait pas exactement combien de temps il lui restait désormais.
Mais il savait une chose.
Il ne leur restait plus beaucoup de temps avant le jour où il devrait vérifier jusqu’où ses fils étaient réellement capables d’aller.
Et lorsqu’il arriverait…
il ne leur demanderait pas de le vaincre.
Il leur demanderait simplement de lui montrer qu’ils étaient prêts.
Azaël regarda le feu une dernière fois.
Puis il sourit.
— Encore un peu.