Chapitre 5
Les jours suivants furent étrangement calmes.
Les soldats étaient toujours dans le village, mais ils semblaient avoir cessé de chercher ouvertement quelque chose.
Azaël, lui, n'était pas dupe.
Il avait appris à reconnaître les regards.
Un homme qui observe par curiosité ne regarde qu'une fois.
Un homme qui cherche quelque chose regarde deux fois.
Et depuis quelques jours, Azaël était regardé partout où il allait.
Ce matin-là, il était assis devant la maison avec Elia.
Elle réparait un panier tandis qu'il essayait maladroitement de couper du bois.
Un morceau de bois tomba au sol.
Elia leva les yeux.
— Tu tiens ta hache à l'envers.
Azaël regarda ses mains.
— Ah.
Elia soupira.
— Comment tu peux être aussi intelligent et aussi incapable de faire quelque chose d'aussi simple ?
— Je n'ai jamais eu besoin de couper du bois.
— Tu faisais quoi avant ?
Azaël s'arrêta.
La question était banale.
Pourtant, son expression changea légèrement.
— Beaucoup de choses.
— Lesquelles ?
— Des choses compliquées.
Elia le fixa.
— C'est toujours comme ça avec toi.
Azaël releva les yeux.
— Comment ça ?
— Tu réponds sans vraiment répondre.
Il resta silencieux.
Elia reprit son panier.
— Tu ne me racontes jamais rien sur toi.
— Je t'ai dit d'où je venais.
— Non.
Elle leva les yeux vers lui.
— Tu m'as dit que tu venais de loin.
Azaël ne répondit pas.
— Tu ne m'as jamais parlé de ta famille. Ni de l'endroit où tu vivais. Ni de ce que tu faisais avant d'arriver ici.
Elle marqua une pause.
— Et maintenant, des soldats viennent poser des questions sur toi.
Azaël posa lentement la hache.
— Tu crois que je te mens ?
Elia hésita.
— Je ne sais pas.
Cette réponse lui fit plus d'effet qu'il ne l'aurait voulu.
Azaël détourna le regard.
— Je ne veux pas te mettre en danger.
— Ce n'est pas une réponse.
— C'est la seule que je peux te donner.
Elia se leva.
— Alors ne me demande pas de te faire confiance.
Azaël releva brusquement les yeux.
Elle était déjà rentrée dans la maison.
Il resta seul devant le tas de bois.
Pour la première fois depuis son arrivée, le silence autour de lui ne lui sembla pas agréable.
Dans l'après-midi, Azaël partit seul au village.
Il avait besoin de réfléchir.
Il traversa la place centrale sans s'arrêter.
Un groupe d'enfants jouait près d'une fontaine.
Des marchands criaient leurs prix.
Des habitants discutaient.
Tout semblait normal.
Pourtant, lorsqu'il passa devant une auberge, deux hommes cessèrent de parler.
Azaël continua son chemin.
Quelques mètres plus loin, il entendit des pas derrière lui.
Il ne se retourna pas.
Les pas s'arrêtèrent.
Azaël sourit légèrement.
Puis il tourna brusquement dans une ruelle.
Il attendit.
Quelques secondes plus tard, un homme apparut au bout du passage.
Un soldat.
Azaël le regarda.
— Vous me suivez ?
L'homme resta immobile.
— Je fais simplement mon travail.
— Votre travail consiste à me suivre ?
— Pas exactement.
— Alors pourquoi êtes-vous là ?
Le soldat ne répondit pas.
Azaël fit un pas vers lui.
L'homme porta instinctivement la main à son arme.
Azaël s'arrêta.
Il remarqua le geste.
Puis sourit.
— Vous avez peur de moi.
— Non.
— Vous venez de toucher votre épée.
Le soldat retira lentement sa main.
— Par précaution.
Azaël le regarda quelques secondes.
— Dites à votre maître que je n'ai aucune intention de lui causer des problèmes.
Le soldat fronça les sourcils.
— Vous savez donc qu'il nous observe ?
Azaël ne répondit pas.
Le soldat comprit qu'il avait trop parlé.
Il fit demi-tour.
— Attendez.
L'homme s'arrêta.
— Pourquoi moi ?
Le soldat se retourna.
— Quoi ?
— Pourquoi vous intéressez-vous à moi ?
L'homme hésita.
— Je ne sais pas.
Puis il partit.
Azaël resta seul dans la ruelle.
Il n'avait pas obtenu de réponse.
Mais il venait d'apprendre quelque chose.
Même les soldats ne savaient pas toute la vérité.
Lorsqu'il rentra, le soleil commençait déjà à disparaître.
Elia était assise près de la fenêtre.
Elle ne se retourna pas lorsqu'il entra.
— Tu étais où ?
— Au village.
— Je sais.
Azaël s'arrêta.
— Comment ?
— J'ai vu les soldats partir derrière toi.
Un silence.
Azaël posa quelques achats sur la table.
— Ils ne m'ont rien fait.
Elia se retourna enfin.
— Ce n'est pas ce que je t'ai demandé.
— Je sais.
— Alors réponds-moi.
Azaël resta silencieux.
Elia se leva.
— Pourquoi est-ce que tu ne me dis rien ?
— Parce que je ne veux pas que tu sois impliquée.
— Je le suis déjà.
Elle s'approcha de lui.
— Les soldats viennent chez moi.
— Ils te poseront quelques questions.
— Ils savent où je vis, avec qui je vis et depuis combien de temps tu es ici.
Elle baissa légèrement la voix.
— Comment veux-tu que je ne sois pas impliquée ?
Azaël ne répondit pas.
Elia le fixa.
— Est-ce que tu es dangereux ?
La question resta suspendue entre eux.
Azaël aurait pu répondre immédiatement.
Il aurait pu mentir.
Il aurait pu dire non.
Mais il ne le fit pas.
Elia comprit son silence.
Son expression changea.
— Azaël...
— Je ne te ferai jamais de mal.
— Ce n'est pas ce que je t'ai demandé.
Il détourna les yeux.
— Je ne peux pas te répondre.
Elia recula légèrement.
— Alors peut-être que je ne devrais pas rester avec toi.
Azaël releva immédiatement la tête.
Leurs regards se croisèrent.
Pendant quelques secondes, aucun des deux ne parla.
Puis Azaël dit simplement :
— Ne pars pas.
Elia resta immobile.
Elle ne s'attendait visiblement pas à entendre ces mots.
Azaël lui-même semblait surpris de les avoir prononcés.
Il baissa les yeux.
— Pourquoi ? demanda-t-elle.
Il chercha une réponse.
Il aurait pu dire qu'elle était en danger.
Qu'elle devait rester près de lui pour sa sécurité.
Mais ce n'était pas la vérité.
La vérité était beaucoup plus simple.
— Parce que je ne veux pas être seul ici.
Elia le regarda longuement.
Sa colère ne disparut pas.
Mais quelque chose se brisa dans son expression.
Elle s'approcha lentement.
— Alors arrête de me tenir à distance.
Azaël releva les yeux.
— Je ne sais pas comment faire.
— Apprends.
Un léger sourire apparut sur son visage.
— Tu apprends vite, non ?
Azaël eut un petit rire.
— Apparemment pas assez.
Elia secoua la tête.
Elle retourna vers la table.
— Viens manger.
Azaël resta immobile quelques secondes.
Puis il la rejoignit.
Le repas fut silencieux au début.
Aucun des deux ne savait vraiment quoi dire.
Puis Elia posa sa cuillère.
— Une dernière question.
Azaël leva les yeux.
— Vas-y.
— Si les soldats viennent encore...
Elle hésita.
— Tu me diras la vérité ?
Azaël la regarda.
Cette fois, il ne détourna pas les yeux.
— Oui.
Elia hocha lentement la tête.
— D'accord.
Ils reprirent leur repas.
Mais aucun des deux ne remarqua immédiatement la silhouette qui se tenait dehors.
Derrière la fenêtre.
Dans l'obscurité.
L'homme resta immobile quelques secondes.
Puis il repartit sans faire le moindre bruit.
Azaël releva brusquement la tête.
Son regard se dirigea vers la fenêtre.
— Quoi ? demanda Elia.
Il se leva.
— Rien.
Il ouvrit la porte.
La rue était vide.
Pourtant, il savait que quelqu'un était là quelques secondes auparavant.
Azaël regarda dans l'obscurité.
Puis il sentit cette présence.
La même.
Ancienne.
Silencieuse.
Et cette fois, elle ne se trouvait pas loin.
Elle était juste derrière lui.
Azaël se retourna.
Personne.
Elia se tenait dans l'encadrement de la porte.
— Azaël ?
Il la regarda.
Puis observa la rue une dernière fois.
— Rentre.
— Pourquoi ?
— Parce que je te le demande.
Elia fronça les sourcils.
— Tu recommences.
Azaël se tut.
Elle s'approcha.
— Si tu veux que je te fasse confiance, arrête de me donner des ordres sans explication.
Il la regarda.
Puis son expression se radoucit.
— D'accord.
Il marqua une pause.
— Quelqu'un nous observe.
Elia pâlit légèrement.
— Depuis combien de temps ?
Azaël regarda l'obscurité.
— Je ne sais pas.
Il revint vers elle.
— Mais maintenant, je pense qu'il nous observe tous les deux.
Elia resta silencieuse.
Puis, presque instinctivement, elle attrapa sa main.
Azaël baissa les yeux vers leurs mains.
Il ne bougea pas.
Elia non plus.
Pendant quelques secondes, ils restèrent ainsi.
Puis elle murmura :
— Alors ne me laisse pas seule.
Azaël releva les yeux vers elle.
— Je ne te laisserai pas.
Derrière eux, au loin, une cloche retentit.
Une fois.
Puis deux.
Azaël tourna lentement la tête.
Quelqu'un venait d'entrer dans le village.
Et cette fois...
les soldats n'étaient pas les seuls à l'avoir remarqué.