Chapitre 63
Chapitre 63
Le lendemain matin, le palais était déjà beaucoup plus calme.
Les nobles qui étaient restés après le banquet commençaient progressivement à quitter la capitale.
Pourtant, plusieurs familles avaient encore quelques affaires à régler avant leur départ.
Parmi elles se trouvaient celles de Liora et de Mira.
Soren était déjà debout depuis longtemps.
Il avait attaché son épée à sa ceinture et attendait dans le jardin.
Mira arriva quelques minutes plus tard.
— Tu es vraiment venu.
Soren se retourna.
— Bien sûr.
— Tu n'as pas oublié ce que ton père a dit hier ?
— Non.
Mira regarda son épée.
— Alors on commence ?
Soren hocha la tête.
— Mon père m'a dit que tu pouvais t'entraîner avec moi.
— Ton père a dit ça ?
— Oui.
— D'accord.
Elle se plaça devant lui.
— Alors montre-moi ce que tu sais faire.
Soren dégaina son épée.
Mira recula immédiatement.
— Doucement !
Soren s'arrêta.
— Quoi ?
— Tu viens de dégainer comme si tu partais combattre une armée.
Soren regarda son épée.
— Ah.
Mira soupira.
— Tu dois apprendre à contrôler ta force.
— Papa me dit la même chose.
— Alors écoute-le.
Soren se mit en garde.
Mira fit de même.
Ils commencèrent par des mouvements simples.
Soren avançait rapidement, tandis que Mira se déplaçait davantage sur les côtés.
Au bout de quelques minutes, Soren commença à accélérer.
— Trop vite, dit Mira.
— Je peux aller plus vite.
— Justement.
Soren ralentit.
Mira sourit.
— Là.
Ils recommencèrent.
Cette fois, Soren prit davantage le temps d'observer.
Il fit un pas.
Puis un autre.
Mira esquiva.
Soren changea immédiatement de direction.
Elle recula.
— Pas mal.
Soren sourit.
— J'ai appris ça avec papa.
— Il est vraiment bon professeur.
— Le meilleur.
Mira réfléchit.
— Alors il faudra que tu deviennes aussi bon que lui.
Soren regarda son épée.
— Je deviendrai meilleur.
— Pourquoi ?
Soren répondit simplement :
— Parce que je veux protéger ma famille.
Mira resta silencieuse.
Puis elle sourit.
— Tu dis toujours ça.
— Parce que c'est vrai.
Elle baissa les yeux et murmura :
— J'aime bien cette raison.
Pendant ce temps, dans une autre partie du palais, Elyan avançait aux côtés de Liora.
Armand leur avait donné l'autorisation d'accéder à une petite bibliothèque privée réservée aux familles nobles.
Liora poussa les portes.
Elyan s'arrêta.
Ses yeux s'agrandirent.
Des étagères remplissaient presque entièrement la pièce.
Des livres anciens étaient classés par domaine.
Histoire.
Magie.
Plantes.
Créatures.
Civilisations anciennes.
Elyan resta immobile.
— Tu vas bien ?
Il hocha lentement la tête.
— Oui.
— Tu ne bouges plus.
— Je réfléchis.
Liora sourit.
— À quoi ?
— À la manière dont je vais tout lire.
Elle éclata de rire.
— Tu ne peux pas tout lire aujourd'hui.
Elyan regarda les étagères.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il y en a des centaines.
— Alors il faudra revenir.
Liora sourit.
— Ça me paraît être une bonne idée.
Ils commencèrent à parcourir les rayons.
Elyan s'arrêta devant une section consacrée à la magie de vie.
Il sortit un livre.
— Celui-ci.
Liora regarda le titre.
— « Principes fondamentaux de la magie naturelle ».
— Tu l'as déjà lu ?
— Oui.
Elyan la regarda avec intérêt.
— Alors tu peux m'expliquer.
— Je peux essayer.
Ils s'installèrent à une table.
Liora ouvrit le livre.
— La magie de vie n'est pas seulement faite pour faire pousser les plantes.
Elyan hocha la tête.
— Je sais.
— Elle peut aussi restaurer certaines choses.
— Comme ce que je fais.
— Oui.
Elyan réfléchit.
— Mais pourquoi certaines choses sont plus faciles à restaurer que d'autres ?
Liora prit le temps de réfléchir.
— Parce que la magie ne recrée pas toujours quelque chose à partir de rien.
— Alors elle fait quoi ?
— Elle suit ce qui existe déjà.
Elyan regarda son grimoire.
Cette réponse l'intéressait énormément.
— Donc si quelque chose est complètement détruit...
— Ce serait beaucoup plus difficile.
Elyan resta silencieux.
Puis il nota quelque chose dans un petit carnet.
Liora le regarda faire.
— Tu prends des notes ?
— Oui.
— Pourquoi ?
— Pour ne pas oublier.
Elle sourit.
— Tu es vraiment sérieux.
Elyan releva les yeux.
— Tu te moques ?
— Non.
Elle regarda son carnet.
— Je trouve ça bien.
Elyan retourna à son livre.
Mais un petit sourire apparut sur son visage.
Dans le jardin, l'entraînement continuait.
Soren commençait à fatiguer.
Il avait pourtant refusé plusieurs fois de faire une pause.
Mira finit par croiser les bras.
— Tu es fatigué.
— Non.
— Si.
— Non.
— Tu viens de rater ton mouvement.
Soren regarda le sol.
— C'est parce que j'ai glissé.
Mira leva un sourcil.
— Bien sûr.
Soren rangea finalement son épée.
— D'accord.
Il s'assit dans l'herbe.
Mira vint s'asseoir à côté de lui.
— Tu t'entraînes toujours aussi longtemps ?
— Avec papa, oui.
— Et tu ne te plains jamais ?
Soren réfléchit.
— Si.
Mira sourit.
— Au moins tu es honnête.
Soren regarda son épée.
— Je veux devenir fort.
— Je sais.
— Mais je veux pas seulement être fort.
Mira tourna la tête vers lui.
— Alors pourquoi ?
Soren réfléchit.
— Je veux que les gens autour de moi puissent compter sur moi.
Mira resta silencieuse.
Puis elle dit :
— Tu sais...
Soren la regarda.
— Je n'aime pas trop qu'on me protège.
— Pourquoi ?
— Parce que j'ai envie de pouvoir me débrouiller toute seule.
Soren hocha la tête.
— Je comprends.
Mira joua quelques secondes avec un brin d'herbe.
— Mais si c'est toi...
Elle hésita.
— Je veux bien.
Soren fronça légèrement les sourcils.
— Quoi ?
— Être protégée.
Elle le regarda.
— Si c'est toi, ça ne me dérange pas.
Soren resta silencieux.
Mira sourit.
— Tu es encore bloqué.
— Je réfléchis.
— À quoi ?
— À ce que je dois répondre.
Mira rit.
— Tu n'as pas besoin de répondre.
Elle se rapprocha simplement et lui donna un petit bisou sur la joue.
Soren devint immédiatement tout rouge.
Mira se mit à rire.
— Pourquoi tu es rouge ?
— Je ne suis pas rouge.
— Si.
— Non.
— Si.
Soren détourna la tête.
— C'est le soleil.
Mira regarda le ciel.
— Il est derrière toi.
Soren resta silencieux.
Puis Mira sourit.
— Quand on sera grands...
Soren la regarda.
— Oui ?
— Je veux qu'on reste ensemble.
Soren réfléchit quelques secondes.
Puis il répondit avec le sérieux d'un enfant qui venait de prendre une décision extrêmement importante :
— Alors je t'épouserai.
Mira ouvrit légèrement les yeux.
— Vraiment ?
— Oui.
— Promis ?
Soren tendit son petit doigt.
— Promis.
Mira accrocha son petit doigt au sien.
— Alors c'est décidé.
Ils restèrent ainsi quelques secondes.
Puis Soren se leva brusquement.
— Mais je dois quand même devenir chevalier avant.
Mira éclata de rire.
— Oui.
— Et toi, tu seras ma conseillère.
— Je croyais que je serai ta femme.
— Tu peux être les deux.
— D'accord.
Pendant ce temps, Azaël et Elia se trouvaient dans un autre salon.
Ils n'avaient pas rejoint les enfants.
Depuis le matin, quelque chose les préoccupait.
Une lettre était posée sur la table.
Elia la regardait depuis plusieurs minutes.
— Tu es sûr que c'est bien ce qu'ils disent ?
Azaël hocha la tête.
— Oui.
— Plusieurs villages ?
— Cinq.
Elia fronça les sourcils.
— Encore ?
— Oui.
Azaël relut le rapport.
Depuis plusieurs jours, des phénomènes étranges avaient été signalés dans différentes régions.
Des zones où la magie devenait instable.
Des créatures qui se comportaient de manière inhabituelle.
Et surtout, des personnes avaient commencé à disparaître près de certains anciens sanctuaires.
Elia se leva.
— Ça recommence.
Azaël releva les yeux.
— Quoi ?
— Les dieux.
Il resta silencieux.
— Je pensais qu'après ce qui s'était passé avec Kaelion, ils nous laisseraient tranquilles.
— Certains le feront.
— Et les autres ?
Azaël regarda la lettre.
— Ils cherchent quelque chose.
Elia s'approcha de lui.
— Les garçons ?
Azaël ne répondit pas immédiatement.
C'était justement ce qui l'inquiétait.
Depuis leur naissance, Elyan et Soren attiraient l'attention de forces qu'ils ne comprenaient pas encore.
Mais cette fois, les événements semblaient différents.
Les phénomènes ne se produisaient plus uniquement autour d'eux.
Ils apparaissaient partout dans le royaume.
Comme si quelque chose cherchait à ouvrir plusieurs passages à la fois.
— Je ne sais pas si ça les concerne directement.
Elia soupira.
— Mais tu penses que oui.
— Oui.
Elle regarda par la fenêtre.
Soren était toujours dans le jardin.
Elyan n'était plus visible.
— Ils sont encore petits.
— Je sais.
Azaël se leva.
— C'est justement pour ça que je veux comprendre ce qui se passe avant qu'ils soient assez grands pour en subir les conséquences.
Elia le regarda.
— Tu vas encore partir ?
Azaël secoua immédiatement la tête.
— Non.
Elle sembla soulagée.
— Alors qu'est-ce qu'on fait ?
Azaël réfléchit.
— On reste ici pour le moment.
— Et ensuite ?
— On retourne au village.
Elia hocha la tête.
— D'accord.
Elle marqua une pause.
— Mais tu ne vas pas tout gérer seul.
Azaël sourit.
— Je sais.
— Non, tu ne sais pas.
Elle croisa les bras.
— Tu as tendance à décider quelque chose, puis à considérer que tout le monde doit simplement suivre.
Azaël réfléchit.
— C'est faux.
Elia le fixa.
— Tu as décidé d'aller seul voir Kaelros.
Azaël resta silencieux.
— Tu as décidé de partir faire la guerre pendant quatorze mois.
Toujours rien.
— Et tu as décidé de revenir seul.
Azaël soupira.
— D'accord.
— Voilà.
Elle sourit.
— Tu progresses.
Azaël lui adressa un regard amusé.
— Tu es devenue très exigeante.
— Avec toi ? Oui.
Dans la bibliothèque, Elyan venait de découvrir une nouvelle section.
Il parcourut les titres.
Puis s'arrêta.
Un livre particulièrement ancien attira son attention.
Il le sortit doucement.
Liora se rapprocha.
— Tu connais celui-là ?
Elyan secoua la tête.
— Non.
La couverture était sombre.
Aucun auteur n'était indiqué.
Seulement un symbole gravé au centre.
Un cercle.
Traversé par une ligne verticale.
Elyan resta immobile.
— Ce symbole...
Liora regarda la couverture.
— Tu l'as déjà vu ?
— Oui.
— Où ?
Elyan réfléchit.
— Sur les soldats du royaume.
Liora hocha la tête.
— C'est le symbole royal.
Elyan ouvrit le livre.
Les premières pages parlaient de l'histoire ancienne du royaume.
Mais certaines pages avaient été arrachées.
Elyan fronça les sourcils.
— Pourquoi quelqu'un a retiré ces pages ?
Liora regarda attentivement.
— Je ne sais pas.
Elyan continua de tourner les pages.
Puis il trouva une phrase à moitié effacée.
Il la lut à voix basse.
— « Lorsque l’héritier apparaîtra... »
Il s'arrêta.
Liora le regarda.
— L’héritier de quoi ?
Elyan ne répondit pas.
Il continua de lire.
Mais la suite était illisible.
Il referma lentement le livre.
— Je veux l'emprunter.
Liora sourit.
— Tu penses que ton père acceptera ?
— Je lui demanderai.
— Alors moi aussi, je veux le lire.
Elyan hocha la tête.
— On le lira ensemble.
Liora sourit.
— D'accord.
Le soir venu, les deux familles se retrouvèrent une dernière fois dans le grand salon du palais.
Les préparatifs de départ étaient presque terminés.
Dorian annonça que lui et Selene repartiraient dès le lendemain.
Marianne et Armand prévoyaient également de rentrer chez eux.
Soren regarda Mira.
— Tu reviendras ?
Mira hocha la tête.
— Oui.
— Promis ?
— Promis.
Elyan regarda Liora.
— Et toi ?
— Je reviendrai aussi.
Armand sourit.
— Et notre bibliothèque sera toujours là.
Elyan répondit immédiatement :
— Je n'ai pas oublié.
Tout le monde rit.
Azaël observa les enfants.
Il voyait quelque chose changer.
Pas seulement leurs pouvoirs.
Leur monde s'agrandissait.
Ils commençaient à avoir leurs propres relations, leurs propres centres d'intérêt et leurs propres projets.
Et pour la première fois, Azaël comprit qu'il ne pourrait pas toujours être celui qui déciderait de leur chemin.
Il pouvait les protéger.
Les conseiller.
Les entraîner.
Mais leurs vies leur appartiendraient.
Elia posa doucement une main sur son bras.
— À quoi tu penses ?
Azaël regarda ses fils.
— Qu'ils grandissent trop vite.
Elia sourit.
— C'est normal.
— Je n'aime pas ça.
— Tu vas devoir t'y habituer.
Azaël soupira.
— Encore une chose que je dois apprendre.
Elia sourit.
— Tu apprends vite.
Azaël la regarda.
— Ça, je l'ai déjà entendu.
Plus tard dans la nuit, alors que tout le monde dormait, Elyan se réveilla brièvement.
Il avait laissé le vieux livre sur une table.
Il descendit chercher de l'eau.
En passant devant le salon, il remarqua quelque chose.
Le livre était ouvert.
Elyan s'approcha.
Une page qu'il n'avait pas vue auparavant était visible.
Il fronça les sourcils.
Une phrase y était inscrite.
« Lorsque la Vie et la Mort marcheront ensemble, ceux qui se croient éternels commenceront à craindre leur propre fin. »
Elyan resta immobile.
Il ne comprenait pas vraiment ce que cela signifiait.
Il referma le livre.
Puis il retourna se coucher.
Il ne savait pas encore que cette phrase concernait directement son frère et lui.
Et surtout...
il ne savait pas que quelqu'un, quelque part, avait déjà commencé à chercher les deux enfants.