Chapitre 7
Le lendemain matin, Azaël fut réveillé par un bruit qu'il commençait à connaître.
— Azaël !
Il ouvrit les yeux.
— Quoi encore...
— Tu vas m'aider ou tu comptes dormir toute la matinée ?
Azaël fixa le plafond quelques secondes.
Puis il se leva.
Lorsqu'il entra dans la cuisine, Elia était déjà prête à partir.
— On doit aller au marché.
— Pourquoi ?
— Parce qu'on n'a presque plus rien à manger.
Azaël regarda les étagères.
— Il reste du pain.
— Du pain et trois pommes.
— Ça devrait suffire.
Elia le fixa.
— Pour combien de temps ?
Azaël réfléchit.
— Deux jours ?
— Deux jours ?
Elle soupira.
— Habille-toi.
Azaël sourit légèrement.
— Oui, chef.
Le village était beaucoup plus animé que la veille.
Les marchands avaient installé leurs étals sur la place. Des enfants couraient entre les adultes et plusieurs habitants discutaient devant les boutiques.
Azaël marchait tranquillement aux côtés d'Elia.
Il portait deux sacs.
Elia en avait trois.
— Donne-moi celui-là.
— Pourquoi ?
— Parce que tu en portes déjà deux.
— Je peux en porter davantage.
— Je sais.
Elle lui prit un sac.
— Mais je ne vais pas te laisser tout porter.
Azaël la regarda.
— Tu es étrange.
— C'est toi qui dis ça ?
Il sourit.
Ils continuèrent leur chemin.
Pour la première fois depuis plusieurs jours, Azaël ne pensait pas aux soldats.
Il regardait simplement les gens.
Un marchand criait ses prix.
Une femme négociait avec lui.
Deux enfants se disputaient pour une pomme.
Un homme essayait de réparer la roue de sa charrette.
Tout était banal.
Et Azaël appréciait cette banalité.
Il s'arrêta devant un étal.
— C'est quoi ?
Elia regarda.
— Des fruits.
— Je sais.
— Alors pourquoi tu demandes ?
Azaël prit une petite baie rouge entre ses doigts.
— Je ne connais pas celle-là.
Le marchand intervint.
— Ça vient des régions du sud.
Azaël l'observa.
— C'est bon ?
— Goûte.
Elia lui lança un regard.
— Tu ne peux pas juste prendre.
Azaël reposa le fruit.
Le marchand éclata de rire.
— Tu peux en prendre une.
Azaël le regarda.
— Merci.
Il goûta.
Son visage resta parfaitement neutre.
Elia attendit.
— Alors ?
— C'est bon.
— Tu dis toujours ça.
— Parce que c'est souvent vrai.
Elle sourit.
Puis elle acheta quelques fruits.
En quittant le marché, ils croisèrent Kael.
Il portait plusieurs outils sur l'épaule.
— Bonjour, Elia.
— Bonjour.
Kael regarda Azaël.
— Toi aussi.
Azaël hocha la tête.
— Bonjour.
Kael hésita.
Puis demanda :
— Les soldats sont encore venus chez toi ?
Elia regarda Azaël.
— Non.
— Ils sont toujours dans le village ?
— Certains.
Kael fronça légèrement les sourcils.
— Ils ont quitté la région hier soir.
Azaël releva les yeux.
— Tous ?
— Presque.
Kael marqua une pause.
— Pourquoi ça t'intéresse ?
— Pour rien.
Kael le regarda quelques secondes.
Puis il répondit :
— Ils reviendront probablement.
Azaël ne dit rien.
Kael reprit son chemin.
Elia attendit qu'il soit suffisamment loin.
— Tu vois ?
— Quoi ?
— Tu devrais arrêter de penser aux soldats.
Azaël la regarda.
— Je n'y pensais pas.
— Maintenant oui.
— Un peu.
Elia sourit.
— Viens.
L'après-midi passa rapidement.
Azaël aida Elia à réparer une partie de la clôture derrière la maison.
Il avait encore beaucoup de mal avec les tâches manuelles.
À plusieurs reprises, il planta les clous de travers.
Elia finit par reprendre le marteau.
— Donne.
— Je peux le faire.
— Non.
— Je peux apprendre.
— Tu apprends très lentement.
Azaël croisa les bras.
— Je suis patient.
— Tu es surtout têtu.
Elle prit le marteau et termina le travail.
Azaël la regarda faire.
— Tu fais ça depuis longtemps ?
— Depuis que je suis petite.
— Pourquoi ?
— Parce que mes parents m'ont appris.
Azaël se tut.
Elia continua de travailler.
— Tu ne parles jamais de ta famille non plus.
Il regarda la clôture.
— Je n'ai plus personne.
Elia s'arrêta.
— Désolée.
Azaël secoua la tête.
— Ce n'est rien.
Elle posa le marteau.
— Tu sais...
Elle hésita.
— Tu n'es pas obligé de tout me raconter maintenant.
Azaël releva les yeux.
— Merci.
Elia sourit.
— Mais un jour, je veux quand même savoir.
Azaël lui rendit son sourire.
— Peut-être.
— Encore ce mot.
— Il est pratique.
Elle secoua la tête.
Le soleil commençait à disparaître lorsqu'ils terminèrent.
Azaël s'assit devant la maison.
Elia apporta deux verres d'eau.
Elle s'assit à côté de lui.
Ils restèrent silencieux.
Le village était calme.
Quelques voix résonnaient encore au loin.
Azaël regarda le ciel.
— C'est beau.
Elia leva les yeux.
— Quoi ?
— Le ciel.
Elle sourit.
— Tu n'avais jamais vu le ciel ?
Azaël resta silencieux.
— Si.
Il regarda les étoiles qui commençaient à apparaître.
— Mais je ne l'avais jamais regardé comme ça.
Elia ne répondit pas.
Elle resta simplement assise à côté de lui.
Après quelques secondes, elle demanda :
— Tu regrettes d'être venu ici ?
Azaël tourna la tête vers elle.
— Non.
— Même avec les soldats ?
— Même avec les soldats.
— Même avec moi ?
Azaël eut un léger sourire.
— Surtout avec toi.
Elia détourna les yeux.
— Idiot.
Azaël rit doucement.
Puis le silence revint.
Cette fois, il était agréable.
Plus tard dans la nuit, Azaël se réveilla.
Il ne savait pas pourquoi.
Il ouvrit les yeux.
La maison était silencieuse.
Elia dormait dans la pièce voisine.
Azaël resta immobile.
Il attendit.
Rien.
Il se leva et s'approcha de la fenêtre.
La forêt était plongée dans l'obscurité.
Il observa les arbres.
Puis il la sentit.
Cette présence.
Faible.
Très loin.
Mais bien réelle.
Azaël posa une main contre la fenêtre.
— Encore toi...
Il ne savait pas qui était là.
Il ne savait pas pourquoi cette présence revenait régulièrement.
Et surtout, il ne savait pas pourquoi elle semblait toujours rester à distance.
Il aurait pu essayer de la chercher.
Mais il ne le fit pas.
Pas cette fois.
Azaël referma simplement les volets.
Il retourna se coucher.
Pourtant, juste avant de fermer les yeux, une pensée lui traversa l'esprit.
Cette présence ne cherchait peut-être pas à l'approcher.
Elle attendait quelque chose.
Et Azaël ignorait encore quoi.