Chapitre 9
Le lendemain matin, Azaël se réveilla avec une étrange sensation.
Il resta quelques secondes allongé.
Quelque chose avait changé.
Il ne savait pas quoi.
Il regarda autour de lui.
La chambre était la même.
Le lit était toujours aussi inconfortable.
La lumière du soleil passait entre les volets.
Rien d'inhabituel.
Pourtant, cette sensation persistait.
Azaël se leva et sortit de la chambre.
Elia était dans la cuisine.
— Bonjour.
— Bonjour.
Elle lui tendit une assiette.
— Mange.
Azaël s'assit.
— Tu as bien dormi ?
— Oui.
— Tant mieux.
Il commença à manger.
Elia le regarda quelques secondes.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Azaël releva les yeux.
— Rien.
— Tu fais cette tête quand quelque chose te préoccupe.
— Quelle tête ?
— Celle-là.
Elle l'imita avec une expression sérieuse.
Azaël la regarda.
Puis il éclata de rire.
— Je ne fais pas cette tête.
— Si.
— Absolument pas.
— Si.
Azaël secoua la tête.
— Tu inventes.
Elia sourit.
— Peut-être.
Après le petit déjeuner, Elia lui annonça qu'elle devait aller au marché.
Azaël se leva immédiatement.
— Je viens avec toi.
Elle haussa un sourcil.
— Pourquoi ?
— Je veux sortir.
— Tu t'ennuies déjà ?
— Non.
Il réfléchit.
— J'aime bien le marché.
— Depuis quand ?
— Depuis que j'ai découvert les fruits rouges.
Elia éclata de rire.
— Tu es sérieux ?
— Très.
Ils quittèrent la maison.
Le village était déjà animé.
Plusieurs marchands étaient arrivés tôt et avaient installé leurs étals sur la place.
Azaël avançait tranquillement.
Il connaissait désormais les lieux.
Certains habitants le saluaient lorsqu'ils le croisaient.
— Bonjour, Azaël !
— Bonjour.
— Ça va ?
— Très bien.
Elia regarda la scène avec un sourire.
— Tu t'intègres vite.
— Ils sont sympathiques.
— Tu disais pourtant que tu ne voulais pas rester.
Azaël la regarda.
— J'ai changé d'avis.
Elle ne répondit rien.
Mais son sourire s'élargit légèrement.
Ils s'arrêtèrent devant un étal rempli de vêtements.
Elia observa plusieurs tissus.
Azaël, lui, regardait les gens.
Il avait remarqué quelque chose.
Un homme se tenait à l'autre bout de la place.
Il ne faisait rien de particulier.
Il attendait.
Azaël le regarda quelques secondes.
L'homme croisa son regard.
Puis détourna les yeux.
Azaël continua d'observer.
Il ne ressemblait pas à un soldat.
Ses vêtements étaient ordinaires.
Il n'avait aucune arme visible.
Azaël finit par détourner le regard.
— Tu as trouvé quelque chose ?
Elia tenait une chemise.
— Oui.
— Elle est jolie.
— Tu trouves ?
— Oui.
Elle la posa contre elle.
— Tu crois que ça m'irait ?
Azaël la regarda.
— Oui.
Elia sourit.
— Alors je la prends.
Ils continuèrent leurs achats.
Mais Azaël regarda discrètement derrière lui.
L'homme avait disparu.
Ils passèrent une bonne partie de la matinée au marché.
Azaël goûta plusieurs aliments.
Il discuta avec des marchands.
Il aida même une vieille femme à porter une caisse jusqu'à son étal.
Elia le regarda faire.
— Tu changes.
Azaël posa la caisse.
— Comment ça ?
— Avant, tu étais beaucoup plus distant.
Il réfléchit.
— Peut-être que j'étais simplement fatigué.
— Et maintenant ?
Azaël regarda autour de lui.
— Maintenant, je me sens bien.
Elia ne répondit pas.
Elle se contenta de sourire.
Sur le chemin du retour, ils passèrent devant la petite bibliothèque du village.
Azaël s'arrêta.
— Attends.
Elia se retourna.
— Quoi ?
— Je reviens.
Il entra.
La bibliothèque était presque vide.
Une vieille femme était assise derrière un bureau.
Elle releva les yeux.
— Bonjour.
— Bonjour.
Azaël parcourut les étagères.
Il ne cherchait rien de précis.
Puis un livre attira son attention.
Il le sortit.
Le titre était ancien.
Les royaumes et leurs divinités.
Azaël resta immobile.
Il ouvrit le livre.
Les premières pages parlaient des différents territoires de la planète.
Puis il arriva à une section consacrée au royaume dans lequel il se trouvait.
Il parcourut rapidement les lignes.
Le nom du dieu qui régnait sur cette terre apparut plusieurs fois.
Eryon.
Azaël s'arrêta.
Il connaissait ce nom.
Pas personnellement.
Mais il l'avait déjà entendu.
Il y avait très longtemps.
Dans un autre monde.
Azaël referma lentement le livre.
— Vous cherchez quelque chose ? demanda la vieille femme.
— Je lisais simplement.
— Vous vous intéressez aux dieux ?
Azaël regarda la couverture.
— Un peu.
La vieille femme sourit.
— Beaucoup de gens les prient.
— Et vous ?
Elle réfléchit.
— Je crois qu'ils existent.
— Vous ne les avez jamais vus ?
— Non.
Azaël resta silencieux.
— Mais je suppose qu'ils nous observent.
Il releva les yeux.
— Pourquoi pensez-vous ça ?
La vieille femme haussa les épaules.
— Sinon, pourquoi auraient-ils créé ce monde ?
Azaël ne répondit pas.
Il reposa le livre.
— Merci.
Il sortit.
Elia l'attendait dehors.
— Tu en as mis du temps.
— J'ai trouvé quelque chose d'intéressant.
— Quoi ?
Azaël regarda la bibliothèque.
— Le nom du dieu de cette planète.
Elia fronça les sourcils.
— Eryon ?
— Oui.
— Tu ne le connaissais pas ?
— Non.
Elle haussa les épaules.
— Moi non plus, je ne connais pas grand-chose sur lui.
Azaël ne répondit pas.
Ils reprirent leur chemin.
Le soir arriva rapidement.
Après le repas, Elia s'installa près de la cheminée avec son nouveau vêtement.
Azaël était assis en face d'elle.
— Tu l'aimes vraiment ?
— Quoi ?
— Cette vie.
Azaël regarda les flammes.
— Oui.
— Même si elle est simple ?
— C'est justement pour ça.
Elia resta silencieuse.
Azaël continua :
— Dans mon ancienne vie, tout était prévisible.
— Et ici ?
Il sourit.
— Ici, je ne sais jamais ce qui va arriver demain.
Elia baissa les yeux vers son ouvrage.
— Ça peut être une bonne chose.
— Oui.
Un silence s'installa.
Puis Elia demanda :
— Tu comptes vraiment rester ?
Azaël la regarda.
Cette fois, il répondit sans hésiter.
— Oui.
Elle releva les yeux.
— Alors je suis contente.
Azaël sourit.
Ils restèrent ainsi quelques minutes.
Puis Elia posa son ouvrage.
— Bonne nuit.
— Bonne nuit.
Elle quitta la pièce.
Azaël resta seul près du feu.
Son regard se posa sur la fenêtre.
Dehors, le village dormait.
Il n'y avait aucun soldat.
Aucune présence étrange.
Aucun signe de danger.
Pourtant, Azaël se souvenait du livre.
Eryon.
Le dieu de cette planète.
Il se demanda soudain pourquoi, depuis son arrivée, il n'avait jamais ressenti directement sa présence.
Il avait senti quelque chose.
Plusieurs fois.
Mais jamais le dieu lui-même.
Azaël regarda les flammes.
— Qui es-tu vraiment ?
Aucune réponse.
Seulement le crépitement du feu.
Et quelque part, très loin du village, quelque chose observait encore.
Sans intervenir.
Sans se rapprocher.
Simplement...
en attendant.