Chapitre 96
Le ciel était rouge.
Pas à cause du soleil.
À cause de la guerre.
Azaël se tenait au milieu d’un champ de ruines.
Autour de lui, des morceaux de palais divins brûlaient encore.
Des fragments de statues flottaient dans les airs avant de retomber lentement.
Le sol était couvert de fissures.
Devant lui, un dieu tentait encore de se relever.
Azaël avançait lentement.
Il était épuisé.
Pourtant, son regard n’avait rien perdu de sa froideur.
Le dieu leva une main.
— Tu ne peux pas continuer.
Azaël s’arrêta.
— Je peux.
— Tu as déjà détruit assez de choses.
Azaël le regarda.
— Ce n’est pas moi qui ai commencé cette guerre.
Le dieu resta silencieux.
Azaël continua d’avancer.
— Vous avez tué Elia.
Une pression invisible traversa soudain le champ de bataille.
Le dieu recula.
— Et maintenant…
Azaël leva la main.
— Vous allez en payer le prix.
La dernière attaque fut brève.
Le silence retomba.
Azaël resta immobile.
Puis il regarda le ciel.
Quatorze mois.
Quatorze mois depuis la mort d’Elia.
Quatorze mois depuis qu’il avait quitté ses fils.
Il ferma les yeux.
Pendant quelques secondes, il pensa à eux.
Elyan.
Soren.
Puis il se retourna.
La guerre était terminée.
Il pouvait enfin rentrer.
Le portail apparut devant lui.
Azaël resta quelques secondes à le regarder.
Il avait l’habitude de traverser les mondes.
Mais cette fois, il hésita.
Pas par peur.
Parce qu’il savait que le monde dans lequel il allait retourner n’était plus celui qu’il avait quitté.
Il franchit le portail.
La Tour des Heures était silencieuse.
Kaelros se trouvait dans la salle principale.
Il sentit immédiatement l’arrivée de son fils.
Il se retourna.
Azaël apparut au centre de la pièce.
Kaelros resta immobile.
Il regarda son fils pendant plusieurs secondes.
Puis son expression changea.
— Tu es revenu.
Azaël hocha lentement la tête.
— Oui.
Kaelros descendit les marches.
— La guerre est terminée ?
— Oui.
— Les dieux responsables de la mort d’Elia ?
Azaël resta silencieux.
Kaelros comprit.
— Je vois.
Un silence lourd s’installa.
Kaelros observa l’énergie autour d’Azaël.
Elle avait énormément diminué.
— Tu as trop utilisé ton pouvoir.
Azaël ne répondit pas.
— Combien ?
Azaël releva les yeux.
— Cinq ans.
Kaelros se figea.
— Quoi ?
— Il me reste environ cinq ans.
Le Dieu du Temps resta silencieux.
Azaël continua :
— Peut-être un peu moins.
Kaelros détourna légèrement les yeux.
— Tu savais que cela arriverait ?
— Je savais que la guerre aurait un prix.
— Mais pas aussi élevé.
— Non.
Kaelros observa son fils.
— Et tu as quand même continué.
Azaël répondit immédiatement :
— Oui.
— Pourquoi ?
Azaël resta silencieux quelques secondes.
Puis il répondit simplement :
— Parce qu’elle était morte.
Kaelros ferma les yeux.
Il n’avait aucune réponse à cela.
Quelques minutes passèrent.
Azaël s’assit sur les marches de la salle.
Kaelros resta debout face à lui.
— Comment vont les garçons ?
Kaelros resta silencieux un instant.
— Ils ont changé.
Azaël releva les yeux.
— Comment ?
— Elyan est devenu beaucoup plus calme.
Azaël écoutait attentivement.
— Il passe énormément de temps à lire.
Un léger sourire apparut sur le visage d’Azaël.
— Ça ne m’étonne pas.
Kaelros continua :
— Il pose beaucoup de questions.
— Ça non plus.
— Mais il réfléchit avant de parler.
Azaël baissa légèrement les yeux.
— Et Soren ?
Kaelros eut un léger sourire.
— Lui, c’est différent.
— Comment ça ?
— Il est devenu beaucoup plus impulsif.
Azaël soupira.
— Ça non plus, ça ne m’étonne pas.
Kaelros continua :
— Mais il s’est beaucoup entraîné.
Azaël releva les yeux.
— Seul ?
— La plupart du temps.
— Il veut toujours devenir chevalier ?
Kaelros hocha la tête.
— Plus que jamais.
Azaël sourit légèrement.
— Bien.
Kaelros observa son fils.
— Ils ont grandi sans toi pendant quatorze mois.
Le sourire d’Azaël disparut.
— Je sais.
— Ils ont continué à avancer.
— Je sais.
— Mais ils t’attendent.
Azaël resta silencieux.
Puis il se leva.
— Alors je vais aller les voir.
Kaelros hocha la tête.
— Ils sont à l’étage.
Azaël fit quelques pas.
Puis s’arrêta.
— Père.
Kaelros releva les yeux.
— Oui ?
— Ne leur dis rien.
Kaelros comprit immédiatement.
— Les cinq années.
— Oui.
— Tu comptes leur cacher ta mort prochaine ?
Azaël regarda la fenêtre.
— Pour l’instant.
Kaelros resta silencieux.
— Pourquoi ?
Azaël répondit calmement :
— Ils viennent de perdre leur mère.
Il marqua une pause.
— Je ne veux pas qu’ils passent les prochaines années à attendre ma mort.
Kaelros baissa les yeux.
— Et toi ?
Azaël eut un léger sourire.
— Moi, je vais simplement profiter du temps qu’il me reste.
— Cinq ans, Azaël.
— Je sais.
— Ce n’est rien.
— Pour un humain, non.
Kaelros regarda son fils.
— Et pour toi ?
Azaël resta silencieux quelques secondes.
Puis il répondit :
— C’est largement suffisant.
Kaelros fronça légèrement les sourcils.
— Tu le penses vraiment ?
Azaël regarda la porte qui menait vers l’étage.
— Oui.
Il marqua une pause.
— J’ai passé des siècles à chercher quelque chose qui puisse donner un sens à mon existence.
Son expression s’adoucit légèrement.
— Maintenant, je sais exactement ce que je veux faire de mes dernières années.
Kaelros comprit.
— Tes fils.
Azaël hocha la tête.
— Mes fils.
Un silence s’installa.
Puis Kaelros demanda :
— Et après ?
Azaël se retourna.
— Après quoi ?
— Après ces cinq années.
Azaël resta silencieux.
Puis il répondit :
— Je n’y pense pas encore.
Kaelros acquiesça lentement.
— Tu as raison.
Azaël se dirigea vers l’escalier.
Mais avant de monter, il s’arrêta.
— Merci de t’être occupé d’eux.
Kaelros resta immobile.
— Je suis leur grand-père.
Azaël sourit légèrement.
— Je sais.
Puis il disparut dans le couloir.
Kaelros resta seul dans la salle.
Il regarda les lignes du temps autour de lui.
Cinq années.
Cinq années pendant lesquelles Azaël allait essayer de transmettre tout ce qu’il savait à ses fils.
Cinq années pendant lesquelles Elyan et Soren allaient continuer de grandir.
Et Kaelros savait une chose.
Ces cinq années seraient probablement les plus importantes de leur vie.