Chapitre 8
Les jours passèrent.
Rien de particulier ne se produisit.
Les soldats avaient finalement quitté le village, comme Kael l'avait annoncé quelques jours plus tôt.
Le calme était revenu.
Pourtant, Azaël n'arrivait pas à se débarrasser de cette impression.
Quelque chose avait changé depuis leur départ.
Il ne savait pas quoi.
Mais il le sentait.
Ce matin-là, il était assis devant la maison avec Elia.
Elle préparait quelques vêtements tandis qu'Azaël essayait de réparer une chaise.
Il regarda le morceau de bois qu'il venait de fixer.
— C'est bon ?
Elia se retourna.
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce que tu as mis la planche à l'envers.
Azaël regarda la chaise.
Puis la planche.
— Ah.
Elia soupira.
— Comment tu fais ?
— Je fais de mon mieux.
— Ton mieux est inquiétant.
Azaël sourit.
Il retira la planche et recommença.
Cette fois, il prit son temps.
Elia l'observa quelques secondes.
— Tu pourrais simplement me demander de t'aider.
— Je peux apprendre seul.
— Pourquoi ?
— Parce que je veux savoir le faire.
Elle sourit légèrement.
— Alors continue.
Azaël reprit son travail.
Cette fois, la chaise tenait correctement.
Il la posa au sol.
— Voilà.
Elia s'approcha et s'assit dessus.
La chaise ne bougea pas.
— Finalement...
Elle réfléchit.
— Ce n'est pas terrible.
Azaël croisa les bras.
— C'est un compliment ?
— Chez moi, oui.
Il eut un petit rire.
Après le déjeuner, ils partirent au village.
Elia devait récupérer quelques affaires chez un marchand.
Azaël marchait à côté d'elle, les mains dans les poches.
Depuis quelques jours, il commençait à connaître les rues.
Il savait où se trouvait la boulangerie.
La place centrale.
L'auberge.
La petite bibliothèque.
Il connaissait même certains habitants par leur prénom.
Cela le surprenait.
Il avait vécu assez longtemps pour connaître des milliers de personnes.
Mais il n'avait jamais pris le temps de simplement retenir leurs noms.
Ici, il commençait à le faire.
— Tu réfléchis à quoi ?
Elia le regardait.
— À rien.
— Tu mens mal.
Azaël sourit.
— Je pensais au village.
— Qu'est-ce qu'il a ?
— Rien.
Il regarda autour de lui.
— Je commence à connaître tout le monde.
— Tu t'attaches ?
Azaël resta silencieux.
Puis il répondit :
— Peut-être.
Elia sourit.
— Ça te fait peur ?
— Non.
— Alors pourquoi tu hésites ?
Azaël regarda les habitants.
— Parce que je n'ai jamais fait ça avant.
— Faire quoi ?
Il chercha ses mots.
— Rester quelque part.
Elia ne répondit pas immédiatement.
Puis elle dit :
— Tu peux rester.
Azaël tourna la tête vers elle.
— Tu en es sûre ?
— Je ne t'aurais pas invité chez moi sinon.
Il sourit.
— C'est vrai.
Ils arrivèrent devant la boutique.
Elia entra.
Azaël resta dehors.
Il observa la place.
Un groupe d'enfants jouait près de la fontaine.
Un marchand rangeait ses affaires.
Kael discutait avec deux habitants.
Tout semblait parfaitement normal.
Puis Azaël aperçut quelque chose.
Un symbole.
Il était gravé sur une petite plaque fixée au mur d'une maison.
Un cercle traversé par une ligne verticale.
Azaël s'arrêta.
Il connaissait ce symbole.
Il l'avait déjà vu.
Sur les armures des soldats.
Il s'approcha.
Il posa les doigts sur la gravure.
Rien.
Aucune énergie particulière.
Simplement une marque.
— Tu fais quoi ?
Azaël se retourna.
Elia venait de sortir de la boutique.
— Ce symbole.
Elle regarda la plaque.
— Quoi ?
— Tu sais ce que c'est ?
— Oui.
Elle s'approcha.
— C'est le symbole du royaume.
— Du royaume ?
— Oui.
Elle désigna la marque.
— Les soldats le portent. Les bâtiments administratifs aussi.
Azaël retira sa main.
— Je ne l'avais jamais vu avant.
— Tu ne viens vraiment pas d'ici.
Il la regarda.
Elle souriait légèrement.
— Je plaisante.
Azaël ne répondit pas.
Il observa encore le symbole.
Quelque chose le dérangeait.
Pas le symbole lui-même.
Mais la sensation qu'il avait eue en le regardant.
Comme s'il l'avait déjà vu autre part.
Il ne savait pas où.
Sur le chemin du retour, Elia remarqua qu'Azaël était silencieux.
— Tu penses encore à cette marque ?
— Oui.
— Pourquoi ?
— Je ne sais pas.
— Alors oublie-la.
Azaël sourit.
— Tu donnes souvent des conseils simples.
— Parce que tu compliques toujours tout.
Il la regarda.
— Peut-être.
Ils continuèrent à marcher.
Puis Elia ralentit.
— Azaël.
— Oui ?
— Est-ce que tu comptes vraiment rester ici ?
Il s'arrêta.
La question était différente des autres.
Elle ne parlait pas des soldats.
Ni de son passé.
Elle parlait de son avenir.
Azaël regarda la route devant lui.
Il pensa à son monde.
À l'éternité qu'il avait laissée derrière lui.
À tous ces siècles où il avait observé les autres vivre sans jamais ressentir le besoin de participer.
Puis il regarda Elia.
— Oui.
Elle ne dit rien.
— Je ne sais pas combien de temps.
Il marqua une pause.
— Mais je veux rester.
Un petit sourire apparut sur le visage d'Elia.
— Alors reste.
Azaël hocha la tête.
Ils reprirent leur chemin.
Le soir venu, Azaël sortit quelques minutes devant la maison.
Le ciel était dégagé.
Les étoiles brillaient au-dessus du village.
Il les observa en silence.
Elia sortit à son tour.
— Tu regardes encore les étoiles.
— Oui.
Elle s'assit à côté de lui.
— Tu les regardais souvent avant ?
Azaël réfléchit.
— Tout le temps.
— Pourquoi ?
— Parce qu'elles étaient les seules choses qui ne me demandaient rien.
Elia le regarda.
— Et maintenant ?
Azaël tourna les yeux vers elle.
— Maintenant, elles me semblent moins intéressantes.
Elle sourit.
— C'est presque romantique.
— Je ne voulais pas l'être.
— Je sais.
Ils restèrent assis côte à côte.
Le silence ne les dérangeait plus.
Azaël regarda le ciel une dernière fois.
Puis il ferma les yeux.
Cette fois, il ne sentit aucune présence.
Pas de soldats.
Pas de menace.
Rien.
Seulement le vent.
Il ouvrit les yeux.
Au loin, derrière les arbres, une lumière apparut.
Une seule seconde.
Azaël la remarqua.
Elia, elle, ne vit rien.
Azaël ne dit rien.
La lumière avait déjà disparu.
Il resta immobile quelques instants.
Puis il regarda Elia.
Elle était toujours assise à côté de lui.
Il détourna finalement les yeux.
Pour l'instant, il n'avait aucune raison de s'inquiéter.
Mais quelque part, loin du village...
quelqu'un venait peut-être de comprendre qu'Azaël n'avait aucune intention de repartir.