Chapitre 6
La cloche résonna une dernière fois.
Puis plus rien.
Azaël resta quelques secondes devant la maison, le regard tourné vers le village.
Elia se tenait à côté de lui.
— Tu sais ce que ça signifie ?
— Non.
Elle secoua la tête.
— Moi non plus.
Au loin, quelques habitants sortaient de leurs maisons. Certains regardaient autour d'eux, d'autres discutaient avec leurs voisins.
Mais personne ne semblait réellement savoir ce qui se passait.
Azaël observa la scène.
Les soldats, eux, avaient immédiatement changé de comportement.
Ils s'étaient regroupés sur la place.
Certains parlaient entre eux à voix basse.
D'autres regardaient régulièrement vers l'entrée du village.
Azaël plissa légèrement les yeux.
— Ils savent quelque chose.
Elia suivit son regard.
— Tu crois ?
— Oui.
— Tu vas leur demander ?
Azaël réfléchit.
— Pas maintenant.
Il retourna à l'intérieur.
Elia le suivit.
— Pourquoi ?
— Parce que s'ils veulent nous dire quelque chose, ils viendront.
Elle resta silencieuse quelques secondes.
— Tu deviens méfiant.
Azaël s'arrêta.
— Je l'étais déjà.
— Je ne l'avais pas remarqué.
Il la regarda.
— Tu ne me connaissais pas encore très bien.
Elia esquissa un léger sourire.
— C'est vrai.
Elle s'approcha de la table.
— Tu veux manger ?
Azaël regarda par la fenêtre une dernière fois.
— Oui.
La matinée passa sans incident.
Les soldats finirent par quitter la place.
Ils reprirent leurs patrouilles habituelles, comme si rien ne s'était produit.
Azaël trouva cela étrange.
Mais il n'insista pas.
Il passa la matinée avec Elia.
Ils allèrent au village, firent quelques courses et s'arrêtèrent chez un marchand qu'Elia connaissait depuis longtemps.
Azaël observait les habitants.
Tout semblait normal.
Pourtant, quelque chose avait changé.
Les regards étaient différents.
Lorsqu'il traversait une rue, certaines conversations s'arrêtaient.
Des gens le regardaient avant de détourner les yeux.
Azaël n'était pas certain de savoir si cela avait un rapport avec les soldats.
Mais il commençait à s'y habituer.
— Tu regardes encore les gens.
Elia marchait à côté de lui.
— Ils me regardent aussi.
— C'est vrai.
Elle réfléchit.
— Peut-être qu'ils sont simplement curieux.
— Peut-être.
Ils continuèrent leur chemin.
Puis Elia s'arrêta devant une petite boutique.
— J'en ai pour quelques minutes.
Azaël hocha la tête.
— Je vais attendre dehors.
Il s'appuya contre un mur.
Quelques minutes plus tard, un vieil homme passa devant lui.
Il ralentit.
Puis s'arrêta.
— Tu es le nouveau ?
Azaël releva les yeux.
— Apparemment.
Le vieil homme eut un petit rire.
— On parle beaucoup de toi.
— Vraiment ?
— Un étranger qui apparaît soudainement dans la région, qui vit chez Elia et qui ne semble avoir aucune famille...
Il haussa les épaules.
— Les gens aiment parler.
Azaël sourit.
— Je vois.
Le vieil homme allait repartir lorsqu'il se retourna.
— Fais attention quand même.
Azaël fronça les sourcils.
— À quoi ?
Le vieil homme regarda autour de lui.
— À ce que tu ne connais pas.
Puis il partit.
Azaël resta silencieux.
Cette phrase lui resta dans l'esprit.
Ils rentrèrent dans l'après-midi.
Elia posa les courses sur la table.
— Tu es bien silencieux.
— Je réfléchis.
— Encore ?
— Oui.
Elle soupira.
— Et cette fois, tu réfléchis à quoi ?
Azaël regarda les sacs.
— À ce vieil homme.
— Quel vieil homme ?
— Celui qui m'a parlé devant la boutique.
Elia haussa les épaules.
— Il dit souvent des choses étranges.
— Il m'a dit de faire attention à ce que je ne connais pas.
Elle sourit.
— Ce n'est pas très précis.
— Justement.
Elia le regarda quelques secondes.
— Tu cherches toujours un sens caché à tout.
Azaël resta silencieux.
— Peut-être que tu devrais simplement profiter de ta journée.
Il la regarda.
— Tu crois ?
— Oui.
Elle sortit quelques légumes.
— Tu passes ton temps à réfléchir aux soldats, aux gens qui te regardent et à cette présence que tu crois sentir.
Azaël se figea légèrement.
Elia le remarqua.
— Quoi ?
— Rien.
— Tu penses vraiment que quelqu'un nous observe ?
Azaël ne répondit pas tout de suite.
Puis il dit :
— Je ne sais pas.
Elia hocha lentement la tête.
— Alors tant que tu n'en sais rien, arrête de t'inquiéter.
Azaël eut un léger sourire.
— C'est facile à dire.
— Je sais.
Elle lui tendit un couteau.
— Tiens.
— Pourquoi ?
— Coupe ça.
Azaël regarda les légumes.
Puis le couteau.
— Je préfère combattre.
Elia éclata de rire.
— Tu es incapable de couper trois légumes ?
— Je n'ai jamais prétendu le contraire.
Il prit le couteau.
Elia secoua la tête.
Pendant quelques minutes, la pièce retrouva son calme habituel.
Azaël oublia presque les soldats.
Presque.
Le soir venu, ils mangèrent près de la fenêtre.
Elia parlait de choses simples.
Du marché.
D'une voisine.
D'un problème avec son toit.
Azaël l'écoutait.
Il ne cherchait pas de menace.
Il ne surveillait personne.
Pour quelques minutes, il n'était qu'un homme assis à une table avec quelqu'un qu'il apprenait à connaître.
Et cela lui suffisait.
Après le repas, Elia se leva pour débarrasser.
Azaël resta assis.
Son regard se posa sur la fenêtre.
La rue était vide.
Il observa quelques secondes.
Puis quelque chose attira son attention.
Une petite lumière.
Très loin.
À la limite de la forêt.
Elle apparut pendant une seconde.
Puis disparut.
Azaël se leva.
Elia se retourna.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
— J'ai vu quelque chose.
— Quoi ?
Azaël regarda encore.
Plus rien.
— Une lumière.
Elia s'approcha de la fenêtre.
— Où ?
Il lui indiqua la direction.
Elle plissa les yeux.
— Je ne vois rien.
— Elle a disparu.
Elia le regarda.
— Tu es sûr que tu l'as vue ?
Azaël resta silencieux.
— Oui.
Elle observa encore la forêt.
— Peut-être que c'était simplement une lanterne.
— Peut-être.
Azaël ne semblait pas convaincu.
Mais il ne chercha pas davantage.
Il referma les volets.
— Tu viens dormir ?
Azaël la regarda.
Puis sourit légèrement.
— Oui.
Cette nuit-là, Azaël dormit profondément.
Il ne rêva pas.
Il ne sentit aucune présence.
Rien.
Au matin, il ouvrit les yeux.
Le soleil entrait déjà dans la chambre.
Il resta quelques secondes allongé.
Puis il entendit Elia depuis la cuisine.
— Azaël !
— Oui ?
— Tu dors encore ?
— Non.
— Alors viens m'aider !
Azaël soupira.
Il se leva.
Une nouvelle journée commençait.
Et, pour l'instant...
tout allait bien.
Mais à plusieurs kilomètres du village, à la lisière de la forêt, une petite lumière apparut de nouveau.
Cette fois, elle resta allumée.
Quelques secondes seulement.
Puis elle disparut.
Et personne dans le village ne la vit.