Chapitre 62
Chapitre 62
Trois jours s'étaient écoulés depuis le banquet.
La capitale avait retrouvé son agitation habituelle.
Les rues étaient remplies de marchands, de voyageurs et de nobles venus pour quelques jours.
Azaël, lui, commençait à trouver le temps long.
Il était assis dans un salon du palais, près d'une fenêtre ouverte.
Elia se trouvait à quelques mètres de lui.
Elle discutait avec Elena et Marianne.
Plus loin, Valerian parlait avec Armand.
Dorian, lui, observait les enfants jouer dans le jardin.
Tout le monde semblait avoir trouvé une raison de rester.
Azaël regarda Elia.
— On devait repartir hier.
Elle se retourna.
— Je sais.
— Et pourtant, nous sommes encore ici.
Elia sourit.
— C'est parce que maman voulait revoir Liora.
Marianne intervint :
— Et parce que nous avons encore quelques affaires à régler dans la capitale.
Azaël soupira.
— Je comprends.
Elia le regarda.
— Tu peux survivre quelques jours sans retourner au village.
— J'en doute.
Elle rit.
— Tu es devenu difficile.
— J'aime le calme.
— Tu as choisi de vivre avec moi et deux enfants.
Azaël réfléchit.
— C'est vrai.
— Donc tu as déjà perdu.
Il sourit.
— Probablement.
Dans le jardin, Soren et Mira couraient autour d'un arbre.
Soren portait sa véritable épée à la ceinture.
Il ne la dégainait pas.
Azaël lui avait suffisamment répété qu'une arme réelle n'était pas un jouet.
Mira le regarda.
— Tu la portes encore ?
Soren posa une main sur la poignée.
— Papa me laisse la garder.
— Même ici ?
— Oui.
— Tu ne devrais pas la sortir.
Soren haussa les épaules.
— Je sais.
Mira le fixa.
— Tu dis ça, mais je ne te crois pas.
— Pourquoi ?
— Parce que tu es incapable de rester tranquille plus de cinq minutes.
Soren resta silencieux.
Puis il répondit :
— C'est faux.
Mira leva un sourcil.
— Ça fait deux minutes que tu tournes autour de moi.
Soren réfléchit.
— Ah.
Elle éclata de rire.
Un peu plus loin, Elyan et Liora étaient installés sur un banc.
Elyan lisait son grimoire.
Liora avait apporté un autre livre.
— Tu lis toujours autant ? demanda-t-elle.
— Oui.
— Même pendant les vacances ?
— Je n'appelle pas ça des vacances.
Liora sourit.
— Alors tu appelles ça comment ?
Elyan réfléchit.
— Apprendre.
— Tu as vraiment réponse à tout.
— Pas encore.
Elle ouvrit son livre.
— Mon père dit que personne ne peut tout savoir.
Elyan releva les yeux.
— Il a raison.
Liora sourit.
— Ça te surprend ?
— Non.
— Tu as l'air surpris.
— Je réfléchissais.
— Tu fais ça souvent.
Elyan baissa les yeux vers son livre.
— Oui.
Liora rit doucement.
Pendant ce temps, les parents observaient leurs enfants.
Dorian croisa les bras.
— Votre fils a beaucoup d'énergie.
Azaël regarda Soren.
— Vous n'imaginez même pas.
Dorian eut un petit sourire.
— Mira n'est pas beaucoup mieux.
Selene intervint :
— Elle a toujours été comme ça.
Elia se tourna vers elle.
— Elle semble très indépendante.
— Elle refuse qu'on fasse les choses à sa place.
Selene regarda sa fille.
— Même quand elle aurait besoin d'aide.
Dorian soupira.
— Elle tient ça de sa mère.
Selene lui lança un regard.
— Tu veux vraiment commencer ?
Dorian sourit.
Azaël observa leur échange.
— Vous avez l'air de bien vous entendre.
Dorian regarda sa femme.
— Après toutes ces années, on a appris à éviter certaines discussions.
Selene sourit.
— Et à en gagner d'autres.
Elia rit.
— Je comprends mieux Mira.
Dorian se tourna ensuite vers Azaël.
— Et Soren ?
— Il veut devenir chevalier.
— Je sais.
Dorian regarda l'épée.
— C'est une vraie arme ?
Azaël hocha la tête.
— Oui.
Dorian sembla surpris.
— À son âge ?
— Elle est adaptée à sa taille et je lui apprends à la manier correctement.
Il marqua une pause.
— Mais il n'a pas le droit de la sortir sans raison.
Dorian hocha lentement la tête.
— C'est une bonne règle.
Il observa Soren.
— Un enfant qui veut devenir chevalier doit d'abord apprendre la responsabilité.
Azaël regarda Dorian.
— Vous êtes militaire ?
Dorian secoua la tête.
— Pas exactement.
— Alors ?
— Ma famille possède des terres dans le nord. Nous avons longtemps travaillé avec les garnisons de la région.
Il marqua une pause.
— J'ai appris à me battre parce que c'était nécessaire.
Azaël hocha la tête.
— Je comprends.
Dorian regarda ensuite Soren.
— Si votre fils veut vraiment devenir chevalier, je pourrais lui montrer certaines choses.
Azaël haussa légèrement les sourcils.
— Vous ?
— Quelques bases.
Il sourit.
— Rien de dangereux.
Azaël regarda Soren.
Puis Dorian.
— Pourquoi pas.
Dorian semblait satisfait.
— Dans ce cas, je vais lui montrer.
Soren, qui avait entendu une partie de la conversation, accourut immédiatement.
— Quoi ?
Dorian sourit.
— Je pourrais t'apprendre quelques mouvements.
Soren regarda son père.
— Papa ?
Azaël hocha la tête.
— Si tu écoutes.
Soren se redressa.
— J'écouterai.
Mira croisa les bras.
— Tu dis ça maintenant.
— Je vais vraiment écouter.
— On verra.
De l'autre côté du jardin, Marianne discutait avec Elia.
— Liora parle beaucoup d'Elyan.
Elia sourit.
— Elyan parle aussi beaucoup d'elle.
Marianne parut légèrement surprise.
— Vraiment ?
— Oui.
Elle regarda son fils.
— Ils aiment les mêmes choses.
Marianne sourit.
— Liora a toujours été attirée par les livres.
— Ça vient de vous ?
— En partie.
Elle regarda Armand.
— Son père lui a appris à lire très tôt.
Armand entendit son nom.
— Vous parlez de moi ?
Marianne sourit.
— De ton obsession pour les livres.
Armand haussa les épaules.
— Je préfère les livres aux réunions de nobles.
Azaël intervint :
— Enfin quelqu'un de raisonnable.
Armand rit.
— Vous voyez ?
Il s'approcha.
— Je dois vous avouer quelque chose.
Azaël le regarda.
— Quoi ?
— Notre famille possède une ancienne bibliothèque dans notre domaine.
Les yeux d'Elyan, qui passait à proximité, s'illuminèrent immédiatement.
Liora le remarqua.
— Je savais que ça t'intéresserait.
Elyan s'approcha.
— Une bibliothèque ?
Armand sourit.
— Oui.
— Elle contient quoi ?
— Beaucoup de choses.
Elyan réfléchit.
— Des livres sur la magie ?
— Certains.
— Les plantes ?
— Également.
— Les anciennes civilisations ?
Armand rit.
— Oui.
Elyan regarda Azaël.
Azaël avait déjà compris.
— Tu veux y aller.
Elyan hocha la tête.
— Oui.
Liora intervint :
— Moi aussi.
Armand sourit.
— Dans ce cas, vous pourrez venir lorsque nous rentrerons chez nous.
Elyan resta silencieux quelques secondes.
Puis il demanda :
— Vraiment ?
— Bien sûr.
Liora regarda Elyan avec un sourire.
— Tu vas pouvoir lire pendant des heures.
Elyan sourit.
— C'est une bonne journée.
Azaël secoua légèrement la tête.
— Je crois qu'on vient de perdre notre fils.
Elia sourit.
— Tant qu'il revient manger.
L'après-midi continua dans une atmosphère beaucoup plus légère.
Les enfants passèrent plusieurs heures ensemble.
Soren suivit Dorian pour apprendre quelques positions de base.
Il était évident qu'il voulait aller trop vite.
— Plus doucement, lui dit Dorian.
— Je vais vite.
— Je vois ça.
— C'est bien ?
— Pas toujours.
Soren fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
— Parce qu'un adversaire peut utiliser ta précipitation contre toi.
Soren réfléchit.
Puis recommença.
Cette fois, il prit davantage son temps.
Dorian hocha la tête.
— Beaucoup mieux.
Soren sourit.
— Papa m'apprend pareil.
Dorian regarda Azaël, qui observait la scène à distance.
— Il a un bon professeur.
Azaël ne répondit pas.
Mais il sourit légèrement.
Un peu plus loin, Elyan et Liora avaient trouvé un coin tranquille.
Liora lui montrait différentes illustrations dans son livre.
— Celle-ci pousse dans les régions froides.
— Elle ressemble à celle que j'ai vue dans le grimoire.
— Peut-être parce qu'elles appartiennent à la même famille.
Elyan regarda attentivement.
— Il faudrait vérifier.
— Tu veux vérifier maintenant ?
— Oui.
Liora rit.
— Évidemment.
Lorsque le soleil commença à descendre, les familles se retrouvèrent devant le palais.
Marianne posa une main sur l'épaule de Liora.
— Nous devons rentrer.
Liora regarda Elyan.
— On se reverra ?
Elyan hocha la tête.
— Oui.
Armand intervint :
— Et tu n'as pas oublié notre bibliothèque.
Elyan secoua la tête.
— Non.
— Alors vous pourrez venir dans quelques semaines.
Liora sourit.
Mira, elle, se tourna vers Soren.
— Et toi ?
— Quoi ?
— Tu vas t'entraîner demain ?
Soren posa la main sur son épée.
— Oui.
— Alors travaille bien.
— Toi aussi.
Mira sourit.
— Je ne m'entraîne pas avec une épée.
— Tu pourrais.
— Peut-être.
Dorian posa une main sur l'épaule de sa fille.
— Nous devons y aller.
Mira fit un signe de la main.
— À bientôt !
— À bientôt ! répondit Soren.
Liora et Mira partirent avec leurs familles.
Elyan et Soren les regardèrent s'éloigner.
Puis Soren se tourna vers son frère.
— Tu crois qu'on va vraiment aller chez Liora ?
— Oui.
— Il y aura beaucoup de livres ?
— Évidemment.
Soren réfléchit.
— Alors je viens aussi.
Elyan soupira.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il faut bien que quelqu'un te sorte de la bibliothèque.
Elyan sourit.
— D'accord.
Azaël et Elia les rejoignirent.
Elia regarda leurs deux fils.
— Vous avez passé une bonne journée ?
— Oui ! répondirent-ils ensemble.
Azaël regarda la route par laquelle les deux familles étaient parties.
Puis ses fils.
Il avait longtemps pensé que sa vie se résumait à lui-même.
Ensuite, Elia était arrivée.
Puis Elyan et Soren.
Et maintenant, leurs propres vies commençaient à s'étendre au-delà de leur famille.
Ils avaient des amis.
Des personnes qui les connaissaient.
Des adultes qui pouvaient leur transmettre autre chose que ce qu'Azaël lui-même pouvait leur apprendre.
C'était nouveau.
Et, étrangement, Azaël trouvait cela rassurant.
Il regarda Elia.
Elle lui sourit.
Puis ils reprirent tous les quatre le chemin de leurs appartements.
Pour l'instant, rien ne semblait urgent.
Mais quelque part, dans la capitale, une décision venait d'être prise.
Une décision qui allait bientôt obliger Azaël à choisir entre rester simplement le père de ses enfants...
ou redevenir le dieu que tout le monde craignait.